«Aujourd'hui à Tamanrasset, il n'y a aucun touriste étranger ! D'habitude en décembre, il y en a plein !» Au 11e Salon international du tourisme et des voyages qui se tient jusqu'à samedi à la Safex d'Alger, les professionnels du tourisme sont unanimes : cette saison sera blanche dans le Sud algérien. Mais entre eux et les autorités, une guerre de communication – et de chiffres – a commencé. Pour la direction du tourisme de la wilaya de Tamanrasset, par exemple, tout va bien. «Sur l'année, on compte, entre étrangers et Algériens, entre 7000 et 9000 visiteurs.» Un chiffre qui ferait sourire certains, si la situation n'était pas si dramatique. «Depuis un peu moins de dix ans, il faut raisonnablement compter entre 2500 et 3000 personnes dans tout le Sud», précise un professionnel du tourisme. Bachir Djeribi, président du syndicat national des agences de voyages, s'énerve : «Des milliers de circuits ont été fermés dans le Tassili Hoggar (El Ghoussour, Tinakachaker, Tagrera, Tagelmemt, Tahagart…, ndlr) pour des raisons de sécurité. Il ne reste plus que des possibilités d'excursion de quatre à cinq jours maximum ! Moi, je pose la question : que vont faire les 120 à 130 agences de la région de leurs employés ?» Concrètement, huit jours de circuit mobiliseraient environ 110 personnes : guides, cuisiniers, chameliers, artisans, bouchers… se retrouveraient ainsi au chômage. «Mais il faut comprendre qu'à Tam, les gens vivent du tourisme, ils ne s'enrichissent pas avec !», ajoute une intervenante sur les circuits. «Pour les agences, c'est une catastrophe, poursuit Bachir Djeribi, car elles ne peuvent pas amortir les investissements colossaux qu'elles ont engagés. Changer un jeu de pneus, remplacer le matériel de couchage ou de restauration, tout cela représente 25 à 30% du budget d'une agence. Et même la plus modeste des agences embauche trois à quatre personnes à l'année. Car pour avoir une bonne saison, les meilleurs guides et les meilleurs cuisiniers, il faut les payer à l'année pour être sûrs qu'ils ne partiront pas ailleurs…» Résultat : une agence qui organiserait dans le contexte actuel une excursion à l'Assekrem y serait de sa poche… «On ne comprend pas vraiment les décisions qui ont été prises, reconnaît un résidant de Tamanrasset. La route entre Tam et Djanet a été fermée mais on a autorisé le Tassili de l'Ahlet, qui était auparavant interdite à cause de la contrebande. Est-ce réellement une question de sécurité ? Tamanrasset est tout de même la 6e Région militaire…» Au ministère du Tourisme, un cadre convient à demi-mot : «Oui, c'est vrai, il y a moins de touristes cette année, mais c'est aux agences de voyages de se remettre en cause et de proposer des circuits originaux.» En visite à Tamanrasset le 2 décembre dernier, le ministre Smaïl Mimoune est allé dans le même sens, exhortant les opérateurs et acteurs du secteur à offrir aux visiteurs et touristes les meilleures prestations et présentant Tamanrasset comme l'une des régions touristiques prometteuses pour la promotion du tourisme saharien. De quoi finir d'énerver Bachir Djeribi. «Pas mal de nouveaux créneaux ont été ouverts. Moi-même, via Kendo Adventure Tamanrasset, j'ai développé en 2005 le quad, la moto et la rino (petite jeep). On a des VTT qui coûtent 2700 euros la pièce ! Et depuis trois ans, on attend des autorisations pour un projet d'introduction de montgolfières, poursuit-il. On voudrait monter notre propre école de pilotage. En 2007, on a même organisé un marathon de 175 km dans le Hoggar ! Aujourd'hui, pour les agences du Sud, les pertes sont de 100% et certaines sont menacées de fermeture. Alors arrêtons de les prendre pour bouc émissaire. Elles ne peuvent pas porter tous les maux de l'Algérie…»