De plus en plus de partis se rallient à l'idée que la crise de Kabylie mérite une solution. Heureux de vous l'entendre dire, même en langage de Gascon. Comme tout problème mérite solution, on est tout de même en droit de se demander pourquoi Ouyahia et certains autres de ses pairs de notre marais politique ont mis tant de temps à passer de l'attitude méprisante qui consiste à déclarer les revendications du mouvement citoyen déraisonnables à la position qui consiste à appeler au dénouement urgent de la crise. Il y a quelque chose de malsain, voire de scélérat, dans la démarche : un an et demi de mépris suivi d'une soudaine compréhension préélectorale. Mais le plus grave n'est pas dans le brigandage politique auquel nous ont habitués nos imposteurs politiques ; il est dans l'impasse, une de plus, dans laquelle nous poussent leurs irresponsabilités. Le consensus de la coalition bouteflikienne pour un traitement musclé du mouvement de protestation fut remarquable de cohésion et de longévité. La solidarité dans la répression fut tel que la classe politique entière fit la sourde oreille “à la volonté de tuer” établie par la commission d'enquête officielle. Pour avoir été contestataires, les victimes ne méritaient pas le statut de justiciable et, de fait, aucune victime n'a eu droit à la justice. Pas de traitement politique, pas de traitement judiciaire. Que de la répression et du harcèlement. Ainsi, le malentendu s'ajoute au malentendu. En misant sur la répression pour contenir la revendication et la manipulation marginale pour prévenir l'écart qui se creusait entre l'Etat et la région, le pouvoir a pris de gros risques, y compris celui de la déchirure. En voulant présenter le mouvement citoyen comme une entreprise de destruction, parfois comme le résultat d'un régionalisme chauvin d'autre fois, ou comme une menace, étrangère par moments, envers l'unité nationale, le régime a dévolu à des citoyens en lutte un statut de danger. Il était, à partir de là, permis à tout patriote d'en découdre impunément avec les mutins. Et si l'on doutait de l'exclusion citoyenne de ces révoltés, la justice à deux vitesses est là pour en apporter la preuve indirecte : comment se fait-il, en effet, qu'au bout de cent vingt-trois victimes, pas un procès n'est venu rappeler les limites légales de la pratique de la répression ? Les institutions et les citoyens semblent, dans cette affaire, poussés à s'affronter dans un choc frontal. Ce n'est plus un Etat aux prises avec un mouvement revendicatif, ce sont des corps constitués invités à en découdre avec une subversive population. L'état d'esprit actuel risque de faire évoluer la situation de la logique de la manifestation-répression vers celle, périlleuse, des représailles réciproques. Le décès du policier à Mekla, comme les déclarations vengeresses des parents de victimes, augurent une grave menace de dérapage. Aucun intérêt politique ne mérite de faire prendre au pays le risque d'une nouvelle aventure. Demain, le concert des “il faut…” ne servirait à rien, surtout quand on aura ainsi laissé la brutalité prendre la place de l'imagination et de la volonté. M. H.