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Le drame des enfants de la rue
Sans domicile, sans ressources, victimes de pédophiles
Publié dans El Watan le 13 - 04 - 2006

Il est presque minuit, l'ambulance du Samu social s'arrête brusquement devant l'entrée de la gare centrale SNTF d'Alger. Zoubir, le chef de mission, en descend, sourire aux lèvres. Avec une approche paternaliste, il apostrophe deux adolescents allongés sur un morceau de papier journal, la tête posée sur un sac en plastique.
Prêts à tomber dans les bras de Morphée, ils gardent néanmoins l'œil ouvert. Sait-on jamais. « Que faites-vous ici, mes enfants ? », interpelle Zoubir, en balayant des yeux les alentours d'un site tristement classé comme l'un plus des dangereux de la capitale. « Nous avons raté le train pour rentrer chez nous à Bouira. Nous sommes obligés de passer la nuit ici. Le premier train est programmé à 5 h », expliquent les ados qui disent avoir 18 ans. « Vous allez venir avec nous au centre (du Samu social), à Dély Ibrahim. Vous allez dîner, vous doucher et passer la nuit dans un lit confortable. Pour pouvez quitter le centre demain matin pour rentrer chez vous. D'accord ? », propose l'agent du Samu social. Les « gosses », bien habillés, tenant à la main un sac en plastique rempli d'effets vestimentaires, acquiescent et montent à bord du véhicule. Visiblement heureux de quitter leur couche de fortune. « Si je les avais laissés ici, ils auraient été pris d'assaut par les délinquants sexuels. Dieu merci, nous sommes arrivés à temps », nous lance Zoubir. Le fourgon blanc, doté de deux gyrophares, quitte le quartier de la gare, laissant un groupe de SDF adultes en train de consommer des boissons alcoolisées. Chargé de mission au Samu social, Zoubir gère le délicat dossier des « enfants des rues ». Selon lui, ils sont plus de 500 dans le centre de la capitale, élisant domicile sur l'axe place du 1er Mai-Bab El Oued. « On les trouve aussi dans des zones extra-muros, dans les proches banlieues est et ouest de la capitale. Selon nos statistiques, ils sont plus d'un millier dans la wilaya d'Alger. Sinon la plus forte concentration se trouve entre la place des Martyrs et la Grande-Poste », dit-il.
No man's land urbain
Les affaires de pédophilie, Zoubir en a eu à « traiter » tout au long de ses six années passées dans cette institution sous tutelle de la wilaya d'Alger. Les trois « points noirs » sont incontestablement la place des Martyrs, précisément le boulevard qui surplombe la Pêcherie, le square Port-Saïd et le jardin public qui fait face à l'hôtel Es-Safir (ex-Aletti). Il est bien évident que Monsieur Tout-le-monde est loin de s'imaginer que ces places sont les lieux de prédilection des pédophiles invétérés. Un univers qu'on peut apparenter à un « no man's land » urbain, réservé aux seules victimes et à leurs bourreaux. Avec l'aide de l'équipe du Samu social, nous avons pu y regarder de plus près. « Vous voyez ce groupe d'adultes. Ils donnent l'impression de se reposer, alors qu'ils sont en train de guetter la proie. Ils se postent ici pour repérer quelque adolescent fugueur, nouvellement débarqué. Les délinquants font tout pour l'approcher, faisant mine de l'aider. Ils l'emmènent ensuite dans un lieu retiré, le bourrent d'alcool et de barbituriques avant qu'il soit carrément offert à l'un d'eux. Nous sommes devant une véritable traite d'enfants. C'est terrible ! », témoigne, dépité, l'agent du Samu social. Seule à occuper le terrain, cette institution ne baisse pas les bras pour autant. Ses équipes mobiles ont eu à « libérer » des dizaines de gosses des griffes de leurs bourreaux. Comment y parvenir ?
Les « otages » de la nuit
« Nous avons nos propres méthodes de travail. Nous nous faisons assister par des adolescents qui occupent déjà la rue depuis longtemps. Ces derniers nous connaissent bien pour les avoir pris en charge. Nous entretenons des rapports de confiance mutuelle. D'ailleurs, tout le monde m'appelle Ammi Zoubir », explique l'agent du Samu. Lors de ses sorties, les gamins n'hésitent pas à l'informer que tel ou tel délinquant tient en main un adolescent à tel ou tel endroit. « Nous nous dirigeons ensuite vers le lieu indiqué et nous nous apercevons qu'il y a effectivement un enlèvement, certes déguisé, mais un enlèvement quand même. En général, le délinquant ne fait pas de résistance, sachant qu'il a affaire à une équipe (du Samu, ndlr) qui ne se laisse pas faire », poursuit-il. Sillonnant chaque nuit les rues d'Alger, les fourgons du Samu social sont parfois pris d'assaut par les « otages ». Le fourgon blanc est perçu comme la délivrance suprême eu égard à l'enfer qu'ils ont vécu. Violés, ils sont également poussés à se droguer aux diluants. Lorsqu'elle tombe dans l'accoutumance, la jeune victime subit alors le chantage : pas de diluant ni de nourriture si l'enfant ne cède aux bas instincts du pédophile. Depuis sa création en fin 1998, le Samu social gère un centre de transit où se mêlent enfants des rues, mères célibataires et personnes âgées. Même si la structure est saturée, elle continue tout de même à laisser sa porte ouverte aux damnés et autres « Gavroches » algérois. Pour Mme Aberkane, directrice du Samu social, les enfants des rues sont en rupture avec la société, la famille, vivant dans un univers dont il leur est difficile de se défaire. Pour la plupart originaires de l'intérieur du pays, ces « gosses » dont certains ont dépassé la vingtaine occupent le pavé depuis plus d'une décennie. Amar, âgé aujourd'hui de 22 ans, a débarqué à Alger en 1993. Il avait à peine 9 ans lorsqu'il avait quitté son village natal, situé à 3 km de Aïn Defla. Une époque où le terrorisme battait son plein. Ayant « grandi » au square Port Saïd, Amar en a vu des vertes et des pas mûres : « Le diluant a failli me tuer », nous dit-il. Il a même fait un séjour en prison pour avoir agressé un « truand à la gomme » qui voulait s'imposer comme le baron du coin. Samir, 18 ans, est né sous X et élevé dans un centre jusqu'à l'âge de 12 ans. Il quitta l'école en 3e année primaire. Recueilli par une famille, il y restera jusqu'à l'âge de 13 ans avant de prendre la fuite pour la capitale. « Je veux travailler. Mes parents adoptifs sont assez pauvres pour m'entretenir. Je pense qu'il est de mon devoir de m'occuper d'eux, maintenant », dit-il, l'air timide. Son « chez-soi », un sac à dos, renferme des habits propres, une brosse à dents, un tube de dentifrice, un étui de cotons-tiges et un flacon de parfum. Il exhibe aussi un paquet d'Isis pour laver le linge. « Je veux apprendre le français et travailler pour gagner ma vie », soupire cet adolescent SDF qui jure n'avoir jamais touché à la colle ni au tabac.


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