Il n'y a pas et il n'y avait pas un jour qui passerait, sans que la presse écrite et les radios locales, n'annoncent pas la triste nouvelle de quelques jeunes égarés en plein mer, devenue un cimetière à ciel ouvert pour ces corps repêchés en totale décomposition ou dévorés à moitié par les poissons, ou par une change exceptionnelle, ils finissent par se faire arrêter par les gardes côtes, sur des embarcations de fortune, récupérées dans un piteux état. Ce phénomène de « la Harga », décortiqué par les médias, depuis sa naissance à ce jour, par tant d'articles et de reportages, tend à prendre de d'ampleur, au fil des ans, mais malheureusement aucune attention particulière ne lui a été accordée ou toute autre mesure particulière n'a pu être prise pour l'éradiquer ou inciter les jeunes aventuriers à délaisser ce « projet de la mort » en s'orientant vers d'autres projets aussi prometteurs les uns que les autres et sans le moindre risque. La menace persiste et emporte quotidiennement d'autre victimes sur les rivages du trépas sans qu'aucun de nos députés ne s'inquiète et tire la sonnette d'alarme sur cette nouvelle forme de «suicide collectif » sur les bords de la méditerranée; et seules les familles de tant de disparus, pleurent en silence la perte de leurs enfants, au attendant un jour de les enterrer d'une manière plus décente. La dernière aventure aux fins tragiques nous vient du rivage de Sidi Mansour, plage frontalière avec celle de mers El Hadjadj, ils sont venus à tour de rôle, faire le guet de la plage, simple histoire de s'assurer que le coin est réellement désertique, surtout la nuit tombée; le moment propice pour quitter en douce la rive, juste en ramant lentement. Ils sont revenus une seconde fois, mettre de la selle de bois et du goudron sur les quelques fissures constatées sur les parois de la chaloupe, du rafistolage de dernière minute qu'un vieux « Harag » leur a conseillé pour éviter de couler, après cette opération palliative de la barque payée à crédit à un pêcheur de la région, qui s'est reconverti en maçon, suite à la hausse vertigineuse des prix de la sardine. Nos apprentis-marins, ont caché la barque à l'aide de broussaille ramassée, le long des dunes d'El-Mactaâ, et se sent entendus sur le jour du départ. Malheureusement, la jetée trop capricieuse en ce mois d'avril, les a trahis; il pleuvait en cette aube printanière et le vent soufflait. Nos « harraga » n'ont pas hésité à se mettre à l'eau, malgré le déchaînement des vagues, décidé à les faire reculer, mais la ténacité de ces « fous de la harga », a fini par venir à bout de ces énormes vagues. Difficilement, ils parviennent à embarquer vers l'inconnu qui les attendait, le noir était presque total, ils se tenaient les uns aux autres, ils ramaient à tour de rôle, l'embarcation avançait lentement et les vagues la malmenaient de partout, l'eau inondait la barque, il prévenait des vagues violentes, qui échouaient contre les parois de la felouque, ils la déversaient sur les rebords à l'aide de sceaux qu'ils ont emportés avec eux sur les consignes du vieux harrag. Leurs vêtements étaient totalement trempés, l'un d'eux, le plus jeune d'entre eux, toussait et sanglotait déjà, l'aîné le consolait et lui rappelait que les côtes Espagnoles vont bientôt apparaître avec le lever du soleil… Voilà déjà des heures qu'ils ramaient et il était temps de mettre le moteur en marche, et se reposer un bon bout de temps ; la furie des vagues, s'accentua de mètre en mètre. Le moteur démarra aussitôt, sans trop de difficultés, nos jeunes lançaient ensemble un « ouf » de soulagement, ils rangent les rames, se sourient, et s'essuient les visages, imbibés d'eau et de sueur, ils scrutaient l'horizon, qui demeure encore sombre et ne laissait entrevoir aucune lueur d'espoir possible en ces sombres lieux marins. L'eau les cerne de partout, les vagues devenaient de plus en plus hautes et faisaient chavirer la chaloupe, qui ne parvenait plus à se maintenir en équilibre. La peur assaillait les jeunes aventuriers, inconscient, qui se tiennent blottis, les uns contre les autres, retenaient difficilement des larmes qui inondaient déjà leurs joues, le jour ne veut plus se lever, le noir résiste de toutes ses forces à faire dominer l'obscurité totale, et brutalement, un craquement se fit entendre et des cris se laissèrent pousser à travers ce désert marin, où seul le plus fort fini par remporter la bataille souvent à armes inégales…La tempête déchaînée , a fini par venir à bout de la barque bricolée de bout en bout en la fracassant en divers morceaux que les eaux marins ont emporté au loin, et ont emporté également les jeunes perdus vers les fonds marins… Ils étaient huit jeunes décidés à regagner l'autre berge, quelque soit le prix à payer, ils ont quitté celle qui les a vu naître, ils croyaient que de l'autre côté de la rive, la vie souriait et se coulait en couleurs avec tous les plaisirs possibles. Hélas, six d'entre eux, venaient d'en clôturer le cours au sein d'une mer qui finira par les rejeter un de ces jours. Quant aux deux autres, plus chanceux, ils ont été repêchés, pleins d'ecchymoses et totalement traumatisés, par les éléments d'un chalutier, ils les ont livré aux gardes côtes du port d'Arzew, qui après les formalités administratives, les ont transféré vers l'hôpital d'El-Mohgoun où ils sont toujours sous observation médicale et soins intensifs. A présent ; il est temps pour ceux qui sont censés protéger la société notamment les jeunes, de réagir et de proposer une alternative louable à ce « fléau », telle une aide sociale et financière pour insérer ces jeunes, en milieu professionnel qui leur permettra de s'épanouir en devenant un membre utile à cette société.