Le quotidien arabophone Echourouk était absent, hier, des kiosques à travers le territoire national. La cause, indique une source proche de la direction dudit quotidien, est en lien avec la diffusion par la télévision appartenant au groupe médiatique Echourouk d'un entretien avec un candidat aux législatives après l'expiration des délais impartis à la campagne électorale. Selon notre source, la décision de ne pas imprimer le journal est venue après que "la chaîne Echourouk News ait diffusé, lundi dans son journal télévisé de 19h en version française, un entretien avec la candidate aux élections législatives, par ailleurs tête de liste du Front des forces socialistes (FFS) à Alger, Salima Ghazali". Ce passage, qui s'apparente à une transgression de la réglementation qui interdit de couvrir la campagne électorale des législatives du 4 mai "sous quelque forme que ce soit" au-delà de sa période légale, qui a pris fin dimanche à minuit, a vite fait réagir les pouvoirs publics qui ont intimé l'ordre aux deux imprimeries publiques, SIA et Simpral, de suspendre l'impression du quotidien Echourouk. "Nous avons immédiatement réagi en présentant nos excuses publiques lors du journal télévisé de 20h30. De même, nous avons reconnu que le passage d'un candidat en dehors de la date limite fixée par la loi est une erreur qu'il ne fallait pas commettre, d'autant que le débat a débordé pour sortir de son contexte électoral", a indiqué le même responsable qui déplore, par ailleurs, que "la décision de ne pas imprimer Echourouk émane du ministère de la Communication. Celui-ci a donné des instructions aux imprimeries de suspendre le tirage jusqu'à nouvel ordre". Mais pourquoi suspendre le journal au lieu de pénaliser la chaîne de télévision incriminée dans cette transgression ? Pour ce responsable, "au-delà de cette erreur qu'on reconnaît et de cette mesure extrême de ne pas imprimer notre journal, Echourouk subit des pressions depuis longtemps. Tout le monde s'est posé la même question. C'est vraiment bizarre !" Et d'ajouter : "C'est bien dommage de suspendre un quotidien à la veille de la Journée mondiale de la liberté de la presse. Les pouvoirs publics se sont précipités de prendre immédiatement des décisions." À la question de savoir si le journal Echourouk reparaîtra aujourd'hui (mercredi, ndlr), notre interlocuteur a révélé que "la direction est en contact permanent avec les autorités pour tenter de dénouer la situation. Pour le moment (hier après-midi, ndlr), rien n'est clair. C'est le statu quo". Dans un communiqué rendu public, hier en début d'après-midi, l'Arav, autorité habilitée à statuer sur ce genre d'infraction, a donné sa version des faits, indiquant que "la chaîne Echourouk News a diffusé dans son journal télévisé de 19h, en version française, un entretien avec un candidat aux élections législatives, en dépit de la période de silence imposée par la loi durant les trois jours précédant le vote (...) Aussitôt, le président de l'Arav a pris contact avec le président du groupe Echourouk pour lui faire part de la gravité de cette infraction (...) La direction de la chaîne a reconnu sa faute et s'est engagée à réagir immédiatement. Elle a présenté ses excuses à l'ouverture de son journal télévisé principal de 20h30 et y a annoncé des mesures qu'elle prendra par la suite". La même source a affirmé que "l'Arav déplore cette transgression de la loi qui vient ternir le travail d'accompagnement qu'elle s'est efforcée de mener tout au long de la campagne électorale et se réserve le droit de faire appliquer la loi dans toute sa rigueur". Autrement dit, des mesures émanant de l'Arav pourraient intervenir prochainement à l'encontre de la chaîne Echourouk News. FARID BELGACEM