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«Au Maroc, le roi a imposé le tifinagh au détriment de la graphie latine»
Lhoussaine Azergui. Journaliste et écrivain franco-amazigh
Publié dans El Watan le 12 - 01 - 2013

Lhoussaine Azergui est journaliste franco-amazigh. Il est aussi l'auteur, en langue amazighe, de deux romans et d'une pièce de théâtre. Il évoque, dans cet entretien, les avancées de tamazight au Maroc et les défis qui attendent le combat identitaire berbère en général.
-La civilisation berbère fête ses 2963 ans de survie malgré toutes les tentatives successives de la renier. Quel diagnostic faites-vous du combat identitaire berbère, notamment en Afrique du Nord ?
Le combat identitaire amazigh en Afrique du Nord gagne de plus en plus de terrain, notamment sur le plan politique, spécialement au Maroc et en Libye. Au Maroc, tamazight a été consacrée deuxième langue officielle dans la Constitution du pays en juillet 2001. Cette langue a commencé à intégrer les institutions publiques, non sans difficultés. En Libye, la situation a beaucoup évolué depuis la chute du régime d'El Gueddafi. Les Amazighs, qui avaient grandement contribué militairement à la chute de la dictature, n'ont pas attendu une décision officielle pour promouvoir leur langue et leur identité.
Face à l'attitude négative vis-à-vis de l'amazighité du CNT et du gouvernement provisoire, les associations amazighes et le Congrès national amazigh libyen, créé en septembre 2011, ne se sont pas laissés faire et ont pris des initiatives politiques très courageuses. Ils ont tout simplement ignoré les nouvelles institutions libyennes et pris unilatéralement les décisions qu'ils jugent nécessaires pour promouvoir leur langue. Ils ont décidé, par exemple, d'enseigner la langue amazighe à travers l'ensemble du territoire amazighophone en première année du cycle primaire et pris en charge les dépenses liées à la mise en place de cet enseignement. Les Amazighs de Libye ont également décidé, unilatéralement, de faire du 12 janvier (nouvel an amazigh) un jour férié et d'installer des panneaux de signalisation en tifinagh. Ils n'ont pas attendu qu'on décide pour eux. En Tunisie, des associations culturelles amazighes commencent à émerger un peu partout et la conscience identitaire gagne aussi de terrain dans ce pays. On dénombre pour le moment huit associations très actives à Azrou, Tamezret, Tunis et Djerba.
-Après plusieurs années de réticences, le Maroc a intégré, dans sa nouvelle Constitution, la reconnaissance de tamazight comme langue nationale et officielle. Les résultats effectifs de cette constitutionnalisation sont-ils satisfaisants ?
Au Maroc, la situation a beaucoup évolué ces dernières années. La langue amazighe est désormais officielle. La langue a été également introduite dans l'enseignement depuis 2003 et quelque 545 000 élèves, soit 15%, en bénéficient. Je souligne que cette langue est obligatoire et qu'elle est enseignée dans toutes les régions du pays sans distinctions. La langue amazighe a été également introduite dans les médias. Une chaîne de télévision amazighe a été créée. La prise en charge de l'amazighité par la monarchie a décomplexé la classe politique et énormément d'amazighophones.
Aucune formation politique ne peut plus se permettre, désormais, de s'opposer publiquement à l'amazighité, même si la plupart d'entre elles (Istiqlal, Parti de la justice et du développement, Union socialiste des forces populaires, etc.) sont foncièrement hostiles à tout ce qui est amazigh. Ceci dit, la situation n'est pas du tout rose. Même si tamazight est consacrée langue officielle depuis un an et demi, on attend toujours la loi organique qui définira le processus de mise en œuvre du caractère officiel de cette langue, comme le prévoit l'article 5 de la Constitution. On ignore quand cette loi organique verra le jour et si elle prendra en compte tous les acquis accumulés au fil des années dans les domaines de l'enseignement, des libertés, de la graphie.
