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«A Ouagadougou, nous avons été ligotés sans aucune contrepartie»
Hama Ag Sid Ahmed. Porte-parole du Conseil transitoire de l'Etat de l'Azawad et chargé des relations extérieures du MNLA
Publié dans El Watan le 22 - 08 - 2013

Hama Ag Sid Ahmed, qui a eu à occuper différentes hautes responsabilités au sein du Mouvement national pour la libération de l'Azawad (MNLA), groupe qui a chassé l'armée malienne du nord du Mali en janvier 2012 avec le soutien actif d'Ançar Eddine d'Iyad Ag Ghali, est aujourd'hui pessimiste quant à l'avenir de l'Azawad. Pourquoi ? Il en explique justement ici les raisons. Et celles-ci aussi nombreuses que complexes. Entretien.
- Cela va bientôt faire deux mois que l'accord de Ouagadougou a été signé. Le document paraphé pour Bamako par le ministre de l'Administration territoriale, le colonel Moussa Sinko Coulibaly, et par Bilal Ag Acherif et Algabass Ag Intalla au nom du MNLA et du HCUA, est un «accord préliminaire à l'élection présidentielle et aux pourparlers inclusifs de paix au Mali». Quel bilan en faites-vous ?

Nous ne pouvons pas réellement tirer un bilan de cet accord puisqu'il ne concerne qu'une seule partie. Je m'explique : seules les dispositions essentielles pour Bamako ont été respectées (tenue de l'élection présidentielle à la date fixée et le retour de l'armée et administration sur presque l'ensemble du territoire). En allant à Ouagadougou, les négociateurs de Bamako s'étaient fixé des objectifs précis à atteindre. Et ils y sont parvenus. En revanche, ceux qui représentaient les «mouvements» (MNLA et HCUA, ndlr) ont improvisé sur place. Ces derniers n'ont pas tenu compte des avis et des arguments de ceux qu'ils ont laissés derrière eux. Tout le monde l'a constaté. A mon sens, il s'agit là d'une grave erreur politique. En agissant de la sorte, les représentants des populations de l'Azawad partent amoindris. Je parle des futures discussions, celles qui doivent décider de l'avenir de l'Azawad. Nous sommes nombreux à penser qu'ils n'ont pas su profiter des expériences passées et des atouts qu'ils avaient entre leurs mains (présence de la communauté internationale) pour arracher un meilleur accord. Ils avaient tous «le feu aux pieds».
- Vous voulez dire que les populations du nord du Mali ne sont pas satisfaites de l'accord signé à Ouagadougou ? Où réside le problème exactement ?

Rien de ce qui avait convenu n'a été appliqué. Je fais allusion, par exemple, à la libération des prisonniers retenus par Bamako et à la prise en charge des combattants cantonnés dans région de Kidal et au-delà. Sachez que ces combattants n'ont actuellement ni eau, ni électricité, ni nourriture. Contrairement à ce qui se fait ailleurs après la signature d'un accord de paix, aucune prise en charge n'est assurée. C'est inacceptable. C'est grâce à la sagesse de ceux qui sont sur le terrain que la situation est restée calme et que le pire a pu être parfois évité. Les responsables à Bamako ne sont visiblement préoccupés que par le retour de l'armée malienne dans les positions qu'elle occupait en janvier 2012, c'est-à-dire avant le contrôle des villes de l'Azawad par le MNLA. Les politiques, les officiers et combattants touareg à l'origine de la révolte – qui n'étaient présents à Ouagadougou – parlent d'ailleurs d'«un retour à la case départ». En fait, nous sommes nombreux à considérer que la charrue a été mise avant les bœufs à Ouagadougou. Pour nous, les dispositions concernant la commission d'enquête internationale et le retour progressif de l'armée et de l'administration devaient attendre et se discuter avec les nouvelles autorités maliennes dans des négociations de fond. Ces points n'avaient pas à être discutés dans une négociation portant sur un cessez-le- feu.
- Quel est actuellement l'état d'esprit des combattants du MLNLA sur le terrain ?

Les combattants en ont plus qu'assez des provocations de l'armée malienne. Celles-ci sont permanentes, dans la ville de Kidal et ailleurs. Ils se plaignent que les provocations de l'armée malienne et de ses miliciens ne soient jamais prises en compte par la Minusma. Si cela continue, il pourrait y avoir des dérapages. L'armée malienne quitte souvent discrètement sa base de cantonnement à l'insu des forces internationales pour intervenir dans une zone éloignée. Ces «interventions» s'accompagnent d'exactions. C'est très grave. Ces provocations pourraient déclencher la reprise des hostilités. D'ailleurs, de nombreux combattants sont sortis des villes pour éviter des réactions immédiates. Depuis le 3 juillet, les manifestations sont presque quotidiennes à Kidal. Les participants à ces manifestants expriment ainsi leur mécontentement général. Le malaise est réel et la population reproche à ceux qui ont parlé en son nom à Ouagadougou de ne pas l'avoir consultée. Comme ils disent : «Nous avons été ligotés sans aucune contrepartie.»
- Que voulez-vous dire par là ?

