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Un livre décortique les liens entre les deux pays
France-Maroc, une relation incestueuse
Publié dans Liberté le 31 - 01 - 2012

Ali Ammar, fondateur de l'ancien hebdomadaire marocain indépendant Le Journal, et Jean-Pierre Tuquoi, ancien journaliste au Monde, expert du Maghreb, viennent de publier Paris-Marrakech : luxe, pouvoir et réseaux, une enquête fouillée qui démontre les complicités entre le pays royal et la classe politique française, gauche et droite. Ce livre permet de comprendre pourquoi la France est toujours du côté de Rabat dans ses conflits avec Alger. Nous en proposons quelques extraits.
Le rite ne change pas. Que la France se mette en congé et voilà Marrakech saisie par la fièvre. “Vacances” rime alors avec “effervescence” pour la cité presque millénaire. à l'aéroport international Marrakech-Menara, l'agitation est palpable. Le hall d'arrivée ressemble à un souk. On s'y bouscule gentiment sous l'œil goguenard des policiers de service. Les douaniers aussi sont à leur poste, près de la sortie. S'ils auscultent, palpent, fouillent les valises des Marocains de retour au pays, ils délaissent les bagages des touristes français. Bienvenue “dans le plus beau pays du monde”, comme l'assure la publicité de l'office du tourisme. à deux pas des guichets des passagers “normaux”, la file réservée aux diplomates et aux équipages s'écoule en bon ordre. Qui aurait imaginé qu'autant d'ambassadeurs, actifs ou à la retraite, fréquentent Marrakech ? Peu de têtes connues parmi ceux qui, passeport à la main, valise à roulettes dans l'autre, patientent devant les policiers plantés derrière leur comptoir comme les caissières d'un supermarché. Ni ministre, ni dirigeant politique, ni parrain du CAC40. La raison est simple. à peine débarqués, quelques-uns de ces happy few se sont engouffrés dans une limousine qui les attendait au pied de la passerelle de l'avion ; les autres se sont dirigés tout naturellement vers les salons pour VIP installés un peu à l'écart. Les formalités y sont douces. Traitement de faveur identique pour les clients de la Mamounia et d'une poignée de palaces pris en main et choyés dès leur arrivée. Un salon particulier les accueille avec boissons fraîches et serviteurs en gants blancs. En ce Noël 2010, Marrakech a fait le plein de beau monde. C'est une fin d'année hors du commun. Un cru exceptionnel. Jamais jusqu'alors Kech n'a réuni autant de membres de la France d'en haut. Jamais autant de VIP n'ont débarqué de Paris.
Premier de cordée, Nicolas Sarkozy a donné le ton. Au départ, le président français et son épouse Carla avaient d'autres projets : changer d'hémisphère, aller en Afrique du Sud pour oublier la France et ses frimas. Marrakech, ils y étaient pour le réveillon 2009. Pourquoi ne pas aller voir ailleurs ? Mais une offre royale, de celles qu'il est délicat de rejeter, les a contraints à changer de destination. Comme l'année précédente, le monarque mettait à la disposition du couple présidentiel, flanqué d'un des enfants de Carla, Jna Kébir, le dernier-né de ses palais, mélange d'architecture mauresque et de décoration africaine. Caché dans la palmeraie, Jnan Kébir est réputé enchanteur même si l'atmosphère, selon des confidences chuchotées, se révèle un brin ennuyeuse lorsqu'on n'est pas un contemplatif.
Dans le sillage du président, c'est le noyau dur du sarkoland qui a débarqué à Kech. En tête du cortège, l'indispensable Hortefeux, fidèle comme un chien à son maître, déjà annoncé comme directeur de campagne du candidat Sarkozy en 2012, venu avec madame, Valérie Hortefeux, et les époux Balkany, couple sulfureux et provocateur arrivé tout droit de son fief des Hauts-de-Seine. Entre ceux-là, tous grognards de la sarkozie, que de combats communs, de complots, de bagarres contre la chiraquie, contre son ange noir. Dominique de Villepin, contre la gauche, contre le centre...! Fût-il question de ces années de conquête de l'élysée lors du dîner qui les réunit ? Peut-être, mais alors comme d'une bataille victorieuse dont il fallait tirer les enseignements pour le prochain combat, la présidentielle 2012.
