Organiser son quotidien durant le mois de ramadhan pour les pratiquants, et les autres, nécessite un emploi du temps élastique. Les musulmans de France jonglent avec les horaires et les impératifs professionnels et personnels. La préparation du ramadhan exige une organisation méticuleuse. Tout reste difficile à mettre en place. « Il ne faut pas faire attention aux râleurs. Si on les écoutait, le ramadhan n'aura comme créneau que les 29 février. Toutes les dates se ressemblent. Le ramadhan est le meilleur mois de l'année, je l'attends à chaque fois avec impatience », souligne Ahmed. Ancien habitué d'une mosquée du 19e arrondissement, il a changé radicalement ses positions depuis l'assassinat de l'imam Sahraoui, il y a plus de dix ans. Il est devenu un inconditionnel du recteur de la Mosquée de Paris, Dalil Boubekeur. « Non, je ne me suis pas notabilisé, mais j'ai appris à me méfier des révolutions, du radicalisme. La France, en plus d'être terre nourricière pour nous tous, nous offre le meilleur moyen de vivre notre foi. » Boussaïd ne contredira pas Ahmed, mais pour des raisons diamétralement opposées. Pour lui aussi, la France est bien plus qu'une terre d'accueil. « C'est ici que je vis ma vraie foi, c'est-à-dire sans. Au bled, je me cachais tout le temps, vis-à-vis de mes parents, de mon entourage familial et professionnel. Etre athée est comme une maladie honteuse. La France m'en a libéré. Je ne me rends jamais en Algérie pendant le mois de ramadhan. Je continue de vivre normalement, comme si de rien n'était. Rien ne change dans mon quotidien. » Le quotidien de Nassima, lui, est tout chamboulé. Mère de deux enfants, éducatrice à temps partiel, son F2 de Fontenay-sous-Bois devient sa prison dorée. « J'adore faire la cuisine, sentir les odeurs des plats épicés. La coriandre me fait tourner la tête », s'esclaffe-t-elle. Nassima avoue prendre un grand plaisir à faire le marché, puis à réunir pour la rupture du jeûne ses amis. Boussaïd en fait partie. « Nous n'arrêtons pas de recréer l'Algérie ici, de réinventer notre passé. Ce n'est pas Radio nostalgie, mais pas loin. Mes amis, croyants ou pas, aiment à se retrouver chez moi autour d'une chorba. Boussaïd, malgré ses dénégations, se plaît à écouter de la musique andalouse et patienter avec ceux qui ont observé le jeûne pour dîner tous ensemble. » Et pour les amis, qui vivent en tribu joyeuse, l'aspect religieux du ramadhan est secondaire. C'est plus un port d'attache qu'une obligation religieuse. La famille Jallal prend le ramadhan très au sérieux. « Il faut réunir la somme nécessaire pour faire venir les parents, une année les miens et l'année suivante ceux de ma femme, donner des leçons sur l'islam aux enfants sans que cela devienne trop pesant pour eux, partager le lait et les dates avec les proches, aller chez les uns et les autres. Cela exige une organisation militaire ! », se réjouit Abdallah qui se définit comme un islamiste modéré.