Plus de cinquante ans après l'indépendance, le village Ath Smaïl de la commune d'El kseur souffre toujours de l'isolement. Reculé, déshérité, isolé, ce village se trouve dépourvu de toute infrastructure pouvant participer à l'amélioration des conditions de vie de la communauté. La seule infrastructure existante qui relie ce village au monde extérieur, est une piste, appelée « piste de la solidarité villageoise », car réalisée grâce au volontariat des habitants, mais elle est totalement défoncée. « Notre village se trouve à 10 km seulement de la ville d'El-Kseur, chef-lieu de la commune et à 5 km de Toudja mais faute d'infrastructures routières modernes et faute de desserte, nous vivons quasiment en vase clos » nous déclare Hamdi Madjid, le premier responsable du village. Conséquence de cette situation, un exode rural massif qui tend à faire du village une sorte de no man's land. Entre immigration interne et externe, ils sont des dizaines à avoir déserté leur village pour aller s'installer sous des cieux plus cléments, à El kseur, Toudja, Béjaïa, Aïn Bénian ou carrément à l'étranger. Mais l'attachement viscéral qu'ils ont avec leur terre natale, les fait toujours revenir au village lors des grandes occasions de la vie communautaire (la saison des olives, décès d'un des leurs, vacances d'été.) C'est ce qui fait d'ailleurs qu'on y trouve bâties, dans ce coin oublié de la commune d'El Kseur, quelques belles constructions. De la cinquantaine de familles qui vivaient dans ce village au lendemain de l'indépendance, il n'en reste aujourd'hui qu'une vingtaine approximativement. Et si la situation du village ne connaît pas quelques améliorations, il est à parier que cette tendance à l'exode va certainement continuer en s'accentuant. Car comment maintenir une population dans un endroit où les plus élémentaires des conditions de vie font défaut ? L'infrastructure routière est réduite à des pistes propres uniquement à servir de circuit de rallye pour des véhicules 4X4, les réseaux d'AEP et d'assainissement sont inexistants, pas de desserte de transport non plus. Autant de manques qui gâchent la vie dans ce petit coin paisible. Conscients que seule l'union de tous les fils du village peut changer les choses, les villageois se sont constitués en une association sociale pour tenter de s'offrir un meilleur destin. Cette association qui porte le nom de la fontaine publique « Djavia », un haut lieu d'Ath Smaïl, , s'échine depuis son existence à faire sortir le village de l'oubli. En collaboration avec l'APC d'El Kseur et avec le concours de quelques généreux donateurs, Djavia essaye d'entretenir l'espoir des habitants. « Nous manquons de tout et nous essayons avec le peu de moyens qu'on possède à faire bouger les choses. Mais ce n'est pas toujours facile », nous affirme l'actuel président de l'association. En effet, hormis le transport scolaire, acquis cette année et la pose de bornes-fontaines pour acheminer l'eau dans tous les quartiers, tout reste à faire. Les Ath Smail, qui se rappellent des sacrifices consentis par leur village, attendent réconfort et attention de la part des autorités. Vers le lancement d'un PPDRI ? Devant l'exode continuel des Ath Smail vers les centres urbains, l'association Djavia s‘attelle ces jours-ci à arracher l'inscription d'un projet de développement rural au profit du village. L'agriculture et l'élevage qui étaient naguère les principales sources de subsistance des villageois, sont aujourd'hui délaissés. L'idée de désenclaver le village en s'appuyant sur un PPDRI (projet de proximité pour le dévellopement rural intégré) qui permettra la relance des activités agricoles et pastorales fait l'unanimité dans le village. Celui-ci dispose en effet d'un patrimoine foncier important qui recèle de véritables potentialités agricoles. En plus de développer l'agriculture de montagne, les habitants d'Ath Smaïl, à travers ce plan, espèrent justement bénéficier des actions collectives inscrites, dont le revêtement des deux principales pistes (Ath Smail-Toudja et Ait Smail-El Kseur), la réalisation d'un réseau d'assainissement, la construction d'un centre de santé… Les responsables de l'association affirment que si le PPDRI projeté venait à se concrétiser, il permettra à coup sûr la mise en valeur du village et contribuera surtout à la fixation des habitants tentés par les sirènes de l'exode.