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Le Parc national du Djurdjura sous pression
Le site risque le retrait de son statut de réserve de la biosphère
Publié dans El Watan le 13 - 12 - 2018

Le Parc national du Djurdjura (PND), compris entre les deux wilayas de Bouira et de Tizi Ouzou, subit des agressions quotidiennes. En effet, nombreux sont les maux qui guettent ce site naturel déjà vulnérable.
Selon Belkacen Gaci, ex-directeur du PND de 1983 à 2004, la situation est devenue intenable. Les actions de conservation de la nature, forêts et environnement sont devenues inefficaces. «L'environnement du PND connaît de profondes transformations depuis la moitié de la décennie 2000.
Ces mutations vertigineuses sont liées à plusieurs facteurs, dont l'urbanisation rapide de Tikjda. A cette époque, existaient déjà des traces urbaines disparates. Mais les seules traces d'anthropisation visibles étaient celles des hôtels et de quelques petits chalets datant de la colonisation, mais bien intégrés au centre et au nord-ouest de Tikjda.
Au milieu des années quatre-vingt, le parc avait éliminé certains campements de chantiers hétéroclites par leur destruction pure et simple», déplore-t-il. Pourtant, le site a été classé par l'Unesco comme réserve de la biosphère protégée en 1997. Ajoutons à cela une panoplie de lois, de décrets exécutifs et de conventions internationales que l'Algérie avait ratifiés et qui visent le renforcement des mesures de protection.
Ceci dit, malgré l'inflation de textes de loi, ces derniers sont restés de simples enjoliveurs. «Tout le monde impose son diktat dans un parc national sauf le maître de céans, c'est-à-dire le parc. Pour piétiner les lois, les prédateurs diront que les ordres viennent d'”en haut”.
C'est un grand dommage que l'on ne puisse plus assurer convenablement la protection du Parc national du Djurdjura et bien d'autres. L'absence de préposés à la surveillance aux endroits reconnus très sensibles, le manque d'entretien du réseau de plaques de signalisation indique que l'éducation et la sensibilisation, qui constituaient le fer de lance de la protection du parc pendant près d'un quart de siècle, ne sont plus à l'honneur», dira notre interlocuteur.
Tourisme de masse, des ordures s'entassent
Le tourisme de masse et l'incivisme ont une grande part de responsabilité dans la dégradation de ce site unique en Afrique du Nord. Des tonnes de déchets sont laissées par des «touristes» insoucieux, dans les coins les plus reculés du parc. Des ordures ont été trouvées même sur le sommet de Tamgout ou Lalla Khelidja, qui culmine pourtant à 2308 m. Ajoutez à cela les milliers de véhicules qui traversent des zones sensibles du PND et qui provoquent une nuisance sonore et une dégradation de la qualité de l'air.
La pollution galopante menace aussi les eaux souterraines résultant de la fonte des neiges et des eaux pluviales qui s'acheminent à travers les gouffres du Djurdjura. Ainsi, plus de 300 sources d'eau douce risquent d'être contaminées. L'impact du surpâturage est aussi visible un peu partout sur le territoire du PND. La densité du cheptel par hectare dépasse largement la capacité fourragère existante.
A ce stade, même les plantes issues de la régénération sont piétinées et broutées par les troupeaux de la race bovine locale, dite la “brune de l'Atlas”. Faute de régénération des plantes, le sol est de plus en plus exposé à l'érosion, qui menace des villages entiers sur les deux versants du Djurdjura.
Chacun veut sa route
La réalisation des routes goudronnées est perçue comme une agression de l'écosystème, car cela provoque ce que l'on appelle une «fragmentation écologique». Ce phénomène se traduit par un empêchement des espèces animales à se déplacer librement dans leur environnement naturel, ce qui perturbe leur cycle de vie.
Durant l'été de l'année en cours, des citoyens du village Aït Irguène, relevant de la commune d'Agouni Gueghrane, wilaya de Tizi Ouzou, avaient ressuscité un projet d'ouverture d'une piste de 7 km menant vers Tikjda, dans la wilaya de Bouira. Ledit projet avait pourtant été bloqué par l'administration du PND durant les années 1980.
Pour l'ex-directeur du PND, l'exclusion des populations riveraines dans la gestion du PND, crée souvent du mécontentement et des tensions. «Dès sa création, le parc a opté pour la conservation de la nature par la gestion du social. Il fallait intégrer les populations locales dans sa stratégie de conservation par une approche participative.
Dans cette dynamique de gestion participative, les populations bénéficiaient de projets de développement, sachant que l'exclusion des populations est la base des échecs des différentes politiques de conservation en gestion forestière, dirigiste, classique. Cette stratégie repose essentiellement sur un renforcement de l'aide aux communautés locales, par l'éducation et la sensibilisation, le droit d'usage, la mise en place de projets de développement dans la zone périphérique de l'aire protégée».
