Le parquet de Compiègne, une commune située dans l'Oise, en Hauts-de-France, a annoncé que le dossier de la plainte déposée par le Conseil français du culte musulman (CFCM) contre l'adjointe au maire de Compiègne, qui avait traité les musulmans de "chien enragés", a été perdu, a-t-on appris mardi du CFCM. "Nous venons d'être informés par le parquet de Compiègne que la plainte déposée, il y a deux ans, par le conseil pour provocation à la haine raciale, contre l'adjointe au maire Arielle François, a été perdue", a indiqué à l'APS Abdallah Zekri, délégué général du CFCM et président de l'Observatoire national contre l'islamophobie, se disant "outré et scandalisé". Les faits remontent au mois d'août 2016 où l'adjoint au maire, chargée des relations internationales, avait publié sur son compte Twitter que les propos suivants : "Vous pouvez être plein de gentillesse et d'amour, vous ne pouvez pas dormir à côté d'un chien enragé, si nous sommes faibles, notre pays deviendra musulman". L'élue s'adressait au fait à un moine bouddhiste, leader du mouvement contre l'islam, Ashin Wirathu, un homme condamné en 2003 à 25 ans de prison pour incitation à la haine. Dans une correspondance, la procureure de la République, Virginie Girard, a indiqué "qu'il n'a pas été retrouvé trace de la procédure visé en objet à mon parquet et que celle-ci, n'ayant pas été transmise à un service d'enquête, doit manifestement être considérée comme perdue", ajoutant que les faits objets de la plainte, "qualifiés de diffamation et provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence raciale, et d'apologie de crime de guerre, sont dès lors manifestement prescrits". Dans une lettre envoyée à la ministre de la Justice, Nicole Belloubet, Abdallah Zekri s'est dit "indigné", déplorant "le peu de considération" réservé à ce type de procédure. "Une manifestation explicite de la justice qui dénigre les actions menées par le CFCM. Il sera forcé de constater que l'institution judiciaire est défaillante lorsque les victimes sont supposées ou avérées musulmanes (alors) qu'à l'inverse, lorsque les auteurs sont de confession musulmane, la réponse est toujours immédiate", a-t-il écrit. Par ailleurs, il a annoncé que le CFCM envisage de poursuivre l'Etat suite à cette "défaillance" de la justice. Dan un bilan rendu public le 29 mai dernier, le président de l'Observatoire national contre l'islamophobie avait indiqué, rappelle-t-on, que les actes antimusulmans ont augment de 15 % en France durant les trois premiers mois de l'année 2018. Pour la période du 1er janvier au 31 mars, l'observatoire a enregistré 30 actes antimusulmans contre 26 pour l'année 2017, soit une augmentation de 15 %, mais 11 actions contre 26 pour la même période 2017, soit moins de 39%. L'observatoire a relevé par contre que les menaces antimusulmanes ont augmenté pour la même période de 138 %, soit 19 pour le premier trimestre 2018, contre 8 pour la même période de 2017. En ce qui concerne les atteintes aux lieux de culte et cimetières, une dizaine d'actes ont été enregistré pour les lieux de culte contre 18 en 2017, alors que pour les cimetières musulmans il n'y a eu que deux actes, même chiffre que 2017. L'observatoire s'est indigné de voir que des plaintes déposées depuis plus d'un an auprès de certains parquets "n'aient pas abouti à ce jour", considérant qu'il y a une justice "à deux vitesses".