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« Ce sont nous, les aînés, qui avons failli quelque part »
Mounira Haddad. Présidente d'AFAD
Publié dans El Watan le 09 - 08 - 2009

Un drame national se joue à ciel ouvert. Une forme de suicide collectif de jeunes de 15 à 30 ans, qui devient un acte banal. Ni la classe politique, ni la société civile, ni les pouvoirs publics ne donnent l'impression de s'émouvoir. Ils sont tous aux abonnés absents face à une jeunesse en plein malaise, une jeunesse rongée par l'absence de perspectives d'avenir. Seul le président de la République peut prendre des mesures urgentes pour faire face à ces multiples SOS d'une jeunesse aux abois. « Nous allons vers une non-assistance à personnes en danger. » C'est ainsi qu'a réagi Mounira Haddad, présidente de l'association Afad, qui milite depuis des années pour la défense des droits des migrants, demandeurs d'asile et réfugiés. Dans cet entretien, elle exprime les raisons qui poussent les jeunes Algériens à multiplier les expéditions vers l'inconnu, souvent aussi vers la mort.
Pouvez-vous d'abord nous dire pourquoi Afad s'intéresse-t-elle à la question des migrants ?
L'association Afad a été intégrée au réseau régional de défense des réfugiés, des demandeurs d'asile et des migrants pour la défense de leurs droits humains. Il s'agit d'un réseau qui s'est constitué à Dakar (Sénégal) en février 2009. Outre notre pays, il regroupe le Sénégal, le Mali, le Niger, la Mauritanie, le Maroc, en partenariat avec la Cimade – une ONG française qui défend ce principe depuis de très longues années, très connue chez nous pour avoir apporté son soutien à notre peuple durant la période coloniale. Elle continue à défendre des sans-papiers algériens, à leur rendre visite dans les centres de rétention de France, à se solidariser avec les expulsés et les demandeurs d'asile. Nous voulons être à ses côtés et aux côtés de toutes les ONG internationales qui défendent le principe de la libre circulation pour le respect de la dignité humaine et qui se mobilisent en ce moment, à l'approche des élections européennes. Ces ONG veulent peser, par cette démarche auprès des candidats, sur la politique migratoire européenne.
Le phénomène de la harga, comment l'abordez-vous ? Le concevez-vous en tant qu'association qui milite également pour le développement ?
La question des harraga, nous l'avons abordée bien avant notre intégration au réseau régional de Dakar. Nous y avons été confrontés brutalement, sans y prendre garde, quand des adhérents de notre association ont vu leurs enfants partir et certains d'entre eux disparaître. Nous avons vu des parents dénoncer leurs enfants aux gardes-côtes pour les intercepter et leur éviter une mort certaine. Nous avons vu des mères entrer dans l'eau tout habillées, à l'aube, suppliant leur enfant de ne pas partir.
Nous avons aussi vu des parents complices vendre leur dernier bijou pour payer le voyage, non pas pour se débarrasser de leur enfant, mais parce que persuadés qu'en atteignant les côtes européennes, il allait faire fortune et pourrait ainsi les aider eux-mêmes à sortir de leur condition de misère. Tout cela est très complexe mais en même temps humain. Il est aussi vrai que la question des harraga est aujourd'hui une question brûlante dans notre pays. Ce phénomène est apparu il y a quelques années, depuis l'avènement des accords de Schengen, mais aussi parce que notre système politique actuel, même s'il s'est penché souvent sur les attentes des jeunes, n'a pas été à la hauteur de leurs aspirations.
Depuis le passage des années noires du terrorisme, les jeunes, pour beaucoup, sont nés dans les années 1980 et 1990. Nombreux sont ceux qui ont aujourd'hui 20 à 29 ans. Ils n'ont connu que la violence et la paupérisation avec la démission d'une large part des politiques, des gouvernants, de la société civile et des parents.
En effet ni l'élite ni les politiques, encore moins la société civile, n'avons fait aucune pause pour situer les traumatismes vécus et voir comment panser les blessures et éviter les dérives survenues et à venir. La responsabilité est partagée, nous devons le reconnaître et trouver des solutions ensemble, entre gouvernants et gouvernés.
Malheureusement, il ne se passe pas un jour sans que la presse rapporte des informations, en plus de celles que nous détenons, de naufrages, d'interceptions ou de dérives de chaloupes en mer, de corps sans vie rejetés. Cette problématique douloureuse nous absorbe entièrement. Nous essayons, dans notre ONG, de réfléchir à des alternatives face à ce mal-être. Est-ce qu'il y a des alternatives ? Nous n'en savons rien.
Par ailleurs, les inégalités sociales existant dans notre pays n'arrangent en rien les perspectives d'avenir de ces jeunes qui rêvent d'une vie harmonieuse, d'une vie où ils peuvent se projeter dans l'avenir. Mais les frustrations sont nombreuses et la violence prend le dessus. Le désir de mort est aussi très présent chez ces jeunes. Les départs sont de plus en plus nombreux. Les chiffres ne cessent d'augmenter et l'âge des harraga varie désormais entre 14 et 29 ans. Des filles sont aussi du voyage. Nous les aînés, nous avons failli quelque part et c'est très grave !
Comment comptez-vous agir pour aider à trouver les solutions susceptibles de contribuer à endiguer un tant soit peu le phénomène de société qu'est la harga ?
Nous sommes sollicités pour des partenariats sur la question des migrants. Mais nous sommes et demeurons très prudents. D'ailleurs, nous l'avons dit et clairement signifié à des interlocuteurs internationaux avec lesquels nous nous sommes entretenus sur la question, notamment des diplomates italiens et britanniques, en réaction à ce que nous avions toujours dit sur les médias. Nous refusons de faire une politique de dissuasion en direction des harraga car nous n'avons pas d'alternative à leur proposer. Nous avons dit à nos interlocuteurs italiens que nous étions prêts à faire un travail dans leur pays, en partenariat et avec leurs ONG. Ce travail pourrait être fait dans les premiers centres de rétention pour pouvoir rencontrer les harraga algériens, discuter avec eux de leur désir – volontaire – de rentrer ou pas dans leur pays.
Nous refusons de jouer le rôle du gendarme au service de l'Europe. Nous leur avons dit que nous ne sommes nullement attirés par les financements mirobolants qui peuvent être mis à notre disposition pour jouer ce rôle, notre mission est bien précisée dans le projet du réseau régional que nous avons intégré. Dans ce projet, la partie algérienne réservée à Afad se concentrera sur la sensibilisation et la formation de la société civile aux droits des migrants et la connaissance des droits des étrangers en situation irrégulière, en Europe comme chez nous. Notre projet sera en outre axé sur la mise en place d'un réseau d'avocats engagés dans la défense des droits humains des demandeurs d'asile, des réfugiés et des migrants. Par ailleurs, nous sommes en train de finaliser un projet en direction des harraga, qui nous permettra de voir comment trouver une alternative à leurs problèmes, à leur désir de liberté et connaître ainsi les raisons objectives qui les poussent à mettre en péril leur vie, motivés par une vision virtuelle d'une vie meilleure en Europe.
Nous proposerons ce projet au gouvernement algérien et ferons des recommandations pour aller dans le sens d'une amélioration de la vie des migrants, des réfugiés et demandeurs d'asile et, bien sûr, des harraga. Nous restons persuadés que les valeurs humaines ancestrales de l'Algérie sont immuables. Nous sommes des humanitaires et devons rester attachés au développement durable. Nous refusons toute politique de dissuasion qui pourrait constituer un frein à l'idée de changer d'espace pour se développer tout en épousant l'idée de la globalisation.


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