La suspension du président de la ligue régionale de Annaba, Ahmed Mebrek, par la Fédération, relance le débat sur la situation irrégulière de quelques ligues qui n'a suscité aucune réaction de la part de l'instance faîtière, malgré le fait que ces ligues continuent d'activer au détriment de la loi. Trois ligues sont dans le viseur. La première, c'est la ligue régionale sud-ouest qui active hors cadre de la loi. Le 9 mai 2018, la fédération a adressé une circulaire au coordinateur de la ligue ayant pour objet la réactivation de la ligue. La missive précisait : «Suite à la réunion tenue par les représentants de la FAF et les représentants des ligues de wilaya du sud-ouest à laquelle vous avez été désigné coordinateur du directoire de la gestion de la ligue régionale sud-ouest en compagnie de neuf membres et de cinq experts et en application des résolutions du bureau fédéral de la FAF, 19 avril 2018, ayant accord à la réactivation de la ligue régionale sud-ouest qui sera accompagné d'un nouveau système de compétition pour la saison 2019-2020, je vous prie de procéder dans les plus brefs délais à mettre en conformité les textes de l'institution selon la loi en vigueur, mettre en place un dispositif pour préparer les élections de la future composante, droits et obligations, règlement intérieur, mode de scrutin… préparer l'assemblée générale élective dans les délais raisonnables.» Vingt trois mois plus-tard, la ligue continue d'être gérée par un directoire. Il n'y a eu ni mise en conformité des textes de la ligue selon la loi en vigueur, ni la mise en place d'un dispositif pour préparer les élections de la future composante, ni préparation de l'assemblée générale élective comme le recommandait expressément la circulaire de la FAF. La ligue régionale sud-ouest fonctionne depuis deux ans dans l'illégalité. Cela ne semble pas déranger outre mesure la fédération. Cette instance provisoire a déjà consommé trois directoires. Son premier coordinateur désigné, non élu, a participé aux travaux de l'assemblée générale de la FAF et a voté alors qu'il n'avait même pas le droit d'être dans la salle. Pire, la ligue qui ne dispose ni d'un agrément, ni du procès-verbal de l'assemblée générale élective, elle n'a jamais eu lieu, ni de la liste du bureau de ligue et du président élus, ni d'un rapport de l'huissier de justice, aurait eu le double bonheur de recevoir un budget ou subvention de la FAF de l'ordre de 19 millions de dinars (mentionné sur le bilan financier en date du 3 septembre 2019) inscrit au chapitre «donatrices des subventions». La question qui se pose : la ligue, qui n'est toujours pas légalement constituée, ouvrait-elle droit à cette obole ? Ce n'est pas tout. La ligue avait-elle le droit d'ouvrir un compte bancaire en l'absence de tous les documents cités ? Non. Selon des sources proches de cette structure, la banque lui aurait ouvert un compte sur simple présentation d'une procuration de la FAF. Est-ce légal ? Non. Ne voyant rien venir d'Alger, des clubs se sont insurgés contre cette situation qu'ils n'ont cessé d'ailleurs de dénoncer avec force détails, comme par exemple les multiples dépassements commis par la commission de discipline. Las d'attendre, le 2 mars 2020 ils ont décidé de boycotter le championnat deux semaines avant l'arrêt de toutes les compétitions décidé par le ministère de la Jeunesse et des Sports. La ligue régionale sud-ouest est loin d'être un cas isolé. Les ligues de Bouira et Boumerdès sont elles aussi dans une situation de vacance du poste de président élu. Celle de Boumerdès est dirigée par la première vice-présidente, désignée présidente de la ligue à titre provisoire. L'article 33 des statuts précise «en cas d'absence prolongée, supérieure à 30 jours du président, de démission ou d'empêchement majeur, le vice-président convoque le bureau de ligue pour constater la vacance, le vice-président assure l'intérim pendant une période qui ne saurait dépasser 60 jours supplémentaires. Durant cette période, le président par intérim convoque une assemblée générale élective à l'effet d'élire un nouveau président». La première formalité (constat de la vacance) a été observée le 23 octobre 2019. Presque cinq mois plus tard, la ligue fonctionnait avec du provisoire. N'est-ce pas une transgression de l'article 33 des statuts de la ligue ? La ligue de Bouira est dirigée par une direction provisoire sous le contrôle de la ligue régionale d'Alger depuis plus de six mois. Pourquoi l'article 33 des statuts n'a pas été mis en œuvre ? Des questions qui resteront, bien sûr, sans réponse… à moins que le phacochère de service, encore indisposé par la révélation de ces trois affaires, ne tente vainement avec sa matrice Judas de faire diversion.