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«Lounès a composé ma première cassette»
HAMID MATOUB SE CONFIE À L'EXPRESSION
Publié dans L'Expression le 25 - 07 - 2009

Matoub Hamid, dit Hamid Ath Lounis, a produit son premier album en 1983. Depuis, il n'a pas cessé de revenir avec du nouveau. Son premier album a été entièrement composé par son cousin qui n'est autre que Lounès Matoub. Quand il évoque ce dernier, Hamid dit «Lounès negh». Rentré en Algérie pour faire la promotion de son nouvel album, sorti chez Dounia Edition, Hamid nous a accordé cet entretien à Tizi Ouzou.
L'Expression: Déjà vingt-six ans depuis que votre premier album est sorti, comment êtes-vous entré dans le monde de l'art?
Hamid Matoub: Je chantais bien avant 1983. J'animais des fêtes familiales dans les quatre coins de la Kabylie. Lounès (Matoub, Ndlr) me prenait avec lui quand j'étais tout jeune et m'offrait la chance de me produire. C'était sa manière à lui de m'encourager. Mais ce n'est pas tout puisqu'ensuite, alors que j'étais à Chéraga (Alger) pour un stage, il m'avait demandé de le rejoindre en France. C'est là qu'il m'a réservé la surprise de ma vie. Il m'a dit qu'il était temps de produire ma première cassette. Il a composé six chansons pour moi. L'album est sorti en 1983 et il a fait un tabac tant en Algérie qu'en France.
Vous aviez donc de bonnes relations avec Lounès?
Il était plus qu'un cousin, c'était un ami et un frère.
A vos débuts, certains mélomanes disaient que vous imitiez Lounès car vos voix se ressemblent tellement...
Je n'imitais pas Lounès. Ma voix était effectivement grave. C'est familial. La majorité des Matoub ont une voix grave.
Comment avait réagi Lounès au succès remporté par votre album?
Il était fier de moi. Il me faisait confiance en me confiant par la suite la majorité des fêtes qu'il ne pouvait plus animer à cause de son emploi du temps chargé.
On retrouve un autre point commun entre Lounès et vous, c'est votre style chaâbi. Pourquoi cet intérêt?
Plusieurs raisons expliquent ce choix qui s'est imposé à nous. D'abord, le fait que nous appartenons à une région où le chaabi est très ancré (Ath Douala). Il ne faut pas oublier l'impact qu'a laissé Cheikh El Hasnaoui dans notre localité. Ce maître a vécu à Tagragra et Ath El Hadj. J'ai vécu au village mais aussi à Alger. La capitale est le bastion du Chaâbi. Lounès est aussi pour quelque chose dans ce choix. A ses débuts, il était très marqué par Dahmane El Harrachi et Guerrouabi. Il y a eu aussi les traces d'El Anka et de Slimane Azem.
Vous avez eu la chance d'avoir évolué avec la meilleure génération d'artistes kabyles. C'était les années fastes de la chanson kabyle, n'est-ce pas?
Effectivement, quand j'ai commencé, la chanson kabyle était à son summum. De grands artistes sont nés comme Boudjemaâ Agraw, Hamidouche, Chérif Hamani, Malika Domrane...Ce sont les années quatre-vingt qui ont donné les meilleurs artistes. D'ailleurs, la cote de mon cousin (Lounès Matoub) aussi est montée durant cette période.
Qu'est-ce qui faisait cette force?
Il y avait une concurrence loyale entre tous les artistes. Chacun de nous voulait donner le meilleur de lui-même. Quand quelqu'un produisait un album de qualité, notre réaction était qu'il fallait, nous aussi, faire la même chose: composer de belles chansons.
Revenons à vous, si vous permettez. Comment s'est poursuivie votre carrière après le succès du premier album?
L'album de 1983 avait fait un tabac. Tout le monde pensait que c'était Lounès qui chantait tant la ressemblance était frappante. On pensait que Lounès avait eu recours à un pseudonyme. Des gens m'ont même appelé pour confirmer que je pouvais chanter. Plusieurs fois, on a fait la remarque à Lounès.
Comment l'idée de composer vous-même vos chansons est-elle née?
Nous étions un groupe d'artistes à discuter en présence de Lounès. L'un d'eux lui avait fait la même remarque. Il lui a dit: «Hamid, tu l'as mis sur la bonne voie et la suite?» Lounès a répondu de manière ferme: «Maintenant qu'il se débrouille s'il veut devenir artiste!» Sur le coup, j'ai été choqué par la réponse de Lounès. Ce n'est qu'après que j'ai compris que son but était de me faire comprendre que la grande erreur que je pouvais commettre dans ma vie artistique était de compter sur les autres. J'ai bien saisi son message et j'ai réussi.
Vous avez commencé à composer vous-même vos chansons?
Oui, J'ai composé à ce jour,plus de cent chansons. J'en ai même composé à quatre autres artistes. Ce n'est donc que bien plus tard que j'ai appris que s'il avait réagi de cette manière, c'était du coup pour me secouer et me donner des forces.
Comment est né votre surnom Ath. Lounis, qu'on retrouve sur les jaquettes de vos cassettes?
C'est Lounès qui m'avait proposé de mettre un pseudonyme. Il a suggéré le nom de notre tribu. Il m'avait fait cette proposition car, à l'époque, il y avait quatre Matoub qui chantaient et avaient produit des cassettes.
En plus de Lounès et moi, il y avait Matoub Achour (auteur d'un disque 45 tours et d'une cassette) ainsi que Matoub Moussa qui avait produit une cassette.
