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20.000 gardes communaux exigent: «On veut nos droits!»
DE VIOLENTS AFFRONTEMENTS LES ONT OPPOSES HIER À LA POLICE AUX PORTES D'ALGER
Publié dans L'Expression le 10 - 07 - 2012

Ils sont décidés à avoir gain de cause
Ce sont ces hommes-là qui sont montés au front pour porter secours à la République qui vacillait au moment où le terrorisme faisait des ravages dans le pays.
Hier, de Birtouta à Bir Mourad Raïs, régnait un décor de guerre, apocalyptique. Des centaines de blessés, des cris, des larmes, du sang et des gaz lacrymogènes ont rendu l'air suffocant aux portes d'Alger qui manquait plutôt d'air frais en cette journée de chaleur et d'humidité. La marche des gardes communaux a été réprimée à la manière de la Corée du Nord quand de violents affrontements ont opposé ces patriotes aux policiers venus en très grands renforts. Des canaux à eau, des camions blindés, des bombes lacrymogènes ont été utilisés pour contenir le mouvement sans compter l'usage de la matraque à outrance. Hier, jusqu'à 18h, la situation était encore tendue.
Le spectacle était incroyable, impressionnant sur la route reliant la wilaya de Blida à Alger. Près de 20.000 gardes communaux ont marché depuis Blida vers la capitale. Bravant la distance, la chaleur et la fatigue, ils étaient déterminés à atteindre le siège de la Présidence de la République à El Mouradia. La marche s'est ébranlée depuis la place du 3 Mai devant le siège de la Délégation nationale des gardes communaux de Blida, où ils étaient près de 15.000 personnes à observer un rassemblement illimité depuis 15 jours. Puis, à l'issue d'une réunion ayant regroupé les délégués nationaux du corps de la garde communale, la décision a été prise: la marche sur Alger. Plus de retour en arrière. Hier, à 4 heures du matin, à l'heure où blanchit la campagne, la marche s'ébranle sur Alger. Au fur et à mesure que les 15.000 marcheurs avançaient, la foule grossissait. Sur l'autoroute reliant Blida à Alger, ils étaient plus de 30.000 gardes communaux issus des détachements de l'ensemble des wilayas. «Nous avons décidé de marcher depuis Blida vers le siège de la Présidence à El Mouradia. Cette fois-ci, nous n'acceptons aucun intermédiaire. Nous avons affaire au Président de la République en personne», a fait savoir Bouyahi Abbas, un représentant de la garde communale de la wilaya de Médéa. Comme lui, plusieurs milliers d'autres protestataires ont décidé de déposer leurs armes au niveau de leurs détachements respectifs pour rejoindre cette action qui se veut le dernier recours.
Quand le terrorisme plastonnait
Dénonçant la marginalisation de ce corps de sécurité, utilisé comme bouclier durant la lutte antiterroriste, ce même garde communal ajoute menaçant que «si jamais, on tente de nous empêcher, le chaos se produira». La tension était à son comble. Toutes les entrées Ouest de la capitale étaient quasi fermées. Un gigantesque dispositif de sécurité est mis en place depuis les premières heures de la matinée.
Brigades antiémeute, gendarmes, Protection civile, le décor planté de ce côté de la capitale laisse croire qu'une guerre allait éclater d'un moment à l'autre. Qui peut être cet ennemi qui mobilise autant de services de sécurité? Vers midi, c'est la vague, la déferlante. Une incroyable marée humaine coule irrépressiblement telle une lave de volcan depuis Birtouta. Plusieurs milliers de personnes vêtues de leurs uniformes et drapeau algérien à la main avancent avec une détermination d'airain: «Notre dossier relève du ministère de la Défense nationale et c'est le Président de la République qui en est le ministre, alors nous irons le voir personnellement», insistent unanimes les gardes communaux. Un garde communal, venu de l'une des régions les plus atteintes par le terrorisme dans la wilaya de Médéa, en l'occurrence Kaf Lakhdar. Engagé dans ce corps depuis sa création, ce patriote âgé aujourd'hui de 42 ans, s'exprimait avec une telle conviction qu'il n'arrive plus à réprimer ses larmes en voyant tout le dispositif de répression qui l'attendait avec ses amis. Il craque avant de lâcher: «Ils nous considèrent comme criminels, or nous sommes leurs compagnons!» Il ajoute contrarié: «On nous prend pour de la chair à canon, pour eux nous ne sommes efficaces que dans les maquis.» «On nous a utilisés et aujourd'hui, ils nous jettent comme des ordures», s'écrie-t-il avec une voix étranglée par le désarroi et la désespérance.
