La rue syrienne est unanime à bannir la violence et à faire prévaloir le dialogue national afin de mettre fin à l'effusion de sang dans le pays. Plusieurs citoyens syriens rencontrés par l'APS en marge d'un meeting de soutien au pouvoir, organisé vendredi en plein cœur de Damas, ont souligné l'impératif de mettre fin aux actes de violence, imputant «aux groupes terroristes» la responsabilité de la poursuite de l'effusion de sang en Syrie Le gouvernement a exprimé plus d'une fois son intention de mettre en œuvre les réformes promises et revendiquées par l'opposition, à l'instar de l'abrogation de la loi d'urgence et la promulgation d'une loi sur les partis politiques et une autre sur l'information pour ouvrir la voie au pluralisme. Ces déclarations interviennent dans un contexte d'attente d'un discours du président syrien Bachar El Assad, dans les prochains jours, sur le dialogue national et la possibilité d'associer l'opposition au pouvoir. Les préoccupations de tous les citoyens syriens, nonobstant leur appartenance et leur orientation, face à la détérioration de la situation au plan sécuritaire et social depuis le début des protestations sont soulignées. En dépit du calme relatif ressenti devant les institutions publiques, la ville de Damas – qui a été secouée la semaine dernière par deux explosions qui ont ciblé le siège de la sécurité militaire syrienne faisant près de 40 morts et des dizaines de blessés – était presque déserte ce week-end, la veille de la célébration de la nouvelle année. La mosquée des Omeyyades n'a pas connu l'affluence habituellement enregistrée le vendredi. La région de Jabal Qassioun, qui surplombe Damas, semblait elle aussi désertée de ses habitants dans la nuit de vendredi à samedi. La quasi-totalité des restaurants, hôtels et espaces commerciaux de la ville étaient vides, le tourisme ayant connu un recul dans le pays. Dans les rues de Damas, aucun aspect de célébration du nouvel an n'est visible. A l'appel des autorités, la communauté chrétienne du pays, estimée à 1,5 million, a annulé les festivités de fin d'année par crainte de nouveaux attentats terroristes. Chrétiens et musulmans unis Chrétiens et musulmans cohabitent depuis longtemps en Syrie, en dépit de certaines tentatives visant à déstabiliser cette relation à la faveur des évènements que connaît le pays, témoigne devant les journalistes Georgina Saoud, la mère du petit Sarri, tué en septembre à Al-Bayada dans la circonscription de Homs. Mme Saoud a, par ailleurs, indiqué que certaines chaînes de télévision ont axé, lors de leur couverture de l'assassinat de son fils par «un groupe de terroristes», sur le pendentif en signe de croix porté sur son cou, soulignant que l'assassinat de Sarri n'a aucun lien avec sa confession. «Ceux qui établissent un lien entre l'assassinat de mon fils et ma religion visent à entamer la relation entre les musulmans et les chrétiens», a-t-elle lancé, ajoutant qu'elle a transmis sa préoccupation concernant la vérité sur le meurtre de son fils aux observateurs de la mission de la Ligue arabe à Homs. Craintes d'une reprise des violences La situation dans la ville de Daraa, située aux frontières syro-jordaniennes, était calme samedi, néanmoins les habitants appréhendent une reprise des violences et des menaces de mort proférées par des groupes armés activant dans la région. «Des problèmes sécuritaires persistent dans la région de Daraa où des groupes armés activent, notamment sur les frontières avec la Jordanie», a précisé le gouverneur de cette ville, Mohamed Khaled Hanous. Il s'agit, a-t-il indiqué, de groupes salafistes et de membres des Frères musulmans. Selon des habitants de Daraa, l'une des régions les plus chaudes de la Syrie, des menaces de mort sont proférées contre toute personne refusant de manifester ou d'observer la grève, particulièrement les commerçants. Les quelques habitants de Daraa, qui ont accepté de faire des déclarations à l'APS, se sont dits préoccupés par la tension qui prévaut dans cette ville et ont fait part de leurs appréhensions quant à des règlements de compte. En mars dernier, la ville de Daraa, située à 100 km de Damas, a été le théâtre de protestations revendiquant la libération des détenus et le limogeage de l'ancien gouverneur. «Les manifestations et les protestations se sont poursuivies pour revendiquer la chute du régime, donnant lieu à des actes de vandalisme qui ont ciblé des structures de sécurité et des institutions publiques, tels les écoles, le siège de la radio et de la télévision et le tribunal du gouvernorat», a précisé M. Hanous. Avant l'intervention de l'armée pour le maintien de la sécurité dans la région le 25 avril dernier, à la demande de la population, les assassinats n'épargnaient pas les éléments de la sécurité, a ajouté le gouverneur. Plusieurs barrages militaires sont dressés sur l'axe principal de la ville, devant les sièges officiels ainsi que dans les zones sensibles. Les observateurs de la mission de la Ligue arabe qui sont arrivés jeudi à Daraa ont toutefois trouvé des difficultés de déplacement dans la région. Le gouverneur de Daraa qui avait accueilli les observateurs arabes à leur arrivée à la ville, a fait part à la presse algérienne de sa disponibilité à leur fournir l'aide nécessaire pour faciliter leur travail sur le terrain, soulignant, toutefois, avoir déjà présenté un rapport succinct sur les points sensibles.