Je rappelle que l'actuel chef du gouvernement marocain avait annoncé son rejet de toute écriture de la langue amazighe en graphie tifinagh, plaidant pour la graphie dite arabe. Et comme les législateurs ont 19 lois organiques de ce type à préparer, tamazight risque d'attendre encore plusieurs années. D'après le plan préparé par le gouvernement actuel, cette loi organique tant attendue a été reléguée à décembre 2013.
La situation de tamazight, même consacrée langue officielle, n'est pas du tout satisfaisante tant que les autorités ne s'impliquent pas davantage et ne se libèrent pas des carcans de l'arabo-islamisme qui les empêchent d'agir efficacement. Je rappelle que malgré cette constitutionnalisation, des prénoms amazighs sont toujours interdits, l'usage de la langue amazighe a été interdit au parlement, des militants amazighs sont toujours arrêtés. Deux d'entre eux, Mustapha Ousaya et Hamid Ouadouch, purgent une peine de 10 ans de prison chacun à la prison de Toulal à Meknès (centre). Bref, beaucoup de chemin reste à faire pour que la langue amazighe retrouve la place qui lui convient.
-L'Ircam a tranché pour la transcription du berbère en tifinagh, ce qui a mis un terme aux revendications de certaines parties de rédiger le berbère en lettres arabes. Comment jugez-vous cette démarche ?
L'Ircam, créé par le roi Mohammed VI le 17 octobre 2001, n'a pas tranché. Sa mission n'est pas de décider, mais de «donner avis» et de mettre en œuvre «les politiques retenues» par le roi et «devant permettre l'introduction de l'amazigh dans le système éducatif et assurer à l'amazigh son rayonnement dans l'espace social, culturel et médiatique national», comme le stipule l'article 2 du dahir portant création de l'Ircam. Son rôle est simplement consultatif. Concernant la graphie, le conseil d'administration de l'Ircam avait voté à l'unanimité en faveur de la graphie latine, sauf que le roi en a décidé autrement et a imposé le tifinagh.
A mon sens, l'adoption de la graphie tifinagh et surtout la création par l'Ircam de sa propre graphie tifinagh (tifinagh-Ircam) est dangereuse pour l'avenir et le développement de la langue amazighe au Maroc, d'autant plus qu'aucun débat scientifique n'a jamais eu lieu dans ce pays concernant les problèmes de la graphie. Est-il raisonnable de décréter officielle la graphie d'une langue avant que celle-ci soit mise en pratique et fasse ses preuves ? Je ne le crois pas. L'adoption de tifinagh pourrait avoir des incidences sérieuses sur le développement du passage à l'écrit de la langue amazighe et bloquer le processus de sa diffusion.
-Ne trouvez-vous pas que la généralisation de l'utilisation du tifinagh dans tous les pays berbères permettra à cette langue de se développer en s'occupant de questions académiques plus pertinentes, comme la fabrication d'un clavier berbère, par exemple ?
Je ne crois pas que la généralisation de tifinagh dans tous les pays d'Afrique du Nord –ce que je considère comme presque impossible vu la nature des régimes en place qui sont anti-amazighs – ou son intégration dans le système Windows 8 permettra à la langue amazighe de se développer comme on le souhaite. D'abord, pourquoi utiliser le tifinagh alors que le caractère latin nous ferait gagner énormément de temps et propulsera la langue amazighe dans la modernité, tout en nous permettant de nous ouvrir sur les autres peuples et les autres cultures. Deuxièmement : quel tifinagh adopter ? Je ne crois pas, par exemple, que les Kabyles adopteront un jour la graphie tifinagh-Ircam, eux qui ont toujours publié en graphie latine pour écrire le kabyle.
Le latin est utilisé par presque tous les auteurs en langue amazighe au Maroc, en Kabylie et dans la diaspora. Pourquoi les militants qui défendent l'usage de tifinagh, au Maroc par exemple, ne publient pas de livres dans cette graphie et continuent toujours de publier en latin ? Je crois que ce sont les auteurs, les cinéastes et les chercheurs qui finiront par imposer la graphie qu'ils utilisent (le latin ou le tifinagh) pour faire avancer la langue amazighe. Même si tifinagh est considérée comme la graphie officielle, je continuerai personnellement à ne publier qu'en caractères latins.


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