Enseigner a toujours été une tâche difficile et ingrate. Cela exige non seulement de réelles prédispositions à la pédagogie, mais aussi un niveau de culture qui permette de repenser les difficultés et de les aplanir sans porter préjudice à la meilleure ambiance possible d'apprentissage. Mais étant donné les contraintes de la transmission des connaissances, il faut savoir créer les conditions possibles de travail qui installe la joie pour faire de l'école un espace d'apprentissage et d'épanouissement. La salle de classe peut être à prédominance festive Apparemment et la réalité en a d'ailleurs apporté des preuves, la salle de cours ne peut être en même temps une salle de fête. Cependant, on parle de fête pour dire qu'il faut exclure toute contrainte éprouvante ou situation humiliante, pour laisser place à la joie de la découverte ainsi qu'à l'esprit de compétition. Que d'ouvrages de pédagogie nouvelle ont abondé dans ce sens et qui se sont avérés inapplicables pour la simple raison que les enseignants n'ont pas reçu la formation ni la culture du saltimbanque ou du comédien de l'éducation ! Les plus chevronnés de la pédagogie et de la culture ont toujours pensé que le maître d'école ou le professeur doit être un chef d'orchestre dirigeant et participant principal à une partition musicale exécutée, dans une harmonie parfaite, par de nombreux et divers instruments. Les élèves, de leur côté, doivent comprendre qu'ils sont les parties d'un ensemble et sentir que l'enseignement qui leur est dispensé est un prétexte pour le développement de la mémoire, de l'attention ou reflet de l'intelligence, de l'imagination, de la réflexion, bref de toutes les qualité intellectuelles qu'ils apprennent à exercer dans la joie, l'émulation et la bonne humeur, pour devenir des hommes et des femmes cultivés, capables d'entrer plus tard dans la compétition internationale. Cette mentalité acquise par la voie de la conviction et de la propension au défoulement, fait de la salle de cours un lieu féérique où le maître et le professeur deviennent des magiques qui ont le pouvoir de susciter l'intérêt au travail de classe, de faire parler dans le respect de la différence, de transmettre le maximum de connaissances. Etapes d'un tel enseignement ludique Elles interviennent dans un ordre chronologique, mais elles ont une survivance contemporaine. Ces étapes mettent en évidence cette espèce de vérité selon laquelle tout est dans tout, pour parler d'attitude qu'on devrait trouver conjointement dans un établissement d'enseignement où on aurait dans une sortie d'harmonie : le bonheur, le réel, l'acceptation de rentrer dans le jeu, la discipline librement consentie qui sont autant de conditions qui préparent à l'ambiance festive et féérique. Tout d'abord, il faut sortir d'école de l'ordinaire, des sentiers battus pour inaugurer une nouvelle ère, celle de l'enseignement magistral accepté comme un culte, où le maître parle dans un langage qu'on a du plaisir à écouter, parce que ce qu'il dit est intéressant, enrichissant, il apporte un plus à la connaissance dans une relation duelle et solitaire vécue dans une espèce de chaleur ou de joie intérieure. Par la magie de la pédagogie, on crée de l'efficacité par le cours magistral marqué par ses rituels, le sérieux dans les comportements. Ce qui se traduit par le contact avec la vérité. En deuxième lieu, on fait découvrir l'enfant comme objet de psychopédagogie et d'ouvrages nombreux dans ce domaine. Pour mieux comprendre le pourquoi de cet intérêt pour l'enfant, on citera la parole d'un spécialiste, auteur du livre qui dit : «Pour bien éduquer, c'est John qu'il est important de connaître et non pas l'anglais ou les mathématiques. En réalité, il faut connaître à la perfection les deux, pour mieux réussir dans sa tâche délicate, exigeant du tact, un savoir et beaucoup de savoir-faire.» Là, on a aussi un renversement de situation. Au lieu de se préoccuper d'un contenu des performances, il faut se centrer sur l'enfant et être un préposé à son bonheur. L'enfant devient dans le microcosme de la classe un être qui bouge, qui a des sentiments, éprouve des