Aujourd'hui, ces braves hommes, qui ont largement contribué à sauver la République au côté d'autres éléments des services de sécurité et des citoyens, ont épuisé tous les recours possibles pour se faire entendre. Mais les autorités ignorent royalement leurs cris de détresse. Pourtant, les gardes communaux ne revendiquent qu'un changement de statut de leur corps pour accéder au statut de corps. Ils réclament leur dû qu'ils ont acquis au prix du sacrifice. Ils veulent qu'on leur verse les primes des heures supplémentaires. Qu'on leur délivre des attestations qui prouvent leur engagement dans la lutte antiterroriste. Qu'on prenne en charge les familles des agents victimes du terrorisme et qu'on leur octroie des aides dans le cadre de l'habitat rural. En résumé, un Smig de dignité. Au moment où le terrorisme faisait des ravages dans le pays, ce sont ces gens-là qui sont montés au front pour porter secours à la République algérienne qui vacillait. Le courage pour sauvegarder la République et l'arracher des griffes du terrorisme a un coût. Que de morts, que d'orphelins, que de veuves et de blessés handicapés à vie! Le corps de la garde communale, pour que nul n'oublis, a eu 4600 martyrs. Ils ont été bien récompensés hier. Au nom de la République qu'ils ont sauvée, on les a tabassés. Etrange avatar des situations.
Pour rappel, des revendications ont été soulevées depuis leur première action de protestation le 7 mars de l'année dernière. Les gardes communaux ont observé un sit-in devant le siège de l ́Assemblée populaire nationale (APN). Ils étaient plus de 10.000 personnes. C ́est pour la première fois, depuis le début des manifestations dans la capitale, qu ́un rassemblement a pu drainer une masse humaine aussi importante.
Les promesses non tenues
Ils ont affronté les boucliers antiémeute et ont battu le pavé comme ils l ́ont fait contre les terroristes durant les années 1990. Eux qui ont affronté la horde terroriste pour garantir le droit à la sécurité pour tous les Algériens. Nombreux ont été leurs camarades de lutte qui sont tombés sous les balles assassines de l'intégrisme lors des innombrables ratissages et embuscades qu ́ils ont eu à mener sur le terrain. Ils reviennent un mois plus tard, soit le 3 avril. Il s ́avère que toutes leurs revendications, lors de la précédente manifestation, n ́ont pas été satisfaites. Sous l ́impulsion de ce mouvement, le directeur général de la garde communale au ministère de l ́Intérieur, Nenouche Abdelkrim, a été relevé de ses fonctions sur place. Depuis, un sit-in illimité sur la place des Martyrs (Alger) a été, unanimement, décidé par la Coordination nationale des gardes communaux. La décision a été prise suite au mutisme et au laxisme des pouvoirs publics qui font la sourde oreille aux revendications de cette digne corporation. Les représentants des gardes communaux ont ensuite rencontré le directeur général de la Sûreté nationale, le général-major Abdelghani Hamel, pour lui soumettre leurs revendications et mettre un terme aux pressions dont ils ont fait l ́objet. Hélas, les engagements et promesses des autorités s'avéraient n'être que des paroles, car aucune suite n ́a été donnée à leurs revendications. Une situation de blocage inédite. Pourtant, les autorités ont donné leur accord préliminaire sur la plate-forme de revendications formulées par les gardes communaux et ont promis son application effective dans de brefs délais. Un accord intervenu après la réunion qui a eu lieu entre les représentants de ces gardes communaux et le général-major Hamel, dans le but de trouver une solution. Aujourd'hui, une année est passée et rien n ́est annoncé pour ces combattants contre la barbarie. Pis encore, ils ont été tabassés.


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