En plus des stigmates du terrorisme, des incendies et du climat aride, l'eau, le logement, le travail et les infrastructures font défaut, aujourd'hui, à Bordj Emir Khaled (Magtouaâ, Aïn Defla). Il est vrai que la région recèle des ressources naturelles et des moyens humains. Mais la population ne ressent pas la différence entre l'ère de la révolution agraire et l'an 2010. Elle continue d'attendre désespérément des projets d'aménagement et de développement... Une demi-heure par jour. Pour boire, se laver, rincer la nourriture ou faire un peu de ménage. A Bir Qouassih, un douar à 8 km de Bordj Emir Khaled, chef-lieu de daïra lui-même à 37 km au sud-est de Aïn Defla, on sait plus qu'ailleurs combien l'eau est précieuse. Car elle ne coule dans les robinets que trente petites minutes par jour. Le reste du temps, on le passe à désespérer qu'un jour, la fontaine, à sec suite à une canalisation bouchée, retrouve son débit d'autrefois. Ou envoyer les enfants, avec une brouette et des jerricanes, à quelques centaines de mètres de la fontaine, chercher de l'eau dans un puits. Là, une mère de famille nous prend à partie : «Dites aux responsables que nous souffrons tous de cette situation, surtout en cette période de chaleur !» En cet après-midi, le soleil plombe tout ce qui respire. Les 40°C ambiants sont encore plus étouffants que d'habitude, la faute est aux incendies qui ravagent la région. Seuls quelques rares cafés et fast-foods situés aux abords de la RN14 offrent un espace convivial, notamment aux routiers. Nous sommes à Bordj Emir Khaled, connue également sous le nom de Magtouaâ. Son nom actuel fait référence au petit-fils de l'émir Abdelkader, lequel empruntait cette route, point de jonction entre l'ouest, le sud et l'est du pays. Un poumon pour ce village de 7000 habitants qui voit ainsi un peu d'activité. «Notre environnement s'est amélioré, assure Lakhdar Ghoul, le maire adjoint, mais beaucoup reste à faire en l'absence d'une décharge publique dont l'aménagement tarde à cause de la bureaucratie.» Forêt partie en fumée Les nombreux chômeurs, fellahs pour la plupart, sont obligés de se déplacer hors des frontières de la wilaya pour trouver un travail temporaire. Seul projet programmé dans le cadre du Plan communal de développement : l'aménagement extérieur du nouveau CEM dont l'ouverture est prévue pour la rentrée 2010. Une place publique dotée de deux kiosques et d'une stèle à la mémoire des martyrs de la région est prévue par ailleurs. Le projet du parc zoologique dans la forêt de Ghbal, située sur les hauteurs de l'agglomération et d'une superficie de 250 ha, est parti en fumée avec la forêt, à moitié ravagée par un incendie qui s'était déclaré juste avant le mois de Ramadhan. Comme consolation, la commune se raccroche à sa maison de jeunes et à son mini-complexe sportif. A l'instar des régions situées dans l'axe du triangle de la mort durant la décennie noire, la commune de Bordj Emir Khaled et ses environs ont connu un vaste mouvement de populations vers les zones agglomérées moins exposées aux incursions terroristes. Le paysage porte encore les stigmates. Des douars entiers, à l'image de Bouknana ou Ouled Fatma, se dressent tels des fantômes au milieu des forêts. «Des dizaines de familles, traumatisées, ne veulent plus y retourner, poursuit l'élu. Mais pour assurer leur subsistance, certaines s'occupent durant la journée de leur lopin de terre où poussent quelques arbres fruitiers.» Dormir avec les ânes Des habitations en toub font penser aux hangars réservés aux ânes, chiens et chèvres…, lesquels partagent d'ailleurs le même espace vital que leurs propriétaires. Dans les hameaux de M'barka, Foaïd, le décor est le même, à l'exception des rares bâtisses datant de l'ère de la révolution agraire ou de celles attribuées aux personnes refoulées de la capitale en 1983 sous Chadli. «En retournant dans nos maisons et en bravant le terrorisme à la fin des années 1990, on attendait de l'aide pour améliorer nos conditions d'habitat et de vie. Mais c'est comme si l'indépendance n'était pas passée par là», déplore un citoyen d'un autre douar. «Le déficit en matière de logement est flagrant, reconnaît le maire adjoint. Entre 2004 et 2010, la commune n'a bénéficié que de 151 aides à l'habitat rural. Dans les agglomérations, ce n'est guère mieux. Bientôt une vingtaine de logements sociaux seront attribués et une trentaine sont en cours de réalisation.» Seulement voilà, la demande explose dans cette localité où, d'après le responsable municipal, quelque 6000 demandes attendent satisfaction…. 160 couffins pour 500 familles démunies La commune de Bordi Emir Khaled, dans la wilaya de Aïn Defla, a procédé, depuis le début du mois de Ramadhan, à la distribution de 100 couffins du Ramadhan, a déclaré Lakhdar Ghoul, maire adjoint au sein de cette APC. A signaler, selon la même source, que la commune a bénéficié, dans le cadre du dispositif de solidarité, de 160 couffins d'un montant de 3000 DA. Néanmoins, cette aide reste en deçà des besoins de la population nécessiteuse recensée dans cette commune et qui est estimée à plus de 500 familles. Du coup, l'on compte sur les bienfaiteurs, notamment les riches fellahs, pour contribuer aux actions de solidarité en ce mois sacré ainsi que sur d'éventuelles aides des autorités de wilaya.