Vendredi, la veille de la marche à laquelle il n'a pas participé, Said Sadi a eu une journée vraiment chargée. Enchaînant les plateaux des télévisons françaises, comme on change de chemise, le leader du RCD (pas le parti tunisien) a, ainsi, le vent en poupe dans les médias de l'Hexagone, qui, il faut le souligner, lui ont tellement tendu les micros, qu'on en arrive même à se demander si la prochaine étape ne consistera pas en une importation de manifestants d'outre-Méditerranée. C'est que l'idée serait du domaine du possible au vu des trois tentatives avortées de mobiliser les citoyens algériens en vue d'un soulèvement en Algérie. Trois essais et, à chaque fois, la foule annoncée était aux abonnés absents. Pourtant, Sadi et ses sponsors ont sorti la grosse artillerie avec une présence discontinue du Docteur sur les chaînes françaises. Malgré les nombreux soutiens dont il bénéficie dans le microcosme médiatique parisien, Sadi fait vraiment pitié. D'ailleurs, lors de son passage,en soirée du vendredi, à l'émission Semaine critique de France 2, le psychiatre n'a pu convaincre en dépit d'un plateau conciliant et complètement acquis à sa cause. Ainsi, lorsqu'il récite, en bon élève, sa leçon, les journalistes présents expriment leur soutien et l'accompagnent dans ses attaques contre le «système». On apprendra, par la voix d'un Sadi, qui apparemment se trompe encore de société, que chaque 15 jours, 400 à 500 jeunes quittent le pays, à bord de boats-people, en direction de meilleurs rivages. Cette «révélation» du membre de la CNCD venait en réponse à la question d'un journaliste sur sa lecture de la fuite massive (5000) de jeunes Tunisiens vers l'île italienne de Lampedusa (situation qui, en passant, a provoqué un incident diplomatique entre la Tunisie et l'Italie). La question perfide du journaliste insinuait que la «révolution du Jasmin» a induit une fuite des jeunes Tunisiens plutôt que le bonheur attendu. Le clou de cette soirée, hautement culturelle, portait sur la liberté de la presse. Il s'agissait de commenter la récente condamnation pour propos racistes du journaliste Eric Zemmour qui affirmait que les Noirs et les Arabes sont délinquants dans les gènes. Bien sûr, Sadi n'avait d'autre alternative que de s'inscrire dans le béni oui-ouisme ambiant qui soutenait que Zemmour ne devait ni être jugé ni condamné. Après tout, il ne s'agissait que de Noirs et d'Arabes, et Sadi, pris au piège de ses maîtres à penser, ne pouvait qu'apporter son soutien à Zemmour. Paradoxalement, cette liberté d'expression qu'il accorde au chroniquer français, il la déniera scandaleusement aux confrères algériens en exhibant des journaux nationaux les qualifiant, avec une légèreté déroutante, de journaux…du pouvoir. Sadi était alors triste et pathétique à la fois. Il le sera encore plus lorsque interpellé sur la présence d'Ali Benhadj à la manifestation du 12 février, il dira, toute honte bue, que l'on m'a informé de sa présence mais qu'en tant que citoyen, il avait le droit d'être là. Quel paradoxe de l'histoire que de voir Sadi et Benhadj, hier ennemi intime, faire copain-copain. Décidemment, les extrêmes finissent toujours par se rencontrer. Et pour clore la belle sortie du psychiatre, on parlera de son fameux livre sur le colonel Amirouche. Et là encore, Sadi usera, avec la complicité de son auditoire, de pirouette pour éviter de répondre à la question d'un journaliste qui s'étonnait que Sadi fasse l'éloge d'un homme qui n'avait pas la réputation d'un démocrate, le leader du RCD se lancera dans une nouvelle diatribe contre le régime algérien et feu le président Boumediène. Une chose est sûre : si Said Sadi a contenté ses maîtres à penser outre-Méditerranée, il est bien loin d'avoir convaincu ses compatriotes. La preuve irréfutable : la faible adhésion à son appel lors de la marche d'hier.