Un stade dans une réserve de biosphère !
Parmi les signes d'agression qui sautent aux yeux, c'est le stade réalisé à Aswel, à plus de 1500 m d'altitude, et ce, malgré l'opposition de la direction du PND durant les débuts des années 2000. Actuellement, cette infrastructure sportive, qui a consommé un budget colossal estimé à 300 000 dollars, se trouve dans un piteux état. Le terrain est devenu une aire de repos pour les vaches.
N'ayant aucune conscience, nos responsables ont projeté la réalisation d'un autre stade au centre de Tikjda. M. Gaci estime qu'à ce stade de destruction et de laisser-aller, le PND risque un déclassement. Son statut de réserve de biosphère protégée lui sera retiré. «Le bon sens commanderait une évaluation honnête de l'action de conservation du réseau d'aires protégées.
Commettre des erreurs, cela arrive, mais assister dramatiquement passif (pas impuissant, puisque les moyens existent), par allégeance, à l'effondrement de tout ce qui est déjà acquis par une génération de protecteurs, c'est inadmissible et nul n'en a le droit. Est-ce un patrimoine de la nation ou celui d'une association de coquins ? Et pourtant c'est l'Etat algérien qui finance en faisant, aux uns comme aux autres, confiance».
Par ailleurs, le projet de réhabilitation du télésiège de Tighzert, à Tikjda, qui a été abandonné depuis plus d'un quart de siècle, pourrait engendrer une catastrophe sur la cédraie. Sa reprise ne pourra se faire sans l'étêtage de centaines de cèdres. Une espèce protégée dont la superficie ne cesse de se réduire en peau de chagrin et dont près de 400 sujets plusieurs fois centenaires ont déjà fait les frais de la réalisation du télésiège.
En outre, le braconnage cause aussi des dégâts importants sur la faune du Djurdjura. L'interdiction de la chasse ne semble en aucun cas dissuader les chasseurs. Des oiseaux rares sont capturés et vendus au su et vu de tout le monde. Une autre pratique ravageuse, celle de l'exploitation effrénée des plantes aromatiques et médicinales. Le phénomène a considérablement appauvri la consistance de plusieurs espèces végétales du Djurdjura.
Les sonnettes d'alarme tirées il y a belle lurette, quant aux dangers qu'encourt la réserve de biosphère du Djurdjura, n'ont pas trouvé d'oreilles attentives. «Une chercheuse du CNRS de Rennes (France) a osé attirer l'attention du ministère de tutelle en 2004 sur cette gabegie des ressources naturelles. Comme elle l'a fait auparavant, fidèlement à ses principes, pour les forêts de l'Akfadou.
C'est madame Nelly Ménard, primatologue de son état, dont les travaux ont porté sur l'écologie et le comportement des macaques du Djurdjura et de l'Akfadou pendant près d'une quinzaine d'années. A cela s'ajoute une étude génétique, qui a inclus même ceux de Béjaïa et de Kherrata, en collaboration avec l'Institut d'anthropologie de Zurich (Suisse) et le Parc. Elle a, bien sûr, prêché dans le désert, puisque ceci a certainement été considéré comme une ingérence de sa part», conclut Belkacem Gaci.
– Fiche technique du Parc national du Djurdjura
Superficie : 18 550 ha, dont 8210 dans la wilaya de Bouira, soit 44,26% et 10 340 ha dans la wilaya de Tizi Ouzou, soit 55,74%.
Flore : environ 1100 espèces, dont 35 endémiques au Djurdjura, 70 sont très rares, 33 sont protégées.
Faune : 23 mammifères, dont 10 protégés et 122 oiseaux. L'un des massifs les plus riches en rapaces d'Algérie du Nord.
Espèces animales éteintes : la panthère noire, le lion de l'Atlas, le mouflon à manchettes et l'ours brun
– Témoignage de Mustapha Muller, créateur du Parc national du Djurdjura
«Très rapidement après 1962, et avec tous les problèmes qu'il y avait, l'Algérie pensait à la création de ces parcs nationaux. Un des premiers accords que la jeune République avait conclus avec la Bulgarie portait précisément sur l'élaboration d'un pré-projet de recréation du Parc national du Djurdjura.
1983 était l'année de la légalisation de ces activités avec la promulgation du décret présidentiel portant statut-type des parcs nationaux. Je vois le Parc du Djurdjura en premier lieu dans un sens de préservation d'un ensemble d'écosystèmes extrêmement précieux qu'il faut ouvrir aux scientifiques et à un tourisme-nature.
Pas n'importe quel tourisme. On ne va pas dans un parc qui a une faune et une flore rares pour se défouler ! Certains parcs, comme le Djurdjura, pourront devenir des sources en devises fortes grâce à une clientèle étrangère qui viendrait voir, et en deux heures d'avion de l'Europe, une faune surprenante et en liberté.»


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