Les soirées du Ramadhan sont synonymes de convivialité et connues pour leur pouvoir de réunir les familles autour, d'abord, du repas principal de la journée, le f'tour, et puis pour les veillées autour d'une « meïda » garnie. Dans toutes les maisons, l'ambiance est joie et gaieté, mais depuis que le mois de carême coïncide avec la saison estivale, la tendance est autre. En effet, les familles algériennes ont trouvé une autre façon, plus agréable, de passer leurs soirées, une destination plus « fraîche » : la plage. A Boumerdès par exemple, bien avant l'heure du f'tour, des familles entières, venues parfois de loin, débarquent sur la plage. Chargées de couffins et de glacières, elles s'installent sur les tables disposées le long de la plage, cédées à 300 DA (table et quatre chaises) pour la soirée. Alors que les enfants s'adonnent aux joies de la baignade, les parents se prélassent sur le sable tout en surveillant leur progéniture en attendant « el adhan ». A quelques minutes du f'tour, on dresse la table. Oui, la table de Ramadhan s'invite sur la plage. A l'appel du muezzin, on rompt le jeûne et le f'tour prend alors des airs de banquet. Il n'est pas rare de voir des familles dîner ensemble. On échange les plats et on savoure sous la fraîcheur de la brise marine les plaisirs de la table du Ramadhan. Samir s'est rendu sur la plage du Figuier, dans la wilaya de Boumerdès, en compagnie de sa petite famille pour y déjeuner et profiter de la fraîcheur d'une soirée en bord de mer. A l'heure du f'tour, il est surpris de voir venir vers lui un groupe de gamins sortant des maisons avoisinantes, les mains chargées de plats. Et pas des moindres : « ebda mchermla, poisson en sauce, boureks, panier de fruits, boissons fraîches... Samir a beau expliquer qu'il a ramené suffisamment de nourriture avec lui, les plats continuent d'affluer à tel point que Samir est obligé de changer d'endroit, gêné par cette générosité débordante. Après le f'tour, la soirée se prolonge. Sous les lampions et le regard vigilant des agents de la Protection civile, les amateurs des baignades nocturnes s'adonnent à leur plaisir, alors que les autres assis en petits groupes autour d'une table, et parfois à même le sol, sirotent leur café ou le thé de Timimoun ou d'Adrar proposé par ces vendeurs venus du Sud. Et la soirée se prolonge jusqu'à minuit et parfois au-delà, car certains, les riverains généralement, poussent leur veillée jusqu'à l'heure du s'hour et ne rentrent chez eux que pour quelques heures de sommeil avant d'entamer une autre journée de carême.