MOSTAGANEM - La pièce "Bahr El Hob" (la mer de l'amour), présentée dans la soirée du mardi par la troupe "El Anouar" de Hammam Bouhadjar (Aïn Témouchent), dans le cadre de la 44ème édition du festival du théâtre amateur de Mostaganem, a séduit le public et les festivaliers venus suivre la prestation des quatre comédiens "bouhdjaris". Trois pêcheurs se retrouvent autour de leur barque pour "subir" les lamentations d'un quatrième compère, follement amoureux de Houria, mariée de force à un riche commerçant de la région. Ils prennent prétexte de cet évènement qui a fortement ébranlé le soupirant de Houria pour poser un regard critique sur la société, sur leur vie de pêcheurs inhumainement exploités par le propriétaire de leur barque. Du coup, ces quatre pêcheurs, chacun marqué par les aléas et les vicissitudes de la vie, se transforment en véritables philosophes pour "disserter" sur l'amour, la trahison, la fidélité, l'argent, le courage, la misère, l'exploitation et bien d'autres thèmes encore, souvent dans un style très humoristique entraînant les rires et les applaudissements des spectateurs. L'auteur et metteur en scène de la pièce, Meliani Mohamed-Réda, a su "concocter" une œuvre très agréable à suivre qui a captivé l'attention du public très exigeant de Mostaganem qui n'hésitait pas à exprimer sa déception à chaque ratage d'une pièce. "Bahr El Hob" rappelle les grandes pièces du mouvement du théâtre amateur des années 70 et 80, avec leurs textes très imagés et percutants, leur jeu dramatique impeccable, leur sens critique aigu de la société et leur message clairvoyant. Tous ces "avantages" ont constitué les points forts de la pièce. Son scénographe a également su exploiter les différents éléments du spectacle, comme le décor, la lumière et la musique, pour donner plus d'épaisseur à la pièce, quoique courte mais qui n'a point souffert de remplissage comme ce fut le cas pour nombre de représentations. Les connaisseurs estiment que cette pièce a de fortes chances de rafler un des prix que doit attribuer le jury de cette édition, mercredi soir, dernier jour du Festival. Dans la liste des lauréats pourraient figurer également les troupes "Forsane Rokh" (Adrar) et "Masrah el Bahr" (Mostaganem), qui ont su émerger du lot en présentant des pièces très remarquées. Les comédiens adraris ont séduit le public par leur jeu très physique et leur maîtrise corporelle parfaite alors que les Mostaganémois qui se sont attaqués à un sacré morceau, "Electre" du dramaturge grec Sophocle, ont montré qu'ils peuvent interpréter et donner âme, avec intelligence et talent, à une œuvre classique universelle, tout en recourant aux moyens modernes de communication comme la vidéo et le data-show pour les intégrer comme éléments à part entière de la dramaturgie. C'est connu, le théâtre amateur est considéré comme une source intarissable de jeunes talents et de compétences artistiques "alimentant" le théâtre professionnel. Aujourd'hui, cette 44ème édition du Festival de Mostaganem a montré une fois de plus û à quelques exceptions près û que le 4ème art national souffre cruellement d'un problème de texte et de formation de la ressource humaine. Deux points faibles qui méritent amplement d'être pris en charge en multipliant les stages, les ateliers de formation et en encourageant les contacts et échanges entre les troupes, tout en déployant des efforts particuliers pour permettre un accès au patrimoine théâtral universel et inculquer une éducation artistique dès le jeune âge. Les spécialistes estiment que l'école doit jouer ce rôle. Un challenge que le système éducatif national peut relever avec succès, ajoutent-ils.