Le dirigeant nord- coréen Kim Jong-Un s'est vu décerner un nouveau titre hier lors du congrès du parti unique au pouvoir, celui de président du Parti des travailleurs de Corée. Le chef de l'Etat de la Corée du Nord, Kim Yong-Nam, dont la fonction est largement honorifique, a fait cette annonce devant des journalistes étrangers conviés brièvement à assister au congrès du parti, le premier en 36 ans. Kim Jong-Un, héritier d'une dynastie qui gouverne le pays depuis sa création en 1948, avait jusqu'alors le titre de premier secrétaire du PTC. Ce nouveau titre renforcera encore son autorité. Cette réunion exceptionnelle du parti était perçue comme le moyen d'asseoir la stature du jeune dirigeant, arrivé au pouvoir après le décès de son père Kim Jon-Il en décembre 2011, comme leader suprême de la Corée du Nord. Kim Jong-Il avait le titre de secrétaire général éternel du parti. Le grand-père du dirigeant actuel, Kim Il-Sung, fondateur de la Corée du Nord, conserve le titre de président éternel de la nation en dépit de son décès survenu en 1994.
Le parti unique entérine l'expansion nucléaire Le parti unique au pouvoir en Corée du Nord a entériné officiellement la politique d'expansion de son arsenal nucléaire menée par Kim Jong-Un. Séoul opposait lundi une fin de non-recevoir à ses propositions de dialogue militaire et d'amélioration des relations. Le Parti des travailleurs de Corée (PTC) a ouvert vendredi son premier congrès en près de 40 ans, largement considéré comme l'occasion d'asseoir le statut de Kim Jong-Un en tant que leader suprême du pays. Cette réunion exceptionnelle visait aussi à confirmer la stratégie du "byungjin" initiée par le dirigeant de 33 ans, qui consiste à mener de front développements économique et nucléaire. Ainsi, des milliers de délégués ont adopté dimanche une motion proposée la veille par Kim Jong-Un, sur les avancées économiques couplées au développement d'une "force nucléaire d'autodéfense à la fois en termes de qualité et de quantité". Le congrès a également entériné le principe selon lequel la Corée du Nord ne fera usage de ses armes nucléaires que si sa souveraineté est menacée par une autre puissance nucléaire, et la nécessité de travailler à la réunification éventuelle de la péninsule divisée. "Mais si les autorités sud-coréennes optent pour la guerre (...), nous mènerons une guerre juste afin d'éradiquer sans merci les forces antiréunification", selon un document publié par l'agence officielle nord-coréenne KCNA.
Menace des impérialistes Le congrès a également répété l'argument développé de longue date par le Nord selon lequel il est contraint à développer une force de dissuasion nucléaire par l'hostilité américaine. Le programme nucléaire nord-coréen se poursuivra "tant que les impérialistes persistent dans leurs menaces nucléaires". Dans un discours fleuve samedi, Kim Jong-Un a dit souhaiter améliorer les relations avec des nations jadis "hostiles", proposant d'ouvrir un dialogue militaire avec la Corée du Sud afin d'apaiser les tensions frontalières. Proposition que le gouvernement sud-coréen a balayée comme étant de la propagande, en particulier la promesse nord-coréenne de "remplir fidèlement" ses engagements de non-prolifération. "Il n'y a absolument aucune sincérité, lorsqu'on parle du besoin de discussions militaires (...) tout en se qualifiant d'Etat doté de l'arme nucléaire et en se livrant à des provocations nucléaires et balistiques", a déclaré le porte-parole du ministère de la Défense, Moon Sang-Gyun. A ses yeux, le congrès du PTC n'a fait que réaffirmer l'intention de la Corée du Nord de continuer à développer son arsenal nucléaire. Séoul va continuer à lutte contre cet objectif à coups de pressions et de sanctions, a-t-il dit.
Expulsion d'un journaliste de la BBC Un journaliste de la BBC dépêché en Corée du Nord a été arrêté, interrogé pendant huit heures et finalement expulsé pour son travail en amont du congrès du parti unique au pouvoir, a annoncé hier le média britannique. Les journalistes étrangers invités à couvrir des événements en Corée du Nord sont soumis à des restrictions drastiques quant à leurs libertés de mouvement. De nombreux journalistes se sont vus interdire de retourner en Corée du Nord, en raison de reportages jugés inexacts ou irrespectueux par le régime. Mais l'arrestation et l'expulsion d'un journaliste étranger est extrêmement rare. Le reporter de la BBC, Rupert Wingfield-Hayes, s'apprêtait à monter dans un vol quittant Pyongyang vendredi avec deux autres employés de la BBC quand il a été arrêté, explique le média britannique. L'équipe de la BBC a été conduite hier à l'aéroport. Environ 130 journalistes étrangers se trouvent actuellement à Pyongyang, où ils ont été invités pour couvrir le congrès du Parti des travailleurs de Corée (PTC), premier du genre en 36 ans.