Après la sortie de vos albums, vous avez animé des spectacles dans de grandes salles, notamment à Alger...
J'ai chanté dans plusieurs salles algéroises. Sid-Ahmed Agoumi m'avait dit: «Si tu arrives à remplir le Mougar, je te donnerai l'Atlas pour la prochaine fois.» J'ai réussi le pari.
Etes-vous satisfait de votre parcours artistique?
J'aurais aimé faire mieux et plus. Mais les événements douloureux qu'a connus notre pays ont tout freiné. J'ai été contraint de m'exiler en 1996 parce que nous ne pouvions plus chanter en Algérie. C'était douloureux pour moi. J'avais tout pour faire une bonne carrière. Pendant une quinzaine d'années, tout a été stoppé chez nous.
Aviez-vous des problèmes dans les années quatre-vingt du fait que vous portiez le même nom que Matoub? Par exemple, avez-vous eu droit à des articles dans les journaux de l'époque?
J'avais des problèmes en matière de programmation de spectacles ici et en France. Mais les,journaux ont souvent parlé de moi. L'un des premiers articles a été écrit dans L'Actualité par Nadjib Stambouli. J'ai eu droit à d'autres articles dans El Moudjahid et Horizons.
Matoub Lounès avait été censuré de la Radio kabyle. N'avez-vous pas eu de problèmes à cause de ça à l'époque?
Non, je passais normalement à la radio.
Le fait de vivre à l'étranger peut-il constituer une source d'inspiration ou bien, au contraire, cela peut-il vous bloquer?
Personnellement, l'inspiration me vient n'importe où. Elle n'a aucune relation avec le lieu où je me trouve. L'inspiration provient de notre intérieur.
Comment composez-vous vos chansons?
Je commence par coller la musique et le refrain. J'ai le sujet du texte. Ensuite je marie tout, en écrivant le poème au fur et à mesure.
Que pensez-vous du nouveau phénomène paru en Kabylie il y a quelques années, à savoir la chanson dite «Non-Stop»?
Ces dernières années, il est regrettable de constater que la chanson à texte a connu un net recul. Dans la chanson Iluhqed Zhir, Matoub Lounès a prévenu contre cette situation. Il faut reconnaître aussi que la mort de Lounès a été un coup fatal pour la chanson kabyle. Il constituait à lui seul un vrai rempart. Il a tout pris avec lui. S'il était encore là, beaucoup de choses se seraient passées autrement et beaucoup de choses ne se seraient jamais passées. Je comprends que des jeunes veuillent danser mais en même temps, la chanson doit être respectée en tant qu'art. Il faut qu'il y ait un équilibre entre ces styles. Je trouve que Mohamed Allaoua fait un travail remarquable dans ce style.
Takfarinas a beaucoup fait pour la chanson kabyle. Mais la chanson à texte doit rester car c'est une école, c'est le reflet de la vie.
Peut-on dire que la chanson kabyle à texte est morte eu égard à tout ce qui se passe?
Non! Il y a encore des artistes de valeur. Je m'adresse au public qui écoute. Je lui dis d'aller à la découverte de cette facette de notre culture. Les chanteurs à texte, sont le reflet de tout ce que nous pouvons vivre.
On ne peut pas terminer sans parler de Lounès Matoub que vous avez énormément côtoyé. Comment expliquez-vous le fait qu'il soit devenu le plus grand chanteur kabyle malgré tout ce qu'il a subi comme exclusion et censure?
Lounès est incomparable. Sa vie d'artiste est unique. Il a consacré chaque seconde de sa vie à l'art. Il ne faisait pas autre chose. Au moment où d'autres artistes faisaient des projets commerciaux et familiaux; lui son seul but était: comment dépasser les autres chanteurs et comment composer des chansons meilleures que celles qu'il avait produites auparavant? Pour montrer à quel point il voulait aller loin, il avait l'habitude de me dire en plaisantant: «Tu es mon cousin mais, même toi, je n'hésiterai pas à t'écraser quand je monte sur scène!» Il me disait que dans la vie, il fallait être comme ça si on veut réussir. C'était un phénomène. En 1982, Il avait préparé un nouvel album puis, soudainement, il avait tout effacé et recommencé de zéro. Aucun autre artiste ne pouvait faire cela. Il aimait être à la hauteur.
C'était un perfectionniste qui voulait dépasser tout le monde. Avant d'enregistrer ses chansons, il les faisait écouter au village à tout le monde. Il lisait ses poèmes aux vieux, aux jeunes et aux adolescents. Une fois qu'il a enregistré, avant la commercialisation, il ramenait aussi un échantillon qu'il faisait écouter à un grand nombre de ses amis. Il avait la modestie d'écouter toutes les remarques et il les prenait en considération. Dans les discussions, il avait un seul sujet:les proverbes, les poèmes, l'art. Il surfait sur tous les styles. Il avait cette capacité que les autres n'ont pas, celle de changer de style comme il veut.
Pour terminer, avez-vous une anecdote à raconter sur Lounès?
Une fois, un jour d'hiver, nous revenions des Ouadhias. Une personne l'avait énervé en critiquant Slimane Azem qu'il aimait beaucoup. Lounès qui conduisait la voiture était visiblement irrité par les insultes proférées contre Slimane Azem. L'incident de ce jour l'avait influencé. Sur place est née la chanson: Abrid labud atnaqel. Son prochain album était intitulé carrément Tamsalt n Slimane, en hommage à Slimane Azem.


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