On savait que les «muftis» de Sa Majesté en Arabie saoudite distribuaient des fatwas à la carte et à la demande du roi, d'un prince ou d'un membre de la famille royale pour satisfaire un caprice et parfois même un instinct. Le «halal» (licite) et le «haram» (illicite) n'obéissent alors plus aux commandements de la religion selon une saine interprétation des savants. Non, en Arabie saoudite, les muftis du roi extrapolent, (sur)-interprètent le texte coranique pour en faire un ukase auquel ils vont soumettre leur oumma. La dernière de ces rocambolesques fatwas est sortie de la bouche du Grand Mufti, le Cheikh Abdulazziz Bin Abdullah, qui vient de décréter les jeux d'échecs «haram»… ! Eh oui, ce jeu millénaire qui nourrit l'esprit, irrigue la pensée et aiguise la réflexion ne trouve pas grâce aux yeux du mufti des al Saoud ! Dans une vidéo d'un programme de télévision qui fait le buzz sur lesréseaux sociaux, Cheikh Abdulazziz Bin Abdullah n'a pas craint le ridicule en jouant le plus sérieusement du monde le… fou dans un jeu où son échec est évident. Evoquant inopportunément un verset coranique invitant le musulman à s'écarter des jeux de hasard et de l'alcool entre autres, ce sulfureux mufti a cru bon d'adjoindre à cette liste le jeu d'échecs… Aux journalistes qui l'interrogeaient, le Grand Mufti a asséné avec un sérieux déconcertant : «Oui, c'est haram, car c'est une perte de temps et d'argent». Mieux (ou pire c'est selon), ce cavalier de la monarchie wahhabite qui prétend dicter la conduite à tenir aux musulmans estime que le jeu d'échecs provoquerait aussi une sorte de «haine des classes puisque aussi bien les pauvres que les riches - pour peu qu'ils aient quelque chose dans la tête - peuvent y jouer. Cela créerait de l'inimitié entre ces deux classes...» On peut comprendre que les al-Saoud aient une dent contre le jeu d'échecs, eux qui n'ont pas besoin de réflexion puisque leur sous-sol riche en hydrocarbures les en a dispensés. On peut aussi expliquer cette aversion pour ce jeu très ancien et très pratiqué où la victoire signifie échec et mat... c'est-à-dire la mort du roi. Etant superstitieux, les dignitaires du royaume pouvaient bien avoir soufflé cette incroyable fatwa à leur Grand Mufti nommé, faut-il le préciser, par décret royal. Faut-il rappeler ici comme l'ont rapporté nombre de sites d'informations que ce même Grand Mufti de ce royaume de l'intrigue avait qualifié les manifestations de soutien à la population de Ghaza baptisées «journées de la colère» de «chahut et de bruit dont il ne sort rien de bon». Pire, il les qualifiées de «corruption sur la terre car elles donnent lieu à des actes d'anarchie et de destruction» ! Cette scandaleuse déclaration qui a dû faire plaisir aux dirigeants de l'entité sioniste a été largement relayée par les médias saoudiens. On pourrait sérier ici un florilège de «fatwas» aussi saugrenues qu'extravagantes de ces vénérables «chouyoukh» qui interprètent le Coran en fonction des intérêts et des lubies de leur roi-employeur. Comme dans une partie d'échecs justement, ils sont prêts à jouer invariablement les fous et les pions du roi, les cavaliers de l'horreur, et s'ériger en tour pour repousser toute velléité de moderniser une pensée religieuse sclérosée.