A la veille du mois de Ramadhan, je me suis trituré l'esprit sur le thème à insérer dans ces colonnes. Mon esprit a bouillonné comme une chorba beïda sur le feu, et puis à 2h du matin (m'étant réveillé à cause de mon voisin de palier qui a eu la bonne idée de hurler sur son épouse qui, selon toute vraisemblance, n'était pas d'accord avec lui sur le choix des plats pendant le Ramadhan), j'ai eu la révélation : je vais écrire sur le mois sacré, mois de la piété et de l'exaltation ! Mes amis, le mois de Ramadhan en Algérie est un mois certes sacré en soi pour les musulmans que nous sommes, mais aussi un mois durant lequel nous avons deux choix qui sont comme suit : 1. Soit on se cloître à la maison directement sous la climatisation à 16° en regardant la télévision avec les yeux révulsés, prenant toutes les mesures de sécurité nécessaires vis-à-vis de la télévision française, surtout pendant les coupures de pub dans lesquelles on peut voir des hamburgers avec une viande bien saignante sur laquelle on trouve une délicieuse sauce échalote sur un lit de fromage avec quelques rondelles d'oignons, sinon le must, voir une famille se régaler avec une pizza orientale aux délices de l'Orient, composée d'une sauce tomate, champignons frais et double merguez, bref la pizza explosive alias la pizza dite «la pizza taglarrr», car avec un peu de h'rissa elle vous fait sauter la mâchoire. 2. Soit on sort de la maison aux aurores, vers 5h 45 du matin, les yeux hagards en confondant sa voiture avec celle du voisin pour ensuite rouler jusqu'au bureau avec l'impression de voir des formes traverser la route et qu'on se dise : «Je peux le faire, je suis fort» et enfin arriver au bureau, sortir de sa voiture en la laissant ouverte croyant que nous sommes en Suisse, et enfin ouvrir la porte de son bureau, allumer la clim pour commencer une journée durant laquelle vos cordes vocales vont jouer sur un air d'opéra à la Pavarotti, parce qu'on croit que nos collaborateurs sont les acteurs d'un complot judéo maçonnique destiné à faire échouer toutes vos tentatives d'évolution pour qu'en fin de journée, c'est-à-dire 10 mn avant le Adhan, tenter de faire un remake de Fast and furious, avec vous dans le rôle de Vin Diesel dans une Zastava 1975, jantes alliages, V12, 2L, 16 soupapes, turbo, non climatisée, dotée d'une sono de 3500 watts sur chaque portière, sur le chemin du retour à la maison. Dans les deux cas de figure, 30 jours de recueillement nous attendent, 30 jours durant lesquels les zlabiya, qalb ellouz (en anglais ça donne bien) et autres gourmandises vont connaître le plus grand génocide que l'humanité ait eu à subir ; les pâtissiers vont recruter en masse des agents de sécurité type Chuck NORRISSSSS (c'est comme ça que ça s'écrit sur les murs de mon bâtiment), les boulangers vont s'habiller en armure comme celles des chevaliers du zodiaque. Mais vous ne savez pas qui va devoir recruter «Grandaïzer» (Goldorak pour les intimes) c'est les bouchers. Eh oui mes amis, les bouchers vont subir ce que les psychologues appellent dans leur jargon à eux : le syndrome maniaco-dépressif. Pour info, ce syndrome se définit comme suit : une personne maniaco-dépressive va donc présenter des épisodes de dépression alternant avec des épisodes d'euphorie exagérée. Les épisodes dépressifs sont marqués par des symptômes que l'on retrouve dans les autres formes de dépression : tristesse extrême et permanente, perte d'intérêt pour toutes choses, irritabilité, troubles du sommeil, manque d'énergie, troubles de la mémoire ou de la concentration, troubles de l'appétit, pensées de mort et de suicide… Eh oui mes amis, partant du principe que les bouchers valent mieux, pendant le Ramadhan, que les bijoutiers pour les femmes et les vendeurs de sandwiches frites omelettes, viande hachée (plat national) pour les hommes ; ils vont subir une pression tellement importante que certains d'entre eux ont tout simplement décidé de ne pas ouvrir pendant cette période jugée trop dangereuse pour leur santé mentale, d'autres par contre pensant qu'ils vont faire l'affaire de leur vie lors de ce mois sacré ont déposé leur famille chez leurs parents afin de pouvoir répondre aux cinq types de menaces communément admises par les légalistes comme suit : 1. Les agressions symboliques manifestées par de la colère, le claquement violent d'une porte, le fait de mimer ou de donner un coup de poing dans le vide, etc ; 2. les agressions verbales telles que les cris, les répliques cinglantes, les insultes, etc ; 3. les agressions psychologiques du type menaces verbales laissant craindre toutes sortes de violences physiques, intimidations, etc ; 4. les agressions physiques supposant des attaques, le début d'une bagarre, etc ; 5. les agressions physiques et matérielles que constituent en sus les coups portés sur une ou plusieurs personnes, la destruction des biens de soi-même ou d'autrui tel le vandalisme sur la propriété privée ou publique. Bref, les bouchers ne se sentiront pas en sécurité à mon sens !!!! Tout ça pour dire que l'ambiance du Ramadhan, pour nous autres Algériens, est impossible à recréer ailleurs que dans notre beau et grand pays. Sérieusement, où pourrait-on voir deux personnes enchaîner insultes sur insultes, «dâawi el char», et ensuite se demander mutuellement pardon, tout ça parce qu'ils pratiquent le jeûne ? Nulle part ailleurs qu'en Algérie !!! C'est nous, c'est tawaâna, h'na fi h'na, maâdnach ou ma khossnach !!!! Rabi kheïr !!!! En conclusion mes amis, tonton Hakim dit Marh'ba bi sayidina Ramadhan et vous souhaite un superbe mois avec que du bonheur.