Ils sont quatre mais ils ne sont pas un groupe, ils sont peintres mais n'ont pas la même approche, ils sont de Maghnia, mais rien ne dit qu'ils restent cloisonnés dans cette ville. Riwaq El Fen de Maghnia comme un quatuor chevaleresque, Abdelkader Arzazi, Ahmed Hamidi, Abdelkader Mahboub et Mustapha Souadji viennent enchanter les regards à travers une très belle exposition réalisée à la Galerie permanente Baya du Palais de la Culture Moufdi-Zakaria. L'exposition a débuté le jeudi 15 décembre et se poursuivra jusqu'au 7 janvier prochain pour une aventure épique dans quatre voies artistiques fraîches, investies d'une inspiration féconde et qui ont le mérite de nous montrer des exercices de style qui, malgré leur variété, nous laissent une note empirique, spontanée qui ressemble grandement à ses faiseurs. Ce quatuor fidèle à ses principes et à ses amitiés se déplace toujours vers les autres, accueille quelques évènements bien sentis au sein de la Galerie d'art Riwaq El-Fen, hébergé dans une église désacralisée spirituellement et resacralisée par la grâce artistique dans une belle aventure qui date depuis plus d'une décennie. Ils sont donc quatre, avec le dénominateur commun d'âges proches et partageant la beauté d'une ville séculaire au doux nom de Maghnia à l'extrême-Est algérien, tutoyant d'un côté les couleurs de la belle Tlemcen, vouvoyant fraternellement de l'autre côté les limites marocaines. Ils ont tous pratiquement grandi dans l'autoformation, inspirés, investis d'une propension à colorer, dessiner, peindre et sculpter, seul Ahmed Hamidi est parmi ces artistes un sortant des beaux-arts, les autres se laissent aller à la spontanéité souvent heureuse de ne pas se figer dans les poussées académiques souvent restrictives de talent quand elles sont imposées inexorablement. Pourtant, paradoxalement, les trois non-bozaristes manient et produisent les indices d'un art nourri d'académisme même s'ils investissent des voix à la Duchamp, Van Dongen, ou bien-même Khadda ou Issiakhem qui laissent des influences notables dans les expressions multiples qui caractérisent cette très belle exposition. Mustapha Souadji nous propose quelques vingt tableaux, essentiellement de l'huile sur toile avec de très belles incursions dans le monde de l'abstraction lyrique, Souadji inclut dans ses travaux nombre de couleurs un peu fauves, ce qui donne, au final, des compositions novatrices très fines et donc très originales, Mustapha reste un des éléments de ce groupe inévitable par la finesse de son approche sur ses lignes d'horizons perturbées et ses empâtements généreux qui se cassent sur une matière souvent travaillée au pinceau nerveux et au couteau puissant qui tranchent dans le vif de certaines couleurs posées en masse et en aplat, adoucissant souvent le propos. Mustapha Souadji est mesuré et puissant, cela ne gâche en rien son expression. Pour Abelkader Mahboub, les scènes de genre se succèdent entre Danseuse, Nostalgie et Cheval Blanc avec des passages par la sculpture comme Don Quichotte ou La Cigogne... qui ont tous la marque spontanée d'un plasticien plus jeune et donc un peu plus enclin à la «désinvolture» des techniques. Cela dit en passant, Mahboub manie le fer et la peinture comme si c'était la même chose... Il trace et délimite ses travaux peints comme des scènes outragées, serties de noir, composées comme des tableaux tragiques, expressionnistes, fortement composés, bruts, comme ses sculptures écorchées, triturées soudées brutalement et composées d'une manière rugueuse, dure, aux graphismes laissés pantois par la soudure sur le fer. Une œuvre peinte au pastel et sculptée, assez vivace, assez forte. Intéressant Mahboub. Ahmed Hamidi, lui, est plus dans une pensée semi-abstractive, puriste dans son expression dédiée essentiellement à la peinture qui est souvent posée en masses vaporeuses, effets de matières en ton sur ton, seules émergent les scènes de genre, sortant du lot des personnages, femmes en haïk, gnaoui fantomatiques, Gnaoui, Touareg, Copains de rue, restent emblématiques d'une grande chaleur, d'une introspection étonnamment limpide qui montre que ce peintre sait où il va, en sondant les interludes minuscules qui laissent de temps en temps notre regard entrer dans son monde. Souvent énigmatique dans le secret de ses fonds perdus, Ahmed Hamidi continuera à nous étonner encore longtemps. Reste notre ami Arzazi qui tranche par ses luttes abstractives à l'huile sur papier libre et ses compositions hétéroclites glanées comme des reliques sacrées, artistiques qui se déparent en fait que si elles ne sont pas exposées. Entre ses minuscules tableaux comme La voiture rose ; Collage ou Composition et Les reste de Van Gogh qui empruntent les voies de l'assemblage prôné par les tenants de la nouvelle figuration, Arzazi nous laisse oublier les audaces de Rauschenberg et autres Arman ou César pour nous livrer quelques notes bien senties comme cet immense portrait Ma mère, empirique à souhait, brut comme il le faut, abstrait pour le mystère. Abdelkader Arzazi et un plasticien très bon, il est à suivre vaillamment avec cette «meute» artistique puissante qui n'équivaut par sa modestie et sa bonhomie qu'à son immense talent. Nos hommages donc et courons à la Galerie Baya, cela vaut vraiment le détour. n Exposition «Harmonie en 4 Tons», exposition collective du groupe de Maghnia, Mustapha Souadji, Abdelkader Arzazi, Ahmed Hamidi, Abdelkader Mahboub. Galerie Baya du palais de la culture Moufdi-Zakaria, du 15 décembre 2016 au 7 janvier 2017, entrée libre.