Les huit membres du groupe Djmawi Africa ne pourront pas utiliser à Montréal la formule consacrée des receveurs de bus algériens « Avancez l'arrière », titre de leur dernier album. Dans la métropole canadienne, on dit « Circulez vers l'arrière »! Deux mondes. Deux formules. La formule algérienne a, toutefois, l'avantage de pouvoir exprimer un paradoxe qui résume « la mauvaise direction qu'on peut prendre », explique Abdou El Ksouri, le guitariste et manager du groupe en pleine promotion du concert que donnera le groupe à Montréal ce vendredi à La Tulipe.
Beaucoup mettent rapidement Djmawi Africa dans la case musique Gnawa. Abdou el Ksouri nuance : « comme le chaabi, le rock ou la musique classique, le Gnawa fait partie des influences du groupes ». C'est de la musique algérienne telle qu'elle est faite de nos jours en Algérie. La raison est toute simple : l'Algérie est un grand pays aux multiples musiques. Leur fusion est un processus naturel pour ce groupe qui est à son troisième album « Avancez l'arrière » sorti en 2013. Le premier Mama remonte à 2008 et le second Echfaa a été lancé en 2012. Ce souci « identitaire » est plus dans le regard de l'autre. Pour Abdou El Ksouri, l'équation est simple : « C'est de la musique algérienne actuelle tout simplement ». Sara Nacer, de SN production (Montréal) qui produit le concert de ce vendredi en co-diffusion avec le Festival du monde arabe raconte, amusée, comment elle doit répéter plusieurs fois que « les membres de Djmawi Africa vivent en Algérie, y travaillent et y produisent leur musique ».
Des questions qui fusaient à la fin de leur concert ( Showcase) au Marché canadien et nord-américain des musique du monde, Mundial de Montréal, qui s'est tenu du 17 au 20 novembre. La bonne prestation et la réaction des professionnels laissent augurer d'une année 2016 marquée par le Canada et l'Amérique du Nord pour Djmawi Africa.
Le groupe n'est pas à son premier « Marché de la musique ». Il vient juste de revenir de Rabat au Maroc où il a participé à Visa for music qui couvre les marchés d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient. En octobre, Djmawi Africa était à Yaoundé (Cameroun) pour le marché des musiques d'Afrique le Kolatier. En mars 2016, il sera à Abidjan (Côte d'Ivoire) au Marché des arts du spectacle africain(MASA). « Beaucoup de concerts en Afrique, cette année. On est beaucoup pour les échanges Sud-Sud », nous dit le guitariste du groupe qui aime à rappeler que la musique de Djmawi Africa est le produit algérien qui s'exporte le mieux « hors hydrocarbure ». On verra ce qu'en pensent les producteurs de dattes ! Mais une chose est sûre, le « Africa » dans le nom du groupe est tout sauf de l'exotisme pour cette formation qui assume et revendique ses racines africaines. Ce qui n'aurait pas déplu à leur ancêtre Massinissa qui déclara un jour « l'Afrique aux Africains ».
Le clip Dellali
L'octuor qui fêtera ses 11 ans le mois prochain a surpris ses fans et le milieu de la musique algérienne par son clip Dellali sorti en septembre 2014. Un clip réussi sur le plan esthétique et qui n'a pas peur de bousculer quelques tabous.
« On a voulu bousculer le clip en Algérie. Les clips algériens sont très traditionnels. On court sur la plage ou dans la forêt, explique Abdou El Ksouri. On a fait appel à des jeunes cinéastes algériens qui travaillent en Algérie ». La réalisation du clip a été confiée à Damien Ounouri, le réalisateur de Fidai. Certains parlent même du premier vrai clip algérien. La vidéo officielle mise en ligne en juillet derniers a été visionnée plus de 100 000 fois, pratiquement le même nombre d'abonnés à la page facebook du groupe.
Cette présence sur les médias sociaux fait dire au manger du groupe que « de nos jours pour annoncer un concert, nous n'avons qu'à le dire sur les médias sociaux ». Ðonc, plus besoin de squatter les murs de la ville ou d'afficher son visage sur les bus. De quoi rassurer l'organisateur du concert qui s'est fié au flair de la directrice artistique de SN production, Karima Bougherara.