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Peut-on sauver l'université du naufrage ?
Les débats d'El Watan auront lieu aujourd'hui
Publié dans El Watan le 13 - 04 - 2006

Qu'est devenue l'université algérienne aujourd'hui ? S'il s'avère d'emblée difficile de mettre des mots sur les maux qui habitent le système universitaire, un constat sommaire semble néanmoins se dégager, celui qui se laisse dire dans les termes de « malaise », « dérive », « marasme », « anomie », etc.
Haut lieu du savoir et de la culture dans les années 1960, l'Université algérienne n'est plus aujourd'hui qu'une machine lourde, tentaculaire et ingouvernable qui, à force de s'épuiser dans la gestion des flux, perd de vue l'essentiel, la qualité de la formation ; une institution sous encadrée, dévoyée de son éthique, répondant peu ou pas aux normes du savoir académique et de la recherche scientifique ; croulant sous le poids du nombre, elle n'est plus qu'un lieu sans âme en proie à la « clochardisation ». « L'université est sinistrée », ne craint pas de dire la linguiste Khaoula Taleb-Ibrahimi, professeur à l'université d'Alger. Cette situation suscite la colère indignée de nombre d'enseignants, ceux qui restent attachés, envers et contre tout, au respect des normes scientifiques et des valeurs éthiques de l'Université. Leur cri d'indignation reste cependant trop souvent confiné dans des cercles élitistes étroits quand il ne se laisse pas gagner par la démobilisation, la désaffection, l'exil intérieur, l'émigration. Un fait, troublant celui-là, explique en partie l'absence d'une prise de conscience publique : sur plus de quarante ans d'existence, l'Université algérienne n'a produit aucun savoir systématique sur elle-même. Cet évitement a été relevé par le sociologue Mohamed Ghlamallah dans une étude sur les enseignants universitaires (1) : « L'université algérienne souffre d'abord de se méconnaître, de ne pas s'estimer assez pour s'intéresser à soi. » Faut-il s'étonner, dès lors, que l'Université subisse, coup après coup, les injonctions du ministère sans être en mesure d'élaborer, elle-même, sa propre réforme ou d'engager une réflexion de fond sur son devenir ?
Aux sources du dévoiement de l'Université
Encore eut-il fallu que l'Université puisse jouir de son autonomie, ce dont, en l'espèce, elle en a été dépossédée depuis la réforme de 1971. Le sociologue Djamel Guerid retrace, dans une analyse pénétrante, ce processus de dévoiement de l'Université : « Cette emprise totalitaire du politique [...] sur l'université et l'absence de tout contre-pouvoir de type académique a eu pour résultat de rendre inopérants les critères proprement universitaires de fonctionnement, de compétition et de promotion [...] Les critères de base deviennent alors la parenté ou le clan ou la région ou la clientèle par rapport à des centres de pouvoir officiels ou occultes. N'ont alors plus rien d'académiques les critères de nominations aux postes de décision dans les universités. »(2) L'université algérienne paie très cher le prix de cette dérive. Ainsi au nom de l'« algérianisation » de l'enseignement supérieur, il a été mis fin aux fonctions des coopérants étrangers - lesquels occupaient le plus souvent des postes de professeurs et de maîtres de conférence -, au moment même où l'Université vit le nombre de ses étudiants se démultiplier par six en une décennie (1968/1978). Cette décision démagogique a eu des conséquences désastreuses sur l'évolution de l'université : elle a provoqué un déficit préjudiciable en encadrement magistral et précipité la coupure de l'Université avec son environnement universitaire international. « Les assistants algériens, malgré leur abnégation, ne pouvaient diffuser que ce qu'ils savaient, c'est-à-dire un savoir et un savoir-faire limités. Dès lors le principe de la reproduction de l'élite était atteint », constate Djamel Guerid. La dérive ne s'est pas arrêtée là : pour répondre à l'explosion des effectifs estudiantins, l'Université algérienne s'est mise à recruter massivement, durant les décennies 1970 et 1980, tous les candidats au poste d'enseignant, sans autre qualification qu'une licence ou un diplôme d'ingénieur. En 1990, note le professeur Abdesselam Ali Rachedi, « 5000 enseignants n'étaient même pas titulaires du magistère ; on vit même apparaître des conseils scientifiques composés exclusivement d'assistants et de maîtres-assistants ». La titularisation par centaines de ces « assistants contractuels », sur critère d'ancienneté et non plus de production scientifique (publications, soutenance de thèse), a consacré la non-production scientifique au détriment de la recherche. Faut-il s'étonner, alors, que très peu d'assistants aient soutenu leur thèse de doctorat par la suite ?
L'université : un pis-aller ?
