La nouvelle publication «Nulle autre voix» de Maïssa Bey s'inscrit hors des sentiers battus. Le dernier roman de Maïssa Bey «Nulle autre voix» se circonscrit sous l'angle psychologique en axant sur une introspection qui débouche sur la découverte des différentes facettes de la personnalité de l'héroïne, une criminelle. Ayant purgé une peine de quinze années pour avoir tué son mari, cette femme qui a subi toutes les humiliations et rebuffades «se raconte» à travers l'écriture. Des sa sortie de prison, contactée par une écrivaine, elle se dévoile de jour en jour lors de chaque entrevue et finit par se révéler à elle même et à devenir plus sensible à son entourage. Criminelle hors du commun, elle ne plaide pas mais revoit défiler le film de sa vie, une chienne de vie avec un homme, un monstre qui la battait durant de nombreuses années. Murée dans son silence et sa soumission, souvent chosifiée, qu'a-t-elle comme solution ? Par cet acte monstrueux, elle s'est libérée des chaînes de la servilité, des silences et des non- dits. L'Algérie et ses coutumes Toutes ces vexations et brimades refoulées, elle les a exorcisées par ce geste insensé mais au combien salvateur pour elle. Au fil de la narration, elle raconte sa vie, la prison, la condition des femmes, et l'Algérie avec ses us et traditions. Ce roman pathétique rappelle la condition féminine souvent peu enviable dans un pays machiste. De cette expérience douloureuse, l'héroïne passe en revue son moi et son «ça». De ce fait, elle se met à raconter à cette écrivaine pour les besoins de son livre mais aussi à écrire. Des cahiers pleins dans lesquels elle consigne ses rencontres . Cette résolution d'écriture est- elle salutaire et libératrice ? Assurément, elle se sent vivre, comprend le pouvoir de l'écriture et se réapproprie sa vie. Ce récit où le «je» est omniprésent est émouvant et peut se calquer à toute femme qui vit dans la soumission et les mortifications. Lutter tout le temps La condition de la femme est le point nodal de ce roman. Comment échapper à ce sort défavorable et non désirable ? Peut-on comprendre une femme désespérée ? Accablée par les coups, désenchantée par le peu d'intérêt ? avilie par les mots désobligeants ? Comment sortir de ce sombre labyrinthe ? N'est -elle pas également la cible de la vindicte populaire ? Le roman «Nulle autre voix» paru aux éditions Barzakh décline les désespoirs et les souffrances que subissent les femmes murées dans leur solitude et peines. Maïssa Bey comprend que la liberté passe forcément par cette prise de conscience et cette détermination à écrire. Une liberté chèrement conquise. Etre femme est une lutte à plein temps. A lire pour mieux appréhender l'univers féminin en proie à l'iniquité et à la sujétion.