Deux valeureux combattants de la Bataille d'Alger viennent de disparaître au mois d'octobre après avoir été renversés par une voiture. Zani est décédé le 22 octobre après avoir assisté à une réunion de la Fédération des anciens Moudjahidine, au boulevard Bougara. Sabri périt le 27 octobre, rue Didouche Mourad, où il s'était rendu pour régulariser sa carte Chifa à la CNAS. Plusieurs autres caractéristiques communes ont marqué leur existence : ils sont tous les deux natifs de La Casbah, ont fréquenté l'école Sarrouy et ont terminé leur vie dans le même quartier à El Biar. Le plus âgé, Sabri, est né en 1929 à la rue Rempart Médée. Le second, Zani, est né en 1933 rue des Abderrames. Les témoignages de Sabri sur la guerre de Libération, la torture, les réseaux FLN, la participation de la femme au combat libérateur sont d'une extrême importance. C'est un livre d'histoire qui s'en va avec sa disparition. L'enfant de Soustara était l'ami des pauvres, l'ami des enfants, l'ami de la jeunesse. Il a consacré une partie de sa vie aux loisirs et à l'émancipation des jeunes à travers l'organisation des colonies de vacances en Algérie et à l'étranger. Son flegme, sa générosité et son humanisme étaient appréciés à leur juste valeur par ses compagnons de route qui l'ont accompagné à sa dernière demeure. Mustapha était un vrai prince, riche de sa culture, de ses amis, et de son amour indéfectible pour l'Algére. Il a connu la torture dans une villa des environs de l'hôpital Birtraria ou opérait le sinistre Aussaresse. Un jour, ce tortionnaire parachutiste a croisé dans un couloir de cette villa Larbi Ben M'hidi. Pour rabaisser ce dernier, il lui tendit sa botte. Mal lui en prit puisqu'il s'attira cette cinglante réplique du prisonnier qui lui fit regretter amèrement son geste. Sabri raconte que Ben M'hidi a dit l'officier parachutiste : «C'est vrai, le chien présente toujours sa patte pour saluer son maître». On se rappelle que quelques jours plus tard, le tortionnaire assassinera son glorieux prisonnier en le pendant dans son cachot dans un autre centre de torture d'El Biar. Les Français firent croire à un suicide, ce qui est impossible connaissant le courage moral de Ben M'hidi. Sabri révèle aussi que le café «Qahouet Laarich», le seul de la courte rue El Kinai qui relie le haut de la rue Porte Neuve au collège Sarrouy, a servi de lieu de rencontre aux «22» qui s'y sont réunis plusieurs fois là-bas pour préparer le déclenchement de la guerre de Libération. Ils étaient sûrs que les flics ne viendraient pas les déranger dans ce café puisque son propriétaire était un ancien combattant de l'armée française qui, en fait, s'est rangé derrière les patriotes. Un autre personnage de la Casbah a eu le même comportement : c'est Arezki Oubabes qui gérait un café à Bab J'did et que tout le monde prenait pour un indicateur de la police française. Sabri précise qu'après l'attentat qui a coûté la vie à l'ancien maire de Laazib Ouzaamoum (Haussonviller), le FLN a demandé aux militants de rendre hommage au défunt en l'accompagnant à sa dernière demeure. Cette précision dément que Arezki Oubabes a été liquidé par le FLN. Youcef Zani était un voisin de Yacef Saadi et c'est tout naturellement qu'il emboita le pas au chef de la Zone Autonome d'Alger après le 1er Novembre. Arrêté par les paras, Zani connut la gégène dans les centres de torture disséminés dans La Casbah, comme celui de la rue de l'Intendance, où il croisa les spécialistes de la contre-guérilla comme le colonel Godard et le capitaine Leger. Zani voulait laisser un témoignage sur sa participation à la Bataille d'Alger contre les paras de Massu. Est-ce qu'il a réalisé son vœu ? La question reste posée et il est sûr que de par sa proximité avec le centre de décision de la Zone Autonome, il en a à dire sur cette épopée que le film de Gillo Pontecorvo a popularisé à travers le monde. Tout rapprochait Sabri et Zani et notamment leur relation commune, Abderazak Belhafaf, qui est un parent par alliance de Sabri. Des amis des défunts