La SG du PT impute au régime de nombreuses dérives : la faillite économique, la propagation de la corruption, une gestion mafieuse au service d'une minorité, l'entrave aux libertés, aux élus et les menaces sur la cohésion sociale. La secrétaire générale du Parti des travailleurs (PT), Louisa Hanoune, a réitéré, hier à Alger, l'"urgence d'une rupture" avec le régime en place devenu, au fil des ans, un véritable danger pour le pays. Et rien de plus emblématique de l'ampleur du "pourrissement", à ses yeux, que la récente crise à l'Assemblée populaire nationale où les députés de la majorité, "produits de la fraude", ont opéré un coup de force, que beaucoup ont qualifié de "putsch" contre le président légal, Saïd Bouhadja. "À six mois de l'élection présidentielle, la crise du régime s'amplifie. Si ce régime persiste, il deviendra un danger pour le pays et l'exposera aux interventions étrangères", a mis en garde Louisa Hanoune lors d'une allocution devant les responsables de commissions locales des élus du parti. Et si son parti ne s'est pas impliqué dans cette crise, c'est pour une question "principielle", une crise considérée comme interne au parti majoritaire. "Les enjeux de cette crise sont inconnus et pas clairs (…) La crise traduit le pourrissement", observe-t-elle. Et de façon plus globale, elle impute au régime de nombreuses dérives : la faillite économique, la propagation de la corruption, une gestion mafieuse au service d'une minorité, les entraves aux libertés, aux élus et les menaces sur la cohésion sociale. "La dissolution de l'Assemblée et la convocation d'une Assemblée constituante pour la refondation politique nationale jetant les bases de la démocratie sont la solution appropriée pour le sauvetage de l'Algérie." Sur un autre registre, Louisa Hanoune n'a pas manqué de s'exprimer sur les manifestations des lycéens et collégiens en Kabylie exigeant l'enseignement de tamazight, comme pour répondre à certains parents d'élèves de certaines régions du pays qui ont affiché leur hostilité. Louisa Hanoune a fustigé ceux qui s'attaquent à cette langue, en dénonçant le silence de l'Etat. "Les langues nationales ne peuvent pas être enseignées de façon facultative. Il est inacceptable qu'un député ou un responsable s'attaque à tamazight et que l'Etat se taise, ce qui signifie complicité", dénonce Louisa Hanoune, dans une allusion à peine voilée à la députée Naïma Salhi, dont l'hostilité à l'enseignement de tamazight est affichée ostensiblement, allant jusqu'à proférer des propos racistes sur certains plateaux de télévision. Au chapitre économique, la première responsable du PT estime que la LF-2019 ne comporte pas de "mesures audacieuses en rapport avec les enjeux de l'heure". Elle juge "préoccupante" la réunion entre Ouyahia et les partis du pouvoir au Palais du gouvernement, probablement pour donner "des orientations pour faire passer la LF telle quelle". Arrestation de journalistes : une dérive "dangereuse" La SG du PT s'est, par ailleurs, interrogée sur les raisons sous-jacentes de l'arrestation des journalistes au lendemain du message du Président à la presse. "Dans sa lettre, le Président leur demande de dénoncer les dérives et les fléaux ; il a assuré les journalistes de la protection de l'Etat et de la loi. On partage cet avis. Mais comment traduire la cascade d'arrestations des journalistes qui intervient parallèlement avec cette lettre ?", s'interroge-t-elle. "Des journalistes ont fait des lectures politiques, et ils se retrouvent en prison. Nous sommes aux antipodes de l'esprit de la lettre du Président ; nous sommes devant une dérive dangereuse ; il y a violation de la Constitution", estime-t-elle. Par ailleurs, elle suggère que la récente sortie de l'ex-ambassadeur de France à Alger, Bernard Bajolet, n'est pas innocente. "On ne pense pas qu'il ait parlé en son nom. Ses attaques frontales n'ont rien à voir avec le contenu de son livre. On n'écarte pas qu'il y ait des intentions d'interférences par rapport à l'élection de 2019". Karim Kebir