Macabre - Dans la nuit du 12 au 13 novembre 1970, le cyclone de Bhola, dans sa course meurtrière, fait plus de 100 000 victimes à travers la plus grande île du Bangladesh, Bhola... Si le décompte officiel ne fait état que de 150 000 morts et 100 000 personnes disparues (essentiellement par noyade), plusieurs autres estimations atteignent la barre de 500 000 victimes. Ainsi et au titre de ces estimations, le gouvernement pakistanais a été sévèrement critiqué pour la mauvaise gestion de l'aide à la suite de la tempête, par les élites locales et les médias internationaux. En effet, après avoir reçu de nombreux rapports de navires du golfe du Bengale, le gouvernement indien ne manquait pas d'informations météorologiques sur la force du cyclone. Cependant, la clarté fait défaut quant à l'échange de ces informations avec le gouvernement pakistanais, vu les relations tendues entre les deux pays. C'est en partie pourquoi une large portion de la population du Pakistan oriental a été prise par surprise. De plus, plusieurs indices montrent que le système d'alerte cyclonique de ce pays n'était pas connu de la population. Ce qui coûtera des dizaines de milliers de vies. En octobre1960, deux cyclones avaient causé la mort d'au moins 16 000 personnes au Pakistan oriental. Le gouvernement pakistanais avait demandé au gouvernement américain son assistance pour le développement d'un système d'alerte aux populations afin de faire face à cette menace. Gordon Dunn, le directeur du National Hurricane Center (un centre de prévisions météorologiques localisé sur le site de la Florida International University à Miami, en Floride (Etats-Unis), avait alors fait réaliser une étude exhaustive de la situation du Pakistan et remis son rapport en 1961. Cependant, le gouvernement pakistanais n'avait pas suivi toutes ses recommandations. Le service météorologique pakistanais avait ainsi émis un bulletin appelant à la «préparation au danger» pour les régions côtières le 12 novembre. Un autre bulletin a été radiodiffusé pour «grand danger imminent» lorsque le cyclone s'approcha de la côte, mais des survivants déclarent ne pas savoir ce que ces deux bulletins signifiaient vraiment. Bien que le premier bulletin soit reconnu comme un avertissement à un danger et que l'on estime que 90% de la population de la côte l'avait entendu, moins de 1% de celle-ci a cherché refuge dans des abris paracycloniques. Le parti de la ligue Awami (organisation politique d'obédience socialiste fondée en 1949 afin d'organiser la protestation bengalie – alors Pakistan oriental – contre la domination des Pendjabis à tous les niveaux du pouvoir politique et militaire), en tire beaucoup de capital politique et gagne les élections au Pakistan oriental. Cela mène finalement à la guerre de libération du Bangladesh et à la création du Bangladesh en 1971. Lire demain : «Une gestion criminelle de la catastrophe»