Rien n'est gagné. à un an et demi de l'élection présidentielle, les sondages d'opinion sont médiocres et la droite en piteux état. Les centristes menacent de s'émanciper et de faire cavalier seul. Candidat malheureux à Matignon, Jean-Louis Borloo, l'ancien ministre de l'Environnement, laisse dire qu'il pourrait se lancer dans la course à l'élysée, au risque d'affaiblir la droite au profit de la gauche. Un autre ex, Hervé Morin, un temps à la Défense, fait de même et rêve d'un destin national. Ces faux durs, il faut tenter de les amadouer. Pourquoi pas ici à Marrakech, puisqu'ils s'y trouvent. Jean-Louis Borloo, tout juste débarqué avec son épouse, la journaliste de télévision Béatrice Schönberg, d'Essaouira, un autre lieu de villégiature marocain à la mode dans l'élite française, est donc reçu à dîner lui aussi. Sans grand succès. L'ex-futur Premier ministre parle volontiers de Marrakech où il possédait encore il y a peu une maison de 700 m2, agencée par une architecte d'intérieur française et ouvrant de plain-pied sur un golf, mais de ses ambitions élyséennes il ne souffle mot. Quant à Hervé Morin, c'est un Brice Hortefeux qui est désigné pour l'amadouer et lui faire espérer un retour en grâce. Peine perdue également. La diplomatie du tajine appliquée à la cuisine française se révèle décevante.
Hervé Morin est descendu au Es-Saadi, un établissement cinq étoiles, refuge désuet et hors de prix de la France du bouclier fiscal. La milliardaire Liliane Bettencourt en a longtemps été une inconditionnelle, en particulier de son restaurant, connu depuis un demi-siècle comme la meilleure table du Maroc.
Le Es-Saadi, pour une partie rénové, doit son attrait à ses neuf hectares de jardin, à sa dizaine de piscines, à ses suites orientales et à ses villas rococo. Chacune est typée : ambiance indienne, persane, romaine, berbère. Il y en a pour tous les goûts. Avec l'hôtel Plaza Athénée à Paris, le Es-Saadi est le seul établissement à abriter dans ses murs un institut de beauté Dior inauguré comme il se doit : des centaines d'invités au dîner de gala — Fanny Ardant, Nadine Trintignant, Jacques Chancel, Yann Arthus Bertrand (...).
Brice Hortefeux est dans le même établissement, logé et nourri également aux frais de la princesse. Mais impossible de connaître le nom de l'amphitryon. Il s'agit d'un “ami” présent sur place, se contente-t-il de répondre à des journalistes curieux. En revanche, le ministre jure ses grands dieux qu'il est venu à Marrakech avec ses propres deniers, en empruntant un vol régulier.
Tout dégoulinant de luxe qu'il est, le Es-Saadi n'est pas ce qui se fait de mieux à Marrakech, loin s'en faut. Le summum c'est le Royal Mansour, dans le quartier huppé de l'Hivernage, un palace plus discret que la Mamounia et le seul au fond qui sait faire la différence entre un millionnaire et un milliardaire (...) à l'automne 2010, le couple présidentiel y était arrivé incognito. L'élysée n'avait rien dit, jurant aux journalistes que Nicolas et Carla se reposaient en France, au Cap Nègre où la belle-famille du président possède une résidence. Médiocre mensonge.
Le Royal Mansour mérite que l'on s'y attarde. Classé en 2011 parmi les hôtels “les plus extraordinaires du monde” par le Conde Nast Traveler, la bible des voyageurs fortunés, il se présente comme une médina reconstituée. Une médina cinq étoiles, flamboyante mais factice, hors sol, une collection de faux-semblants avec ses cinquante-trois riads immaculés, à la fois proches les uns des autres mais indépendants. Un monde clos et désincarné, sans bruit ni agitation, à deux pas de la ville et de la vraie vie (...) C'est une utopie pour milliardaires. Une fois passée la réception, le palace s'ouvre sur une enfilade de salons feutrés, de bars, où des garçons aux gestes étudiés servent des alcools forts plus que centenaires, de fumoirs où l'on propose des havane hors de prix, de restaurants tout justes ouverts et déjà consacrés. Le tout dans une débauche de marbres multicolores marquetés, de fer forgé, de cuirs, de zelliges, de plafonds de bois ouvragés dorés à la feuille, de meubles incrustés de nacre (...)
En cette fin 2010, un bel échantillon de la France des nantis est à pied d'œuvre. Les ministres, ceux qui l'ont été, ceux qui aspirent à le devenir, on l'a vu, sont en nombre. Mais la gauche est loin d'être absente. Peut-être même est-elle davantage présente grâce à DSK qui, joker des socialistes face à Sarkozy pour quelques mois encore, agit comme un aimant (...)
à Marrakech, DSK a comme voisin un éphémère secrétaire d'état de l'ère François Mitterrand, Thierry de Beaucé, qui exploite depuis des années avec un ami brésilien, Homero Machry, le riad Madani, l'ancienne demeure du grand vizir, le Glaoui, transformé en maison d'hôtes avec jardin de rêves et piscine en terrasse sur plus de 3000 m2. Le cinéaste François Ozon, la fille de François Mitterrand Mazarine Pingeot, et Bety Lagardère, la veuve de Jean-Luc, s'y rendent à l'occasion.
