Il est jeune et beau, malheureusement chômeur et un peu vagabond. Il fait les routes et fait tout pour vivre. Très souvent, il est aidé par quelques braves gens qui lui permettent de se laver, de manger, et parfois même de dormir. Il lui arrive aussi de braconner et de commettre quelques larcins, tout petits et par nécessité bien sûr. Il se retrouva un beau matin près d'une petite maison, située en bord de route et c'est le chant magnifique d'un oiseau qui attira son attention. Ce chant beau et merveilleux le laissa bouche bée et l'esquinta complètement, comme dirait Kateb Yacine. Il se rapprocha de ce lieu et aperçut un couple de vieux assis et silencieux au bord du balcon, la cage de l'oiseau au-dessus de leur tête. Il contempla et surtout écouta pendant un long moment. Il prit son courage à deux mains et interpella notre couple de vieux : «Demandez-moi tout ce que vous voulez, de l'argent ou tout autre chose, du travail pour vous par exemple, mais donnez-moi cet oiseau ! » Les vieux répondirent en même temps. Ils lui expliquèrent gentiment : «Pour tout l'or du monde, pour tout ce que vous ferez, pour tout ce que vous nous donnerez, nous ne nous séparerons pas de cet oiseau. Nous n'avons plus que lui à la maison. