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Les sans-papiers des frontières
À 150 km d'El Oued, Douar El Ma, Le pays des nomades
Publié dans El Watan le 09 - 08 - 2006

Pour aller à Douar El Ma, chef-lieu de commune dans la wilaya d'El Oued, une seule route y mène, elle passe par Taleb Larbi, chef-lieu de daïra, dont la première commune fait partie. D'El Oued, il faut prendre la direction Nord-Est, parcourir 70 km et se rapprocher de la frontière tunisienne, exactement à Taleb Larbi.
Avant d'y arriver, tout le long de ces 70 km, de part et d'autre de la RN48, courent d'abord des palmeraies, véritables oasis de calme, puis d'immenses étendues parsemées d'alfa. Arrêtons-nous un instant à Taleb Larbi. Le poste frontalier de Taleb Larbi ne permet que le passage des véhicules touristiques. Les élus et les habitants de cette commune ont beau demander à sa place un lieu de transit de marchandises, c'était (et c'est toujours) peine perdue. Certains aiment à se raconter cette argumentation : pour qu'il y ait un lieu de transit et partant, des activités commerciales et économiques, il faut avoir cinq généraux ! D'autres leur répliquent qu'ils ont bien Amar Saâdani, le président de l'APN, le second ou troisième homme du pouvoir. Sérieusement, le poste de transit est vivement réclamé, car on ne développe pas la région avec du sable et une désolation totale. Certains avancent comme argument ne favorisant pas la création de ce poste de transit, le fait que celui de Tébessa diminuerait d'activités. Toujours est-il que l'absence de cette institution pourrait être à l'origine de l'intense trabendo au niveau de la bande frontalière avec la Tunisie d'une distance de 330 km, et puis plus bas avec la Libye. De fait, le cheptel fait la belle vers la Tunisie, laisse-t-on entendre, et il (le cheptel) retourne en Algérie sous forme de véhicules et autres produits, tels que les graines… de tournesol très prisées à El Oued, qu'on nomme aussi par dérision « techghil ech chabab ». A Taleb Larbi, il y a une telle désolation que la commune doit sa lumière à l'énergie électrique de la Tunisie, du moins une bonne partie, nous dit-on. Pire, au pays du gaz et du pétrole, le siège de l'APC même est alimenté avec l'électricité provenant de Tunisie. Vrai, ce sont des fruits d'accords algéro-tunisiens, mais tout de même. Taleb Larbi a un autre problème « électrisant » : ses fellahs s'embrouillent dans une histoire de comptage électrique ; l'énergie électrique agricole leur est assurée, mais le comptage collectif ne les arrange pas. Aussi, certains fellahs, ne pouvant pas payer la facture collective, abandonnent ainsi leurs palmeraies, nous disent certains d'entre eux. Un autre problème est soulevé par certains habitants, il s'agit du matériel de la chirurgie dentaire et celui de radiographie qui croupissent sous la poussière depuis plusieurs années au niveau du centre de santé. Si un habitant a mal aux dents ou doit faire une radiographie, il est obligé de parcourir 70 km jusqu'à El Oued. Comptant 11 811 habitants, Taleb Larbi est une commune très vaste de 1110 km2, mais pas autant que Douar El Ma.
Vastitude et solitude
Direction vers Douar El Ma au Sud-Est. Une route de 46 km pleine de trous, de quoi vous mettre inexorablement en panne un jour ou l'autre, du moins une crevaison, une panne dangereuse du moment qu'il n'existe, tout le long de cette route, aucune agglomération ni station d'essence. De part et d'autre du CW701, vous accompagnent d'impeccables plaines couvertes de tamaris et d'alfa et autres herbes du désert. Ce chemin, selon les élus, qui se réfèrent aux déclarations du wali lors de sa récente visite, sera classé chemin de wilaya après sa réfection prochaine. En attendant, il cause bien des dégâts. L'ouverture d'une route passant par la commune de Nakhla sur une distance de 71 km, dont l'étude, selon Mohamed Messaoudi, vice-président de l'APC, a été effectuée, désenclavera sûrement la commune de Douar El Ma et la rapprochera du chef-lieu de wilaya de quelques dizaines de kilomètres. Seulement voilà, on ne sait pas si et quand l'ouverture sera réalisée. Douar El Ma, comme son nom le laisse deviner, est une région, surtout son chef-lieu, qui, bien se trouvant en plein désert, regorge de sources d'eau, d'où son appellation. La commune s'étend sur une superficie de 17 813, 60 km2, soit 40% de la superficie de la wilaya, qui est de 44 586,80 km2 ; 13 000 habitants y vivent, 5000 au chef-lieu, 550 à Mih Cheikh à 23 km de ce dernier, 450 à Ghenami à 42 km au Sud, dont la route nécessite une réfection d'urgence. Le reste de la population, soit 7000 habitants, plus de la moitié, ce sont des nomades, qui transhument sur une distance de 200 km. Ce sont, pourrait-on dire, les sans-papiers de l'Algérie, du fait que beaucoup d'entre eux ne sont enregistrés ni à l'état civil ni nulle part ailleurs, nous apprend-on. Une opération d'enregistrement des naissances et autres mariages et décès a commencé, suite à une initiative locale, à partir de 2004. Bien sûr, cela est accompagné d'une campagne de sensibilisation, et des équipes des services de la commune vont chercher les nomades sur leurs lieux de transhumance et de cantonnement. C'est ainsi qu'en 2004, ont été enregistrés à l'état civil 352 naissances, 46 mariages et 8 décès, en 2005, 79 naissances, 20 mariages et 4 décès, et en 2006, à ce jour, 5 naissances et 10 mariages. Les noms que déclarent ces nomades enregistrés et qui se répètent, sont principalement les Hamdi, les Bendouiem et les Benamor. Selon les élus, lors de cette opération, des officiels, corps constitués et autres, avec sûrement une bonne intention, en ont fait un plat, disant qu'il s'agirait de ressortissants tunisiens et libyens. Ce qui est faux, nous assure-t-on. Au contraire, bien que parfois bien traités par les Tunisiens, et bien que supposés sans identité, ces nomades sont fiers d'être Algériens, de déclarer leur identité bédouine et algérienne. Dans la région de Hamada, à des centaines de kilomètres plus au sud de Douar El Ma, chevauchant l'Algérie et la Tunisie, et où les nomades aiment se regrouper ou transhumer, l'histoire d'une femme sur le point d'accoucher est édifiante à plus d'un titre quant à la prise en charge de ces nomades. Elle a été sauvée in extremis de la mort grâce à l'intervention d'un hélicoptère tunisien, qui est venu sur les lieux et l'a transportée à Tunis, suite à la demande de son mari, qui est allé solliciter l'aide dans la ville tunisienne la plus proche des frontières.
