Ce nombre florissant de journaux et de partis dessert plus la société qu'il ne la sert. Existe-t-il réellement une volonté de polluer la scène politique et médiatique? La réponse coule de source: la scène politique nationale est composée de plus de 45 partis politiques et la scène médiatique de plus de 80 quotidiens nationaux d'information. Ce nombre florissant, appelé à augmenter à la faveur de la création prochaine de nouveaux partis et de nouveaux journaux, dessert plus la société qu'il ne la sert. La scène politique est gangrenée par plus de partis que de vrais militants et la scène médiatique est étouffée par plus de journaux que de vrais journalistes, serions-nous tentés de dire. D'ailleurs, les Algériens, à force de céder au désespoir, ont fini par déserter et se déconnecter de tout ce qui est politique au point que les 45 partis politiques qui ont participé aux élections législatives du 10 mai dernier n'ont réussi à mobiliser qu'une partie infime des citoyens. Le nombre d'Algériens structurés dans les partis politiques est éloquent. Selon une enquête réalisée il y a quelques mois par un groupe de recherche algérien pour le compte d'Arab Barometer, un organisme de recherche constitué d'universitaires américains et de chercheurs arabes, près de 97% d'Algériens n'adhèrent à aucun parti, 84,5% ne s'intéressent pas à la politique et 52% n'accordent aucune confiance aux partis politiques. Ce qui est anormal pour un pays qui compte plus de 45 partis, représentant quatre ou cinq courants politiques. Ce travail de fragmentation porte un grand préjudice à la scène politique, parasitée qu'elle est par les partis du pouvoir, le FLN et le RND en l'occurrence. La mouvance islamiste, à elle seule, est représentée par environ 10 formations. Une cause parmi tant d'autres qui ont provoqué l'hypnose de la société, conduite tout droit à l'impasse. Il faudrait peut-être des études pour approfondir la réflexion autour de ce divorce. Ce qui est évident, c'est que les dirigeants du pays ont tout fait pour produire ce relâchement dont l'objectif est de toujours contrôler la société, quitte à la clochardiser. Mais il n'est pas simple d'en définir les contours dans un article de presse. D'où la responsabilité grandissante de ce qui reste de l'élite chargée d'éclairer les Algériens. L'ex-président du RCD, le Dr Saïd Sadi a esquissé, en arguants de son départ de la tête du parti, une partie de la réponse à la question lancinante relative aux raisons qui ont amené à l'impasse: des générations ont étouffé d'autres générations. Le même constat s'applique à la scène médiatique où de «petits journaux», dans tous les sens de l'expression, sont venus s'y greffer et étouffer une presse autrefois combative et dont le prix est chèrement payé par certains journalistes. Avec plus de 80 journaux, dont certains tirent à moins de 2000 exemplaires et dont le nombre de lecteurs peut se compter sur les doigts d'une seule main, la scène médiatique est étouffée et saturée. La promesse de combattre «les trabendistes» de la presse n'est pas tenue et la corporation est toujours polluée par l'incompétence, l'exploitation, et les abus de ces mêmes trabendistes. Le mal est certes beaucoup plus profond que ça, car la volonté de casser cette presse en voulant la livrer aux aléas de la clochardisation est avant tout politique. Et c'est tout le pays qui en pâtit.