Pour dire vrai, personne sur le terrain n'appuie vraiment les accords de Ouagadougou. Personne n'en est satisfait. Pis encore, une partie de l'opinion pense que les politiques et les militaires qui l'ont représentée ne sont plus à la hauteur des enjeux. Après tout, ils n'ont rien obtenu de concret pour le moment. Les représentants des populations du nord du Mali à Ouagadougou invoquent souvent l'argument des «pressions» de la communauté internationale pour expliquer les raisons pour lesquelles ils ont signé cet accord intérimaire. C'est un argument qui passe mal, surtout que de nombreux acteurs importants n'ont pas été consultés. Mais pour l'heure, les combattants, les cadres militaires et politiques préfèrent attendre de voir comment évoluera la situation avant de prendre des décisions et de se prononcer sur l'avenir politique et sécuritaire de la région. Bien évidemment, tout dépendra aussi des signaux qu'enverront les nouvelles autorités maliennes.
- Justement, le Mali a maintenant un président élu en la personne d'Ibrahim Boubacar Keita. Cela veut dire que les négociations entre le MNLA et le HCUA d'une part et Bamako d'autre part ne sont plus très loin…

Effectivement, le Mali a un nouveau Président. Il lui faudra certainement du temps pour trouver ses marques et former un gouvernement. C'est dans la tradition. Et puis je suis sûr qu'il prendra tout son temps. Cela m'amène à dire que les dossiers brûlants laissés par la transition ne seront probablement pas ouverts avant la fin de l'année. Concernant particulièrement la question du Nord, IBK prendra probablement quelques décisions. Mais pour lui, celles-ci constituent plus une priorité sécuritaire que politique. Cela signifie que le prochain gouvernement ne se fixera pas comme objectif, dans l'immédiat, de résoudre concrètement la crise du Nord. C'est là mon avis.
- Pourquoi un tel pessimisme ?

Nous connaissons les positions du candidat sorti des urnes le 11 août par rapport à la question du Nord et plus particulièrement concernant la question targuie. C'est pour cela que beaucoup parmi nous craignent que l'histoire se répète.
- Dans la perspective de la reprise des négociations, le MNLA et le HCUA se sont-ils entendus sur la conduite à tenir ?

Bonne question. L'épisode de Ouagadougou prouve que nous ne sommes pas encore préparés à défendre correctement nos droits. Pourtant, nous avions déjà travaillé sur l'élaboration d'un texte. Celui-ci nécessite cependant beaucoup de corrections. Il faudra, par la suite, le soumettre au HCUA. Pour le moment, je ne pense donc pas que les agendas politiques du MNLA et du HCUA soient au point. Les deux mouvements ont certes quelques divergences, mais ils pourraient tout de même parvenir à s'entendre sur la conduite à tenir. L'idéal serait effectivement que le MNLA et le HCUA présentent des revendications politiques communes. Il se pourrait d'ailleurs que ces deux mouvements soient appelés à se restructurer très prochainement pour devenir plus représentatifs. C'est une nécessité, mais cela prendra un peu de temps.
- Pour quelles raisons ?

Il faut savoir que le MNLA et le HCUA sont eux-mêmes constitués de courants. Il s'agit de l'Alliance touareg Nord-Mali pour le changement. La structure existait déjà du temps du défunt Ibrahim Ag Bahanga. Ces membres activent depuis la signature de l'Accord d'Alger de juillet 2006. En septembre 2011, l'«Alliance» a reçu le soutien de frères venus de Libye. Il y a aussi le Mouvement national de l'Azawad (MNA), né fin novembre 2010 à Tombouctou. Il est formé par les lettrés de la nouvelle génération et par ceux qui ont déserté l'armée malienne pour rejoindre la nouvelle insurrection de janvier 2012. Pour affronter sereinement les futures négociations, les deux mouvements doivent corriger rapidement leurs erreurs, arrêter une stratégie et être représentatifs.
Il faut savoir aussi que plus les interlocuteurs sont nombreux, plus les négociations deviennent difficiles et complexes. Cela, tout le monde l'a compris. Aussi, les leaders des deux mouvements pensent à organiser une grande rencontre à Kidal, au plus tard à la fin du mois d'août, pour, comme on dit, «laver notre linge sale en famille». Mais l'idée effectivement est de mettre en place une structure de coordination politique et militaire dans le cas où tout ce beau monde ne parviendrait pas à s'organiser dans un seul et même mouvement.
Pour que les résultats des futures discussions soient acceptés, il est important aussi que tous les combattants, les regroupements des femmes touareg, les sages (chefs de tribu) et les jeunes puissent donner leur avis. Sans cela, ça ne marchera pas. Et concernant cet aspect, le MNLA et le HCUA ont encore du pain sur la planche.
- Peut-on connaître les principales revendications que vous défendrez lors des négociations avec Bamako ?

Il est difficile de connaître ce qui pourrait sortir de ces prochaines négociations. Toutefois, nous sommes convaincus que si nous voulons réparer les injustices et éviter de nouvelles violences, il est nécessaire que les régions soient autonomes tout en restant, si nécessaire, dans un seul Etat. Chacune d'elles pourrait être ainsi dotée d'un gouvernement et d'un Parlement, qui seront bien évidemment dotés de vraies prérogatives. Les communautés du Nord sont mieux placées que quiconque pour connaître leurs problèmes et le moyen de les régler. Le salut du Mali est dans l'adoption d'un système fédéral. Ainsi, chacun sera comptable de sa gestion et plus personne ne pourra rejeter la pierre sur l'autre.


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