Dans un entretien accordé lundi 6 mars à Annaba à la chaîne 3 de la Radio algérienne dont il était l'invité de la rédaction, Abderrahmane Mebtoul, expert en économie, s'est montré optimiste quant à l'avenir de l'Algérie, «qui a toutes les ressources pour s'en sortir». Mais, ajoute-t-il, «il faut mobiliser la population et pour cela, il faut une bonne moralité». Abderrahmane Mebtoul qui a assisté en sa qualité d'expert à la 20e session de la tripartite, tenue lundi à Annaba, salue l'annonce par le Premier ministre, Abdelmalek Sellal, «de la concrétisation de la création d'un Comité de veille chargé du suivi et du développement des investissements». Ce comité est composé de plusieurs départements ministériels sous l'égide du Premier ministre, et est en relation avec le Conseil national de l'investissement et il est chargé de veiller à ce que des décisions concrètes soient prises pour débloquer l'investissement. Commentant cette mesure, il fait observer qu'après 20 tripartites, la situation de l'économie algérienne, «c'est directement, ou indirectement, 97% à 98% d'exportations d'hydrocarbures». Il rappelle que beaucoup de très bonnes décisions ont été adoptées lors des 19 réunions tripartites précédentes, «mais peu ont été appliquées». Il appelle à éviter une vision de sinistrose parce que, selon lui, la situation n'est pas la même qu'en 1986, «quand l'Algérie avait un début d'endettement et pas de réserves de change» ; «actuellement le pays dispose, en effet, de réserves de change qui étaient au 31 décembre 2016, de 112 milliards de dollars et la dette extérieure est inférieure à 4 milliards de dollars». «Il s'agit cependant, dit-il, de transformer ce capital argent en richesse réelle en levant toutes les contraintes à l'investissement, en libérant l'entreprise du carcan de la bureaucratie, en résolvant le problème du foncier, en réformant le système financier qui est, d'après lui, un lieu de distribution de la rente, en adaptant le système socio-éducatif à l'environnement». Il estime aussi que le meilleur discours à la 20e tripartite est celui du secrétaire général de l'UGTA, Abdelmadjid Sidi Said «qui a détecté tous les obstacles à l'économie et qui a déclaré qu'il faut libérer l'entreprise». A propos du problème du foncier, Abderrahmane Mebtoul fait état d'une enquête faite il y a une dizaine de jours dans les nouvelles zones industrielles, qui a montré qu'elles ne sont pas opérationnelles, dépourvues de routes, d'électricité, de gaz. «Ce sont des terrains à des prix exorbitants et il est demandé aux investisseurs de prendre en charge les utilités». Pour lui, «le problème du foncier n'est pas résolu». Rappelant les périodes où les investisseurs préféraient financer la création de limonaderies puis, plus tard, de minoteries, il constate qu'aujourd'hui, «il y a une flopée de projets dans le montage automobile», se demandant si leurs usines seront rentables un jour. Il y a selon un déficit de régulation de la part de l'Etat. Sur le nouveau modèle de croissance, il fait observer que le gouvernement essaie de parer au plus pressé mais il faut, ajoute-t-il, «une vision stratégique». Pour Abderrahmane Mebtoul, «l'Algérie ne souffre pas d'une crise financière mais d'une crise de gouvernance». Il met l'accent sur la nécessité d'un front social pour éviter les heurts liés aux réformes structurelles. «Il faut montrer aux gens que les réformes sont dans l'intérêt du pays».