En Algérie, chaque année, environ 7500 cas de cancer du sein sont enregistrés tout en sachant que ce type de néoplasie vient en tête des tumeurs malignes et constitue la première cause de mortalité chez la femme avec près de 3500 décès par an. Le nombre de personnes affectées à travers le monde est estimé à 1 million. Non détecté à temps, ce cancer tue dans 98% des cas en moins d'une année. En cas de survie, les conséquences sont graves puisqu'il s'agit souvent d'une mutilation qui affecte de manière quasi irrémédiable la qualité de vie de la femme et de son environnement familial et social. Un dispositif de prévention a été mis en place qui impose aux femmes âgées de 40 ans une mammographie préventive. L'ignorance de la population, le manque de plateau technique et la méconnaissance de la prise en charge du cancer du sein par la population, restent les facteurs à prendre en considération. Si le dépistage n'est pas encore d'actualité qu'en est-il de la prise en charge diagnostique et thérapeutique du cancer du sein en Algérie ? Les médicaments de chimiothérapie manquent régulièrement ; les rendez-vous pour radiothérapie sont suspendus au CPMC ; les soins palliatifs n'existent presque pas… Et pourtant un gros budget y est consacré. La demande qui est extrêmement forte sur un nombre restreint de centres anticancéreux fait que parfois qu'entre la première consultation et la radiothérapie, une année, au moins, passe. La conséquence est dramatique, car dans cet intervalle, la maladie progresse. Et la prise en charge n'est efficace que si elle est débutée à un stade précoce de la maladie. Le déficit est énorme et la pression est particulièrement forte sur ces centres. Les défaillances dans la prise en charge thérapeutique des cancéreux ne se résument malheureusement pas au seul déficit en radiothérapie. Les malades sont souvent confrontés, aussi, aux pénuries de produits d'oncologie, lesquels ont un statut de médicament à usage strictement hospitalier. Une patiente nous a raconté son expérience : «il s'est écoulé beaucoup de temps entre le jour où on a suspecté le cancer du sein chez moi et le début du traitement». «J'ai découvert un nodule et je suis partie chez ma gynécologue qui m'a demandé un bon nombre d'examens», ajoute-t- elle. «Il fallait faire une mammographie, une échographie puis une cytoponction, tout cela avait pris énormément de temps, les rendez-vous étaient éloignés à cause de la surcharge sur le service de radiologie», poursuit-elle. Une fois le diagnostic confirmé, des explorations à la recherche de métastases lui on été demandées : un scanner thoraco-abdominal et une scintigraphie osseuse. Donc, elle a du attendre des mois avant de commencer sa chimiothérapie au centre anticancéreux de Bordj ménaïl car au CPMC, il fallait attendre plus. Elle rapporte que le traitement était très lourd dù fait du manque des traitements adjuvants à la chimiothérapie comme les antiémétiques. Et après la chirurgie, des séances de radiothérapie ont été indiquées. «Je me suis présentée au mois de janvier au CPMC et je n'ai eu rendez-vous que pour le mois de septembre pour un premier contact !» s'exclame-telle. Il faut savoir que le cancer du sein peut être guéri s'il est diagnostiqué à temps et avec les moyens adéquats. On peut guérir définitivement du cancer, contrairement au diabète, à l'asthme, à l'hypertension artérielle et autres maladies chroniques. Diagnostiqué précocement et rapidement, le cancer du sein est guéri dans 65% avec une rallonge de l'espérance de vie de 5 ans. Notre système de santé doit se donner les moyens d'offrir aux cancéreux une prise en charge thérapeutique de qualité.