Le trophée arabe dans la vitrine, les 5 millions de dollars dans les caisses, et beaucoup d'honneurs et de reconnaissance à travers la planète, le football algérien doit rapidement se projeter sur la CAN du Cameroun (9 janvier-6 février) où les Verts vont défendre leur couronne continentale. Quels enseignements tirer de cette participation triomphante de l'équipe algérienne relookée par le novice sélectionneur Madjid Bougherra à la Coupe arabe de la Fifa ? Beaucoup et peu à la fois. Ce que nous savions avant la «rencontre» de la délégation algérienne à Doha, est que cette composante humaine n'était pas prévue pour concourir à cette épreuve décidée par l'instance du football international, surtout pour servir de répétition générale à la prochaine Coupe du monde qu'abritera le Qatar dans exactement un an. Ce n'était ni l'EN A de Djamel Belmadi qui vient juste de sortir d'une phase cruciale des qualifications au Mondial-2022, et qui prépare désormais la CAN-2021, encore moins une sélection A' que Bougherra a concoctée depuis quelques mois parmi les clubs de la Ligue 1 avec plusieurs tests amicaux jugés positifs. Même pas une mixture dans la mesure où sur les 23 éléments retenus pour cette expédition au golfe Persique, seuls 5 (3 du PAC et 2 du CRB) évoluent dans le Championnat national. Le reste est un amalgame d'internationaux régulièrement convoqués et d'autres que Belmadi a cochés sur sa liste élargie. Et comme le fait si bien remarquer l'entraîneur national Madjid Bougherra, cette équipe «montée de toutes pièces» n'a eu que deux séances d'entraînement avant de se lancer dans le bain. Sur un plan scientifique de la préparation, cela s'appelle du bricolage. Mais qui reste un bricolage savamment dosé pour se projeter dans une compétition où les adversaires sont des sélections A en majorité. Seule l'Arabie Saoudite a ramené sa team U23 conduite par l'adjoint de Hervé Renard. évidemment, pour ne pas montrer ses faiblesses, quoi de mieux que d'afficher une posture de favoris assumés. Un coup de bluff qui a fini par convaincre les plus coriaces des concurrents aux 5 millions de dollars. D'abord le Soudan balayé au bout d'une mi-temps sans que le rusé Hubert Velud ne trouve à redire, lui qui expliquera la déroute des Crocodiles du Nil par la situation politique au Soudan qui a perturbé la préparation de l'équipe en vue de cette Coupe arabe. Mais, l'ancien driver de l'ESS, de l'USMA et de la JSK avait un autre discours avant la déculottée contre les Verts quand il déclarait qu'il préparait une surprise à l'Algérie. Puis, sans être étincelants, les camarades de Brahimi ont enchaîné par un pénible succès contre le Liban. C'est le match référence d'une équipe qui se cherchait mais qui, individuellement, avait des clés pour résoudre les pires équations. Depuis lors, Bougherra a compris qu'il pouvait compter sur les individualités pour tenter le diable. En misant sur un discours rassembleur où les causes sont nombreuses. En premier, montrer à Belmadi que certains méritent au moins un strapontin chez les A puis, pour certains, se prouver que jouer au football n'est pas une juste course derrière l'argent. Et c'est Sofiane Bendebka qui aura cette lourde déclaration à l'issue de la demi-finale gagnée contre le Qatar. «Je me disais que ma carrière ne sera plus la même si je remporte cette Coupe arabe. J'ai perdu une finale (de Coupe d'Algérie) quand j'évoluais au NAHD et je craignais que je termine ma carrière sans rien gagner. Que dirais-je à mes enfants quand ils vont me demander quels sont les titres et trophées que tu as obtenus ?». Pas besoin de philosopher sur l'état d'esprit général de ce groupe forgé à la difficulté et au sacrifice. Sans être complémentaire dans le jeu, le groupe tirait vers la même direction. Ceux qui jouaient régulièrement, mais également les remplaçants. Il fallait juste voir les visages de Bouguerra, Abdelaoui et Medjadel qui n'ont fait aucune minute durant cette Coupe arabe mais dont la joie était incommensurable après chaque victoire. Comme dopés par les attentes d'un peuple toujours rêveur et exigeant, les joueurs de Bougherra ont constitué ce commando aux missions multiples. Même les pressions et les injustices arbitrales ne pouvaient casser la dynamique que s'imposaient Bougherra et ses hommes. Belmadi a «un problème de riches» Maintenant que la page de la Coupe arabe est tournée, une nouvelle devra s'ouvrir instamment avec cette préparation de la CAN du Cameroun qui débutera dans exactement une semaine dans un centre d'entraînement de Doha. Le sélectionneur national Djamel Belmadi qui s'est