L'événement médiatique de la semaine a été bien sûr l'arrivée de Zizou à Alger. Après moult hésitations et une fois sa carrière sportive achevée, la star mondiale du football s'est, enfin, résolue à effectuer le déplacement au pays de ses ancêtres sur invitation du chef de l'Etat qui a d'ailleurs mis à sa disposition un avion présidentiel. Inutile de vous décrire l'enthousiasme populaire qu'a suscité cette visite à travers toute l'Algérie où Zidane est non seulement adulé mais carrément revendiqué comme un “enfant du pays”, même s'il a les papiers français. Immense joie et fierté débordante donc de recevoir un footballeur de légende, mais grosse pagaille au niveau de la réception qui a fait sauter tout le protocole d'accueil mis en place. Une fausse note qui a permis aux médias français de pimenter leurs envois, mais qu'à cela ne tienne, Zizou, visiblement surpris par les chaleureuses marques d'hospitalité qui lui ont été témoignées, paraissait très heureux de baigner dans une ferveur aussi typique, et c'est le plus important. Pour un premier voyage initiatique, le génie de la balle ronde avait du mal à retenir ses émotions. Sa célébrité sportive a certes dépassé toutes les frontières du monde, mais c'est en Algérie qu'elle a, sans le moindre doute, connue sa plus grande intensité, même si les Algériens n'avaient que le petit écran comme relais interactif pour communier avec leur idole. Jamais, alors qu'il était au sommet de sa gloire, on n'a pu ici l'approcher d'aussi près, le toucher, lui avouer la place qu'il occupait, et qu'il occupe toujours, dans le cœur des Algériens. C'est dire que sa venue avait un caractère d'exclusivité qui méritait, de la part de l'Unique, une couverture à la mesure de l'événement. Le soir de son arrivée à Alger, le réflexe naturel des Algériens aura été d'abord de se précipiter sur l'écran national pour vivre les premiers instantanés de cette visite. Mais quelle déception... Alors que la télé nationale n'en finissait pas de ronronner autour de son programme officiel, immuable, dans lequel le séjour du ministre français de l'Economie, des Finances et de l'Industrie paraissait presque sans intérêt, les chaînes françaises qui ont dépêché des envoyés spéciaux accordaient la priorité de l'actualité à Zizou. France 2 a même ouvert son journal avec la star du football qui retrouve le pays de ses origines après vingt années d'absence, images et petite déclaration à chaud au milieu de la cohue de l'ex-capitaine des Bleus à l'appui. Pour être informés en premier sur les détails de l'arrivée de l'illustre hôte de l'Algérie, il fallait encore une fois se tourner vers les télés françaises qui sont là pour fixer dans le temps l'événement en faisant tout simplement preuve de professionnalisme. Evidemment, il faut consommer le discours qui est livré avec et qui ne peut se priver d'associer le footballeur en retraite à sa ‘'petite Kabylie'' natale citée vicieusement comme une contrée à part en Algérie. Assurément, les clichés ont la vie dure de l'autre côté de la Méditerrannée. Mais on ne peut pas tout avoir. C'était plutôt à notre Unique de jouer sur le registre de la concurrence en faisant elle aussi de Zizou la priorité de son programme, d'autant que c'est Bouteflika en personne qui se trouve à l'origine d'une telle initiative au cas où on l'aurait oublié. On a eu droit à la série coutumière d'audiences qui ont fini par banaliser l'événement du jour. De quoi vous faire monter le sang à la tête. Surtout que la couverture locale a plus fait la part belle au ministre de la Solidarité Ould Abbas qu'au pauvre Zizou, complètement assiégé par la foule. En effet, ce n'est pas la star qui s'est exprimée sur notre télé, mais Ould Abbas qui a profité de l'occasion pour faire son petit speach. Apparemment, on n'aime pas les scoops du côté du boulevard des Martyrs. On a aussi horreur du changement. Mais le problème fondamental qui est posé se rapporte au manque flagrant de professionnalisme qui continue de sévir et pour lequel aucune solution ne pointe à l'horizon.