Les travaux de ce « nouveau canal de Suez », 72 km de long et 24 m de profondeur, ont débuté le 5 août 2014 et mobilisé 400 entreprises privées, 25.000 ouvriers et le corps du génie de l'armée. Son coût ? Huit milliards d'euros récoltés auprès des Egyptiens sous forme de bons de participation. 100 livres (environ 10 euros) pour ceux qui vivent au pays et 75 euros pour ceux qui résident à l'étranger. « Peu importe ce qu'il faudra faire, ce projet doit être achevé dans un an » (au lieu des trois prévus initialement), promettait Sissi déterminé à soutenir la concurrence avec le canal de Panama, qui doit être élargi d'ici à la fin 2016. En moins de six jours, les 60 milliards de livres égyptiennes nécessaires au financement du projet ont été levés, dont 80 % auprès des particuliers. L'Egypte, qui enregistre annuellement 7.5% du commerce maritime mondial, soit 34.000 navires empruntant le canal de Suez pour passer de la mer Rouge à la Méditerranée (ou inversement), ne veut pas perdre un iota de ce taux. Et pour cause, elle tire l'essentiel de ses devises du Canal de Suez. Le gouvernement, qui vise un taux de croissance de 7%, malgré la vague d'attentats terroristes, souhaite développer la zone qui borde le canal pour en faire une plateforme industrielle et commerciale, avec notamment plusieurs ports, et un centre de services pour les flottes commerciales traversant le canal. Ce projet devrait permettre la création de plus de un million d'emplois dans les 15 prochaines années. « Au-delà du canal de Suez, l'Egypte a besoin de milliers de projets économiques », estime Fawaz Gerges, expert du Moyen-Orient à la London School of Economics. « Pour le moment, l'économie ne décolle pas » et « le tourisme souffre des troubles politiques qui secouent le pays depuis 2011 », quand la rue a chassé le régime de Hosni Moubarak du pouvoir. Selon les estimations officielles, les revenus générés par le Canal atteindraient 13 milliards d'euros en 2023, contre 4,5 milliards d'euros aujourd'hui, 97 navires pourront emprunter le canal quotidiennement, contre 49 actuellement, et la nouvelle artère qui va permettre une circulation dans les deux sens réduira de 18 à 11 heures le temps d'attente des bateaux. « C'est un message envoyé au public et aux investisseurs étrangers pour montrer que le gouvernement est capable de mener à bien des projets », estime Amr Adly, expert du centre Carnegie pour le Moyen-Orient. Le Canal de Suez, une voie navigable de 193.3 km, a été inauguré en 1896, après près d'une décennie de travaux. Géré par la Grande-Bretagne et la France, toutes deux propriétaires de la Compagnie du canal de Suez, il a été nationalisé par le président Gamal Abdel Nasser, le 26 juillet 1956. Ce coup de force a déclenché la crise de Suez, marquée par l'agression de l'Egypte par des troupes britanniques et israéliennes.