tenu éloigné des affaires de l'EN A' drivée par Bougherra qui disputait le tournoi panarabe, devra annoncer une liste élargie avant la fin de cette semaine. Celle-ci devrait comprendre les habituels convoqués aux rassemblements précompétitifs organisés depuis le mois de juin en sus de quelques nouvelles têtes qui pourraient sortir du chapeau tissé par Madjid Bougherra. Il est vrai que le jeune sélectionneur de l'EN des locaux qui préparent le CHAN qu'abritera l'Algérie en 2023 a pris des conseils auprès de Belmadi, tout comme il est évident que le coach des Verts a misé sur cette Coupe arabe qui servirait de préparation complémentaire pour les internationaux algériens évoluant dans les championnats du Golfe et en Tunisie où la compétition était à l'arrêt pendant le tournoi du Qatar. Ce qui éclaire davantage sur le «projet» du duo d'entraîneurs de faire de la Coupe arabe un moment de préparation pour le rendez-vous du Cameroun à qui le calendrier de la Fifa n'accorde que peu de temps. Il était difficile à Belmadi, ainsi que tous les sélectionneurs qui seront présents au Cameroun à partir du 9 janvier prochain, de se donner une phase préparatoire ordinaire, c'est-à-dire où l'on peut d'abord offrir aux joueurs un peu de répit avant de se lancer dans une aventure longue de six semaines (compétition et préparation comprises). La semaine prochaine, le 27 décembre exactement, Belmadi réunira ses capés à Doha pour lancer la préparation pour l'épreuve africaine et le 11 janvier, les Verts seront sur le pont pour affronter la Sierra Leone lors du premier tour de la CAN. Soit un total de 15 jours alternés entre séances d'entraînement et tests amicaux (contre la Gambie et le Ghana respectivement). Si bien que les deux semaines réservées à la préparation peuvent s'avérer suffisantes comparativement à la huitaine que les dates Fifa offraient habituellement pour que les sélections disputent leurs qualifications zonales, rarement des matchs amicaux. Par conséquent, cette Coupe arabe a été une bonne transition pour nombre de potentiels sélectionnés à la CAN comme elle aurait pu être un fardeau pour Belmadi si l'échec avait sanctionné cette participation algérienne à Doha. D'éventuelles blessures auraient pu également causer du tort à la sélection. Deux éléments et pas des moindres, Bounedjah, Benlamri et Belaïli, ont contracté des blessures qui pouvaient les faire sortir des listes de Belmadi pour la CAN. D'autres joueurs comme Benayada et Bedrane ont terminé la Coupe arabe sur les genoux et rien ne dit qu'ils vont récupérer rapidement de leur fatigue. Brahimi mais aussi Chetti, Bendebka et Tougaï Des joueurs comme Tahrat et Abdelaoui ont perdu des points lors de ce tournoi alors que Brahimi s'est bonifié et pourrait effectuer son retour chez les A dès la prochaine CAN, probablement la dernière de sa carrière. Désigné «meilleur joueur» et «soulier d'argent», le sociétaire d'Al-Rayane ne sera, pourtant, pas le seul à retrouver la sélection. Au moins trois éléments ont crevé l'écran durant la Coupe arabe couronnée par le titre régional. À l'unanimité, Ilyès Chetti, Sofiane Bendebka et Amine Tougaï semblent trouver grâce aux yeux des fans et des observateurs. Ce trio a émergé grâce à la simplicité de leur football, à leur abattage et surtout les bonnes prédispositions physiques et techniques démontrées le long de la compétition. Ils étaient des pièces essentielles au sein d'une équipe où il était difficile de connaître le «11» de base tellement Bougherra apportait des changements-surprises sans que le volume de jeu ou l'efficacité prennent un coup. Chetti, à lui seul, a immobilisé le flanc droit de l'attaque tunisienne dont le point fort était constitué par les montées fréquentes de Drager et l'alternante vacation entre Sliti, Mejbri et Msakni sur le couloir gauche des défenses adverses. Samedi, les voies offensives des Aigles de Carthage étaient bloquées par les deux latéraux algériens, Benayada à gauche et Chetti à droite. Et des barrages, tous les adversaires de l'EN algérienne ont dû s'arrêter devant. La présence d'un titanesque Bendebka n'était pas étrangère à cela, comme il était difficile de mettre au pas un défenseur nommé Tougaï. Un mur qui sait faire craquer les murs, en témoigne le but que l'ancien nahdiste a marqué face à l'Egypte. Outre ce trio dont la sélection chez les A ne fait pas de doute, un Mrezigue, plein d'énergie, ou un Sayoud dont le génie n'a pas de limite mériteraient bien de faire partie au moins de la liste des joueurs qu'emmènera Belmadi au Cameroun. On ne perd rien d'attendre la liste de Belmadi. M. B.