désirs par des passions. Il crée, fabrique. Entre la première et la seconde étape s'est créée une jonction entre faire des choses et être heureux. Ce qui prépare le jeune à la vie sociale à laquelle il doit s'intégrer en acceptant d'accomplir des tâches qu'on lui demanderait, de travailler dans les normes exigées, de devenir productif non pas sous la contrainte mais sur la base d'un consensus dont l'objectif principal est le bonheur des élèves. Toute une mythologie se construit autour de l'enfant que l'on veut placer non pas en milieu oppressif mais festif pour lui permettre de s'instruire dans la joie et de se forger une forte personnalité. Ce qui explique pourquoi dès l'école maternelle, si école maternelle il y a, on le fait passer de l'asile au jardin d'enfants, d'où l'image de la fête horticole. En troisième étape, on installe une dynamique de groupe qui obéit à la des fins productivistes. Cela consiste à créer un esprit d'entraide pour aider chacun à produire quelque chose d'original, à respecter la différence, à faire de l'émulation un facteur d'évolution effective. Comme dans la fête horticole, l'enfant est quelqu'un qui va épanouir des virtualités, aller la recherche des émotions en commun. L'instruction est assurée par le cours répétitif et par l'événement du jour servant de support pédagogique important pour sa valeur d'actualité. Il ne faut pas oublier de rappeler que les relations humaines, dans ce cas, sont jugées primordiales, pour faciliter la transmission du savoir et de la connaissance. Le savoir va être un facteur de rapprochement et de création d'ambiance festive. «Ouvrir une école, c'est fermer une prison», a dit Victor Hugo. Cela signifie que si tout devait être possible, il n'y aurait plus d'ignorance, de subordination inconditionnelle, d'esclavage. A chaque période, ses marginalités Il y a eu les traditionalistes, lorsqu'on a introduit les méthodes modernes, et qu'on a montrées du doigt. Lorsqu'on a supprimé la dictée avec l'introduction de la grammaire de Chomsky et les mathématiques modernes, certains ont applaudi, d'autres sont restés sceptiques et le temps leur a donné raison. Avec le temps, on a fini par reconnaître l'efficacité de la méthode de Celestin Freinet marginalisé dans les années soixante ou soixante-dix. Freinet avait une conception de l'enseignement très en avance sur son temps. Mais sa méthode exigeait un profil très particulier de l'enseignant : avoir un haut niveau de culture, des connaissances solides et précises dans tous les domaines, être un psychopédagogue expérimenté pour faire face à toute éventualité. Dans la méthode Freinet, c'est l'élève qui demande au maître de faire une leçon dans telle ou telle matière. L'enseignant a le devoir de satisfaire la demande de chacun de ses apprenants. On voit bien ce qu'il doit posséder comme expérience, connaissances pour faire face à toutes sortes d'imprévus. Il fallait donc assurer une formation spécialisée et de haut niveau pour les maîtres. Ce qui n'était pas impossible. Ces innovations qui viennent remettre en question les traditions installées sont souvent rejetées, mais ont un rôle bénéfique à la longue puisqu'elles préparent l'avenir en fonction des enjeux et des défis du monde de demain. Il existe des pays où l'on planifie le système éducatif en fonction de l'état démographique, de la configuration économique et culturelle du pays qu'on veut construire, de la stabilité qu'on cherche à assurer. La concurrence entre établissements publics et privés a conduit à de meilleurs résultats possibles, compte tenu du fait que les objectifs, examens, langues sont communs. La particularité du domaine éducatif est d'être entre les mains des connaisseurs de toutes les branches du savoir et des sciences du langage et de l'éducation, qui doivent se sentir obligés de réussir en essayant de concilier même les extrêmes dans l'intérêt des jeunes, en essayant de déjouer tous les projets utopiques, bizarres ou illusoires. C'est à force de rester dans la compétition pour de meilleurs résultats qu'on a conçu les méthodes ludiques, un enseignement qui concilie rigueur et détente festive.