- Des automobilistes se plaignent des punaises utilisées comme ralentisseurs et des dos d'âne qui ne répondent pas aux normes. Ces plaintes sont-elles justifiées ? Absolument ! J'ai dénoncé cette situation à plusieurs reprises. En vain. On a l'impression que la route algérienne devient de plus en plus un champ d'essais. Plusieurs sortes de dos d'âne et de ralentisseurs sont utilisées, et ce, en parfaite contradiction avec les lois de la République. Les textes 04-16, 04-3 et le texte 04-83 sont clairs à ce sujet : personne n'a le droit de placer des ralentisseurs et des dos d'âne comme il le souhaite. Pour les clous utilisés dans plusieurs axes routiers, je dirai tout simplement que c'est une catastrophe. Il ne faut pas que la route algérienne serve de champ d'expériences. - Quel est l'impact de ces clous sur les véhicules ?
J'ai déjà évoqué cela dans mes interventions dans la presse nationale. Les conséquences du passage des véhicules sur ces clous et certains ralentisseurs sont fâcheuses. Les roulements, les amortisseurs, les cardans… en somme c'est toute la suspension de la voiture qui prend un coup. Je profite de cette occasion pour lancer une nouvelle fois un cri d'alarme à l'adresse des autorités afin de sauver la situation. On cherche toujours à mettre hors de cause l'état des routes à chaque fois qu'il y a un accident. Or, la perforation de la couche du bitume pour fixer un ralentisseur ou un clou favorise la détérioration de l'état des routes. Il y a des ralentisseurs réglementaires ou trapézoïdaux ayant des formes géométriques conformes aux normes : le premier ralentisseur a une base de 5 mètres et le second a une base de 4 mètres, tandis que leur hauteur ne devrait pas dépasser les 10 centimètres au milieu. Avec ce type de ralentisseur, il y a une harmonie dans le passage du véhicule. En tout cas, il n'existe aucun pays au monde où l'on utilise ces clous. Sauf en Arabie Saoudite. Mais dans ce pays, ils sont utilisés pour délimiter la chaussée et non pas au milieu de celle-ci. Je ne sais pas pourquoi en Algérie, on laisse entrer n'importe quoi sans consulter au préalable les spécialistes... - On a l'impression que le placement des dos d'âne n'obéit à aucune réglementation. Pourquoi cette anarchie, selon vous ?
C'est vraiment l'anarchie. Parfois, on trouve sur le même axe routier un dos d'âne et une passerelle. C'est une aberration ! Pourtant la loi est claire. Plusieurs textes, dont un décret interministériel, interdisent l'installation de ralentisseurs et de dos d'âne de manière anarchique. Même le président de l'APC n'est pas habilité à le faire. En cas de demande de la population, le président d'APC transmet la demande au wali. C'est ce dernier qui doit en donner l'autorisation, en se basant sur un rapport d'une commission qu'il aura lui-même envoyée sur place. En dehors de cette procédure, tous les autres dos d'âne sont hors la loi. En Algérie, ces derniers sont nombreux. Le comble de l'aberration est qu'on place des ralentisseurs même sur les voies express et les autoroutes. C'est contraire au bon sens. - On dit souvent que le placement de ces ralentisseurs a pour but d'amener les chauffeurs à réduire leur vitesse et réduire, par conséquent, le nombre d'accidents… Le meilleur moyen de lutte contre les accidents de la circulation est la prévention. La dissuasion ne peut pas, à elle seule, résoudre le problème. Les autorités ont adopté un texte de loi sur la prévention qui date de 1987. La loi 87-09 porte dans son article 21 sur l'introduction de la prévention routière dans le système scolaire. La prévention et la sensibilisation demandent plus de temps. Mais malheureusement, cette loi n'est pas appliquée. De plus, l'idée selon laquelle le nombre de victimes des accidents de la route a augmenté en Algérie est fausse. En 1985, on a enregistré 4134 morts dans des accidents de la route. En 2008, le nombre de victimes était de 4244. Mais le nombre de véhicules n'est pas le même. Le parc automobile comptait, en 1985, 1,5 million de voitures contre 5,5 millions en 2008.