Sur fond de contestations populaires qui durent depuis plus d'un mois, le général de corps d'armée, Ahmed Gaïd Salah, vice-ministre de la Défense nationale, chef d'état-major de l'ANP, a appelé mardi à partir d'Ouargla à une sortie de crise par l'application de l'article 102 de la Constitution qui prévoit la destitution du Président. Lorsque le Président de la République, pour cause de maladie grave et durable, se trouve dans l'impossibilité totale d'exercer ses fonctions, le Conseil constitutionnel se réunit de plein droit , et après avoir vérifié la réalité de cet empêchement par tous moyens appropriés, propose à l'unanimité, au Parlement de déclarer l'état d'empêchement. Le Parlement siégeant en chambres réunies déclare l'état d'empêchement du président de la République, à la majorité des deux tiers (2/3) de ses membres et charge de l'intérim de chef de l'Etat pour une période maximale de quarante-cinq (45) jours, le président du Conseil de la Nation, qui exerce ses prérogatives dans le respect des dispositions de l'article 104 de la Constitution, etc.) Le vice-ministre de la Défense nationale a déclaré que la solution de la crise actuelle réside de fait dans l'application de l'article 102 de la Constitution et de reconnaître que le Président est atteint d'une " maladie grave ". La solution permettant la fin de cette impasse politique réside dans le retour à la loi fondamentale du pays. Cette solution avancée par le vice-ministre de la Défense nationale que les observateurs ne voient pas comme une implication de l'Armée dans le champ politique mais une orientation constitutionnelle, voire une prise de conscience du Haut commandement de l'armée pour une réponse adéquate à la population qui manifeste depuis plus d'un mois pour avoir gain de cause pour la démocratie, le changement surtout du système. Demande devancée par la classe politique depuis des années. Et qui se veut aujourd'hui une exigence nationale à laquelle le chef d'état-major de l'ANP souscrit en disant que : " Dans ce contexte, il devient nécessaire, voire impératif d'adopter une solution de sortie de crise, répondant aux revendications légitimes du peuple algérien et garantissant le respect des dispositions de la Constitution et le maintien de la souveraineté de l'Etat ". Dans cet esprit, M. Ahmed Gaïd Salah s'est dit satisfait du civisme et du patriotisme du peuple algérien, et se dit encore favorable à ce que "l'Armée nationale populaire demeure, conformément à ses missions, le rempart du peuple et de la nation dans toutes les conditions et circonstances ". La sortie inattendue du vice-ministre de la Défense nationale s'inscrit en droite ligne à barrer la route à des "desseins abjects " et lui fait dire que " ce peuple conscient et éveillé saura mettre en échec ". C'est une manière d'afficher un avertissement majeur qui signifie que le pays n'est pas à l'abri de mauvaises surprises qui peuvent porter atteinte à la cohésion nationale. A ce sujet, le chef d'état-major de l'ANP rappelle l'attachement de l'ANP à défendre la souveraineté nationale et à protéger le peuple algérien contre tout éventuel risque ou danger ; " L'ANP ne permettrait jamais à qui que ce doit de détruire ce que le peuple a pu construire ". Dans ces conditions il est clair que l'offensive de la Grande muette pour l'application de l'article 102 de la Constitution a marqué des points en rejetant à la fois le " plan de travail " proposé par le Président sortant, et la " feuille de route " concoctée par l'opposition. L'intervention de l'ANP pour une solution juste de la crise sur les bases solides de la Constitution se veut une mobilisation exceptionnelle qui s'adresse à tout le monde et d'éclaircir les consciences car le pouvoir en place est totalement en difficulté et otage de la maladie du Président. Ainsi, pour le général de corps d'armée, Ahmed Gaïd Salah, il faut prévenir toute situation incertaine. " Afin de prévenir notre pays de toute situation incertaine, il est du devoir de tout un chacun d'œuvrer avec patriotisme et abnégation, et de privilégier les intérêts suprêmes du pays, afin de trouver, dans l'immédiat, une solution de sortie de crise. Une solution qui s'inscrit exclusivement dans le cadre constitutionnel, qui constitue l'unique garantie pour la préservation d'une situation politique stable ". Une fois de plus, c'est encore l'ANP qui prouve sa grande fidélité à ses prérogatives constitutionnelles et son soutien aux attentes politiques et démocratiques du peuple. Elle manifeste sans défaillance et sans la moindre hésitation à l'égard des manifestants, des jeunes en particulier pour le changement qui sont considérés comme les mieux placés pour assumer les hautes et difficiles responsabilités historiques de sortie de cette crise politique qui a trop duré. Dans le climat délétère du moment, le Conseil constitutionnel doit siéger au plus vite pour voir la réalité de l'empêchement du président de la République quant à la poursuite de sa fonction ou de se prononcer sur son éventuelle démission. Pour un nombre d'observateurs, le Président Abdelaziz Bouteflika pourrait se frayer une sortie honorable en présentant sa démission au lieu d'être destitué par l'article 102 de la Constitution.