Vit surtout, à deux pas de là, Bernard Henri-Lévy, propriétaire lui aussi d'un riad digne de la couverture d'un magazine de décoration avec ses zelliges flamboyants, ses murs intérieurs peints en tadellakt, ses fenêtres voilées par des moucharabiehs (...)
L'interviewer politique Jean-Pierre Elkabbach est de ceux qui, dans le sillage de Jacques Sanchel, viennent régulièrement à Marrakech. Homme de télévision et candidat perpétuel à la direction de France Télévisions, Guillaume Durand est également un habitué de Marrakech. Jean-René, la patron de Vivendi, a ses habitudes à Marrakech. Des habitudes d'homme très riche. Il possède depuis plus de dix ans une propriété, Dar El-Sadaka, installée dans une oliveraie de 13 ha. Dans cet univers baudelairien où “tout n'est qu'ordre et beauté, luxe, calme et volupté”, on vit en nabab, servi par un discret ballet de babouches. Pour d'autres, ce sont des plaisirs autrement pimentés qu'ils sont venus chercher à Marrakech. Ils tournent autour du sexe (...). Depuis 2005, les bas-fonds de la ville mais aussi les riads repliés sur eux-mêmes, les palaces étoilés, les bars branchés, les night-clubs baroques, les restos chic, les résidences tapageuses et les villas cossues avec leurs vigiles sourcilleux ont supplanté Bangkok, longtemps destination phare du tourisme sexuel. Aujourd'hui, la capitale thaïlandaise est moins attirante. Trop éloignée de l'Europe. Trop exposée aux tsunamis. Et trop turbulente du point de vue politique. à Marrakech, la paisible, quel que soit le lieu de sortie, le sexe est tarifé et omniprésent et les prix aussi variés que les prestations. Tarif de la soirée pour une ambiance croisée dans un endroit à la mode dans le quartier huppé de l'Hivernage : environ 200 euros (...) Depuis qu'une crise immobilière sévit à Marrakech, des centaines de meublés sont disponibles pour des durées très brèves, parfois une seule nuit. Au total, elles seraient 20 000 âgées de 16 à 30 ans à offrir leurs services dans l'espoir de gagner jusqu'à 15 000 euros par mois pour les plus sollicitées. La passe furtive, elle, se négocie autour de dix euros dans les bosquets attenants aux murs de la Koutoubia, la vénérable mosquée du XIIe siècle, symbole de la cité. Tarifs identiques dans les jardins du centre-ville et sur la fameuse place Djemaa El-Fna, lieu de la drague improbable, rebaptisé le “souk des pédés” par les Marrakechis (...) Partout à Marrakech, il suffit d'un regard de clients étrangers en quête de sexe facile pour que des jeunes proposent leurs services. Sauf qu'ils ont pour la plupart en 15 et 18 ans. Pire, certains d'entre eux se retrouveraient sur le trottoir dès le plus jeune âge, en moyenne à 9 ans. Tous viennent du Mellah, l'ancien quartier juif de la ville. à deux pas de la médina, c'est un réservoir de chair fraîche (...) Il faut l'admettre : une frange de touristes se rendent au Maroc pour le sexe, pour la drogue, pour une gamme de plaisirs qu'ils ne peuvent se permettre aussi facilement dans leur pays d'origine (...)
Qu'il s'agisse de vendre l'image d'un Mohammed VI démocrate, épris de justice sociale et à l'écoute d'un peuple qui le vénère, de défendre la “marocanité” du Sahara occidental face à l'Algérie et au Front Polisario, ou de célébrer le Maroc “dragon économique de l'Afrique”, les lobbystes ne manquent pas, à droite comme à gauche, prêts à monter en première ligne par intérêt ou par conviction.
On les voit alors à la télévision, on les entend à la radio, ils signent des tribunes libres et des pétitions dans les journaux, courent les colloques et les séminaires — quand ils ne les organisent pas eux-mêmes — avec un discours bien rodé. Le nombre des thuriféraires du royaume fait honneur au professionnalisme des Marocains, passés maîtres dans l'art de s'attacher des “amis” bien mieux que ne le font leurs voisins algériens.
Pas de recette unique dans leurs poches. Les Marocains jouent plusieurs cordes. L'attachement au pays natal en est une... Les cadeaux petits ou grands sont une autre façon de s'attacher des fidélités.
Une invitation tous frais payés à un festival de musique, à un colloque de haute volée, à l'inauguration d'un palace à Marrakech, un bout de terrain constructible, une décoration... rien de tel pour se faire des obligés français qui auront à cœur de renvoyer l'ascenseur (...) La liste des amis de la monarchie a beau être très fournie, elle ne l'est jamais assez vue de Rabat. Recruter de nouvelles têtes est une obsession quotidienne pour les responsables marocains en poste en France (...)
Ali Ammar et Jean-Pierre Tuquoi


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