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Dan brown, une nouvelle «affaire jésus»
Publié dans El Watan le 05 - 05 - 2005

En ce XVIIe classique qui s'appliquait à réaliser la construction d'une Espagne très chrétienne en attendant que toute l'Europe la suive, le jeune aristocrate insouciant, cœur volant et corps volage, ne pouvait qu'être destiné à l'exemplarité d'une leçon déroulée comme un sermon du haut d'une chaire. Et puis, avec le temps, bien des créateurs et non des moindres – de Molière à Byron en passant par Mozart -, se saisirent de ce personnage qui devint profond parce qu'il posait la bonne question de savoir ce que l'être de désir pouvait espérer d'une existence confrontée à l'être social. Aussi bien, après être passé entre de bonnes et belles mains, Don Juan s'était-il assuré un avenir mythique, pendant un temps, avant de dégringoler de son piédestal. Aujourd'hui, il ne reste plus de lui que l'enveloppe vide d'un coureur de jupons, exactement celle que lui avait donné le fâcheux Tirso de Molina.
L'érosion du temps a été fatale à Don Juan. Aujourd'hui, Dan Brown travaille sur un canevas identique à propos de la séduction, version femme. Da Vinci code, c'est d'abord une couverture remarquable. Sur fond rouge et or, le maquettiste a déchiré un morceau de page brune sur laquelle on reconnaît les yeux de la Joconde sans pouvoir déchiffrer les mots qui lui sont juxtaposés. Codage. Encodage. Essai de décodage.
Mona Lisa porte un voile qui livre le regard pour cacher son fameux sourire, mais le sourire caché dévoile l'identité d'un peintre fameux, Leonardo da Vinci qui est l'un des personnages principaux de Da Vinci code. Personnage absent, présent, mystérieux, comme l'un des douze apôtres entourant Jésus-Christ dans un autre tableau de Da Vinci : La Cène. La scène est fameuse. Six apôtres à sa gauche, six autres à sa droite, Jésus est en train de prendre son dernier repas et son dernier verre, le calice qu'il partage avec ses compagnons, faisant boire à chacun le vin qui deviendra symboliquement son sang.
A droite de Jésus, à la meilleure place, il y a une femme. C'est ce qu'affirme Dan Brown dans l'une des pages les plus passionnantes du roman auquel je reste accrochée malgré la réalité d'un tremblement de terre qui ne me secoue pas plus que cette idée incroyable. Un apôtre qui n'en est pas un. Un treizième homme qui est une femme. C'est si incroyable que c'est peut-être vrai. Relecture impromptue d'un tableau que je croyais connaître. Vérification fiévreuse, nocturne et lumineuse : l'apôtre qui est à la droite de Jésus a bien une poitrine et un visage de femme ; entre cette femme et Jésus, un vide en forme de V, symbole féminin conçu comme un réceptacle de l'amour.
J'ai continué à lire Da Vinci code, et j'ai appris ce qu'est un scotome, l'impossibilité que nous avons de voir certaines choses visibles. J'ai appris, indépendamment de cette scène rassemblant treize convives, pourquoi le chiffre treize porte malheur quand on le relie au conflit entre la Papauté et les Templiers. J'ai lu un bout de la liste des membres du Prieuré de Sion, une secte secrète ennemie de l'Opus Dei, l'organisation toute puissante qui vient d'achever la construction de son siège américain à coup de millions de dollars. En y voyant les noms de Newton, Botticelli, Hugo, Da Vinci, j'ai su qui étaient les méchants et qui étaient les bons dans une histoire meurtrière dont l'enjeu est le Graal, le calice dans lequel les apôtres ont bu le vin offert par Jésus et dans lequel a été recueilli plus tard le sang du Christ. Enfin, c'est ce qu'on croyait. Scotome auditif. Verrouillage.
Dan Brown travaille sur un document passionnant dont il redistribue les données pour nous inviter à une formidable chasse au trésor, un décodage d'un encodage vieux de plus de deux mille ans. Un peu à la manière de Nietzsche qui revisite les notions acquises de Bien et de Mal dans la Généalogie de la morale, l'écrivain remonte le temps et cherche à comprendre pourquoi et comment le monde des hommes s'est bâti sur l'élimination de la femme. Encodage. Verrouillage. Retour au tableau de Da Vinci. Regard appuyé sur cette femme fauteuse de trouble en pleine Cène que l'on imaginait pacifiée. Sacré scotome. Ce n'est pas Judas qui dérange, mais cette femme, Marie Madeleine, épouse légitime de Jésus, mère d'un enfant qui naîtra et révèlera que Jésus n'est qu'un homme.
Danger. Emoi sur toute la scène. Colère des apôtres. Le plus agité, à droite, c'est Pierre. A gauche, un doigt accuse et, armée d'un couteau, une main menace. A mort ! la femme que Jésus voit comme son héritière. A mort, la sorcière ! Tu seras une prostituée, et tu iras grossir le chœur des moitiés d'hommes et autres diablesses croqueuses de pomme et semeuses de discorde. C'est sur la pierre, Pierre, que se construira la Chrétienté, sur fond rouge et or qui assure le décor de la maquette de la couverture de Da Vinci code. Décorum d'Eglise qui ne parvient pas à neutraliser l'énigme d'un regard de femme voilée, et des mots qu'il faut pister comme la vérité. L'hagiographie encode et verrouille. Da Vinci code de Dan Brown déverrouille pour dessiller nos yeux de chassieux et extraire du plus profond de la nuit le nom de la Rose, symbole de la femme, enchâssée au cœur du Prieuré du Sion.
Je ne vous dirais rien de plus sur Da Vinci code. Surtout pas les noms des assassins. Laissant la traque aux policiers, je préfère la trappe dans laquelle gît la victime millénaire et propitiatoire. Un instant dans le long temps du monde, je me trouve aux côtés d'une femme, en bonne place, au centre d'une cène fameuse, juste un peu avant que tout bascule à coup de pénalités familiales, vertueusement codées. Un instant, je reste là, le temps de savourer l'image d'un pur amour sacralisé par le peintre et défait par l'anathème dévastateur de l'Eglise. Je reste là, et je songe à ce long temps du monde qui finit par faire tomber les mythes entre de bonnes mains. Versé dans le calice de l'art, bon sang ne saurait mentir.


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