La « démocratisation » de l'enseignement supérieur a généré au bout du compte des effets pervers : massification, inégalités entre universités des grandes villes et celles de l'intérieur, nivellement vers le bas, crise des carrières, paupérisation et démobilisation du corps enseignant, fuite des cerveaux, dégradation des conditions de vie des étudiants (transports, hébergement, restauration). « Les cités universitaires croulent sous le poids du nombre. Les étudiants habitent jusqu'à cinq dans des chambres d'une dizaine de mètres carrés ; celles-ci sont souvent démunies de chauffage, d'eau chaude pour ne pas dire d'eau tout court. Les repas servis dans les restaurants universitaires n'ont plus rien à voir avec une alimentation saine et équilibrée [...] L'étudiant, dans ce contexte, n'a plus rien à envier au chômeur, bien au contraire. Clochardisé, n'attendant rien de l'avenir, il se reconvertit le plus souvent au commerce informel », relevait le sociologue Aïssa Kadri (3) au tout début de la décennie 1990. « Dans ces cités [universitaires], souvent inachevées et non équipées, tout souffle sauf l'esprit. Dans ces déserts culturels, les étudiants laissés à eux-mêmes et désargentés s'initient aux joies de la corruption, du trabendisme et parfois de la prostitution », observait Djamel Guerid en 1998. La « médiocrité » de l'Université algérienne devient une réalité admise par tous, et parfois même par les autorités officielles. Ces mêmes autorités annoncent pourtant, comble du paradoxe, l'augmentation à 1 million d'étudiants d'ici à 2010. Questions : comment les autorités comptent-elles offrir une formation de qualité à un million d'étudiants alors même que 15% seulement des enseignants, dont dispose le système universitaire algérien actuellement, sont de rang magistral ? Comment entendent-elles revaloriser les diplômes universitaires algériens, lors même que les centres universitaires vivent en vase clos, sans dynamique de recherche ni politique de coopération scientifique avec les pôles universitaires étrangers ? Comment escomptent-elles relever le niveau des études supérieures, lors même que les centres universitaires, créés à la hâte pour cantonner la vague démographique estudiantine, accusent un déficit prononcé en enseignants qualifiés, en support pédagogique (ouvrages de référence, revues savantes, matériels de reproduction, ordinateurs, etc.), en personnel administratif compétent ? Cette inéquation effarante entre les besoins exprimés en diplômes, d'un côté, et l'exigence requise en encadrement scientifique, de l'autre, traduit par soi seule l'urgence d'une redéfinition radicale des missions de l'Université : est-ce une machine à délivrer des certificats ou une institution à former des élites ? Le régime, tout voué qu'il est à la préservation du statu quo, ne semble guère disposé à entreprendre l'œuvre de re-fondation qu'exige la crise que vit l'Université depuis plusieurs décades déjà. L'avortement, en 1990, du « projet d'autonomie de l'université » proposé par Abdesselam Ali-Rachedi, alors ministre de l'Enseignement supérieur dans le gouvernement Hamrouche, en dit long sur le refus de refonte du système universitaire. Au coût social d'une telle entreprise, le régime semble préférer la solution de la fuite en avant au détriment d'une réflexion de fond sur les remèdes à apporter à l'abaissement du niveau, à la dévaluation des diplômes, à la fuite des cerveaux, au décalage de l'Université avec les besoins énormes du pays... en capital humain. Le naufrage de l'Université n'interpelle pas seulement les professionnels du secteur ; par-delà la « famille de l'enseignement », il apostrophe le système social dans son ensemble. Car le système d'éducation d'une société est en dernière analyse le reflet du régime social en cours dans cette société - en même temps qu'il en perpétue le fonctionnement. Conscient de l'ampleur du mal qui ronge l'Université algérienne, le forum Les débats d'El Watan s'est résolu à en faire le thème de ses conférences publiques de ce mois, Il a sollicité pour se faire la réflexion de quatre universitaires algériens : Khaoula Taleb-Ibrahimi (linguiste, professeur à l'université d'Alger), Mohamed Ghlamallah (sociologue, chargé de cours à l'université d'Alger), Aïssa Kadri (sociologue, professeur à l'université de Tours) et Abdesselam Ali-Rachedi (professeur en médecine, ancien ministre de l'Enseignement supérieur).
- (1) Mohamed Ghlamallah (dir.), Les enseignants universitaires algériens in Les cahiers du Cread, n°62/63, 2003.
(2) Djamel Guerid, « L'université entre Etat et société », in Djamel Guerid (dir.), L'université aujourd'hui, Oran, Cread, 1998, pp. 25-36.
(3) Aïssa Kadri, « Le système universitaire dans la décennie 80 », Naqd, n°5, 1993, pp. 74-90.


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