Périmètres agricoles sans énergie électrique
Cependant, s'il est vrai qu'ils évoluent dans le plein air et les grands espaces, ils vivent dans des conditions difficiles, voire le dénuement total ; certains de leurs enfants, écoliers à Mih Cheikh, s'endorment en classe du fait de la dénutrition. La commune compte 7000 palmiers, et les fellahs, qui pratiquent aussi les cultures maraîchères, ont cependant un problème : le manque d'énergie électrique pour faire fonctionner leur motopompe. Les fellahs profitent de plusieurs formules d'octroi de périmètres agricoles. Des concessions par la mise en valeur, d'autres dans le cadre des grands travaux et d'autres encore dans sa formule ancienne, tout cela s'étend sur une superficie globale de 1210 ha. Cependant, le manque d'alimentation en énergie électrique handicape bien des fellahs. Par contre, dans la localité de Mih Cheikh, le périmètre de 800 ha est disponible et prêt à l'exploitation et l'électricité agricole existe depuis 2005, mais seulement 40 ha sont exploités en phoeniciculture. Lors de notre visite, c'était un jour de marché. Un souk, comme à l'ancien temps. Tout ce qu'il y a de simple et de beau. A l'entrée du village, où des ânes attelés à des carrioles attendent patiemment, un terrain assailli de sable et entouré d'une murette d'enceinte, grouille de gens en kachabia ou en gandoura, mais dont la plupart, même des jeunes, portent le chèche saharien ou le turban. Voilà des gens qui avec fierté sauvegardent encore nos traditions. Mais jusqu'à quand ? Au souk, on y vend tout : légumes, fruits, habits, outils de travail, ustensiles de cuisine, légumes secs, etc. Dans un coin, caprins, ovins, chameaux, le bétail fait l'objet de marchandages ardus. Il y a exactement deux petits chameaux, des chameaux bébés de 2 ans ; l'un d'eux coûte 26 000 DA. Il est encore tout jeune, pourquoi le vendez-vous ? « Par besoin », nous répond son propriétaire. Par ailleurs, l'aménagement du chef-lieu laisse à désirer, pas de chaussée, pas de trottoir, pas de réseau d'assainissement. Le sable ensevelit tout. Bizarre, pour un village de « quatre maisons », l'étude de l'assainissement dure… depuis 2 années et demie. Voilà plus de 10 ans que la commune n'a pas bénéficié de logements sociaux. Actuellement 10 logements sont en construction, mais il y a 45 demandeurs. Concernant l'habitat rural, 340 bénéficiaires attendent leur logement, mais 120 logements seulement sont en construction. Ce premier nombre d'habitats ruraux concerne les trois agglomérations, le chef-lieu, Mih Cheikh et Ghenami. Mais le nombre de demandes en instance n'est pas moins important, puisque étant de 400. Pour une commune aussi éloignée et ayant un nombre aussi important de nomades, ne pas posséder au moins un centre de santé est un véritable handicap. En effet, il y a tout juste 2 salles de soins, l'une au chef-lieu, l'autre à Mih Cheikh, n'offrant pas toutes les prestations ou soins. Il manque une salle de soins à Ghenami. Mais le besoin le plus pressant, c'est celui d'une maternité, d'autant plus que Taleb Larbi est loin de Douar El Ma de 46 km. Bien que dotée d'une ambulance, achetée avec ses propres moyens, la commune, faute de maternité, déplore parfois des décès de femmes sur le point d'accoucher lors de leur évacuation vers Taleb Larbi. Par ailleurs, le transport scolaire pose problème dans la mesure où le seul bus que possède la commune ne peut suffire, aussi en faut-il un autre. Certains élus mentionnent aussi le fait que malgré maintes demandes, l'agglomération de Ghenami n'a pas encore d'électricité.
Abdelwahab. Boumaza, Youcef Rezzag Salem


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