Le centre d'Alger grouille de monde en cette mi-février. À 11h, Il fait encore légèrement frais, mais l'éclat du ciel bleu et le soleil inondant tout Didouche-Mourad, rue principale de la capitale, annonce un printemps avant l'heure. Des employés de cafétarias et des restaurants, tout au long du grand boulevard, s'affairent à installer leurs tables sur les terrasses, un peu dans la précipitation. "C'est enfin l'ouverture !", se réjouit, Imène, gérante-salariée depuis près d'un an au restaurant Les Capucines. La veille, un communiqué du gouvernement avait annoncé, en fin de soirée, de nouvelles mesures d'allégement liées à la gestion du coronavirus, notamment la levée de la mesure de limitation des activités des cafés, restaurants et fast-foods à la vente à emporter uniquement. "Il était enfin temps ! L'impact du confinement et des mesures de limitation de notre activité était lourd, à la limite de l'insoutenable", dit Imène. "C'est vrai, la vente à emporter nous permettait de faire tourner un peu nos commerces, mais cela restait insuffisant pour faire face aux multiples charges", ajoute-t-elle. Sa collègue nous interrompt et discute avec Imène en retrait. Un instant plus tard, Imène revient et s'excuse : "Nous devons finalement ranger nos tables et libérer la terrasse ! On vient de nous appeler. À la Grande-Poste, plus bas, les services de la wilaya somment les restaurateurs et les gérants des cafétérias d'enlever leurs tables des terrasses. On ne comprend plus rien", dit-elle. Et sa collègue d'expliquer : "Apparemment la reprise est seulement autorisée à l'intérieur des établissements. Pas de terrasse donc !" À une centaine de mètres, en descendant vers la Grande-Poste, ce sont cacophonie et incompréhension. Ici aussi, les chaises sont en train d'être pliées. "Il y a quelque chose de pas logique", déplore le gérant d'un fast-food. "On désespérait de voir de nouveau les clients s'installer à nos tables. D'un côté, on nous annonce des mesures d'allégement et, d'un autre, les services concernés nous interdisent de servir nos clients en terrasse", dit-il, en expliquant que les gens ont encore peur de s'attabler à l'intérieur à cause de la Covid-19. Un client relève lui aussi l'incohérence de cette décision : "En temps normal, les autorités devraient plutôt limiter le service à l'intérieur des restaurants et des cafétérias où le risque de la circulation du virus est plus grand. C'est l'activité des terrasses qui devrait être privilégiée et encouragée", explique, Walid, fonctionnaire de l'éducation, la cinquantaine. Si friands d'ordinaire à s'attabler en terrasse, les Algérois ne semblent pas se précipiter sur les restaurants et les cafétérias en ce premier jour de réouverture. L'année 2020, marquée par la pandémie de coronavirus, a bouleversé le monde et changé bien des habitudes. À la mythique rue de Tanger, au cœur de la capitale, un restaurateur explique qu'il faudra patienter encore un peu avant que les choses ne rentrent dans l'ordre. "Ici, la rue de Tanger a pris un autre visage. Avant le coronavirus, à cette heure, midi, je ne vous aurais sans doute pas reçu pour discuter avec vous, tellement j'aurais été débordé par le nombre important de personnes que nous servons. La Covid-19 a tout changé. Regardez, à peine 3 personnes mangent chez moi", dit Farouk, la quarantaine. Tout en relativisant et en espérant que les choses iront en s'améliorant, Farouk ne cache pas son inquiétude, a cause de la situation du pays. "Ce n'est pas à vous que je vais apprendre que l'état de notre économie est en faillite depuis déjà quelques années. Avec l'arrivée de la pandémie, beaucoup ont perdu leur travail. Les petites bourses sont mises à rude épreuve et toutes les activités économiques sont en berne. Les gens ne se déplacent plus comme avant. Or, l'essentiel de notre clientèle est souvent composé de passagers. Cela nous préoccupe. Quelques amis restaurateurs pensent même à baisser rideau. C'est vous dire...", témoigne encore Farouk. Au restaurant la Brasserie des facultés, l'ambiance contraste avec la rue de Tanger. Fermé depuis plusieurs mois, ce bar-restaurant, jadis haut lieu de rencontres des artistes, militants politiques et intellectuels, accueille ses premiers clients. "Nous avons ouvert, il y a à peine une heure, et nous sommes déjà à 15 clients", se réjouit Azouaou, gérant-salarié de cet établissement. "J'espère que ce satané virus disparaîtra rapidement. Un moment, nous ne pouvions plus tenir sans travail. 9 longs mois sont passés, sans être payés. J'espère vivement que cette reprise durera et nous permettra de reprendre tous nos employés", affirme Azouaou. Un client attablé ne manque pas de faire remarquer qu'il s'agit, en fait et simplement d'"une bouffée d'oxygène". Cherif, un vétérinaire aujourd'hui à la retraite : "Je fréquente ce restaurant depuis plusieurs années. J'y viens une fois toutes les deux ou trois semaines. Je ne peux que me réjouir de sa réouverture aujourd'hui. Il était temps !" Et d'ajouter que les gens ne pouvaient plus continuer à vivre avec la pression provoquée par toute cette pandémie. "Je crois qu'on a bien géré, ici, en Algérie, cette crise sanitaire. Je ne suis pas un supporter des dirigeants actuels,mais il faut reconnaître qu'on a bien géré cette crise sanitaire, comparativement aux autres pays. Je pense que la décision d'alléger les mesures contraignantes s'impose d'elle-même aujourd'hui."