A l'instar de la quasi-totalité des villes du pays, Alger commence à prendre des couleurs. Elle est tricolore. Le vert, blanc, et rouge commence, de manière graduelle, à prendre place dans les balcons, fenêtres, rues et places publiques. S'agit-il d'un soutien à l'équipe nationale de football qui est à 90 minutes de la qualification au Mondial du Brésil ou bien la fibre patriotique qui titille la nouvelle génération d'Algériens ? Pour répondre à cette question, une virée dans les quartiers populaires tels que Belouizdad et Bab-El-Oued (Alger) s'impose. Des centaines de drapeaux sont soigneusement accrochés aux balcons qui donnent sur la rue principale Mohamed-Belouizdad. Devant le musée de la place du 11-Décembre 1960, se dresse un gigantesque emblème qui flotte des deux côtés de la rue. Les « One, two three, viva l'Algérie » que lancent par intermittence les jeunes du quartier ont attiré les Belouizdadis et les passants. Les vendeurs informels de drapeaux sont très sollicités ! Les prix varient entre 400 et 1.000 DA. « Les gens ne font pas de calcul lorsqu'il s'agit de l'équipe nationale », a indiqué vendeur de drapeaux et autres accessoires « vert, blanc, rouge » qui se font de plus en plus nombreux. Le choix est multiple. En plus des drapeaux de différents formats, on trouve des survêtements, des tee-shirts, des bonnets, des chapeaux, des bandeaux. Les gens n'hésitent pas à faire le lien avec le match Algérie-Burkina Faso. Dans des cafés ou les places publiques, les jeunes étaient plongés dans la lecture des journaux sportifs. Ils sont à jour. Ils connaissent tout sur l'EN. Ils discutent de l'équipe type qui pourrait alignée. Certains portent des survêtements portant les couleurs nationales. La majorité est déçue par la fermeture du 5-Juillet. Voulant donner une autre dimension à l'ambiance qui règne à Alger, un sexagénaire a souligné que « l'enjeu n'est pas seulement l'équipe nationale ». Il a indiqué qu'il est encore trop tôt pour apporter son soutien aux coéquipiers de Madjid Bouguerra. L'ambiance festive qui prévaut un peu partout dans les différents quartiers de la capitale résume, selon notre interlocuteur, le comportement exemplaire et patriotique des Algériens. « Si des inconscients ont commis une bévue à Casablanca, des millions de drapeaux seront hissés en Algérie et à travers le monde entier », a-t-il indiqué. Il ajoute que « l'amour de la patrie est une preuve de la grande foi des Algériens en leur pays, c'est pour cette raison qu'on nous respecte et on nous admire. C'est vraiment fort et fabuleux ». Un autre citoyen se souvient des années 60, 70 et 80 lorsque « les familles accrochaient délicatement des drapeaux à leurs balcons à l'approche des fêtes nationales ». Pour lui, ce qui se passe, ces jours-ci en Algérie, « n'a rien à avoir avec la patriotisme ». « Je n'aime pas mon frère et je n'aime pas celui qui le frappe, comme dit un adage de chez nous », a-t-il ajouté. Invité à donner son avis sur la question, un responsable dans une banquedira : « L'amour de la patrie, ce n'est pas seulement avoir le drapeau dans la main ou clamer one, two three dans les rues et aller au stade, il s'exprime sous d'autres formes. » « Il commence d'abord à la maison, au seuil de la porte, au sein du quartier... Pour moi le patriotisme, c'est le civisme », ajoutera-t-il. Même décor à Bab El Oued, à El-Harrach et un peu partout à travers le pays. Peu importe la raison, « soutien à l'équipe nationale de football ou riposte à la forfaiture de Casablanca, l'essentiel est que l'emblème national flotte toujours dans le ciel », dira un vieux commerçant de Soustara.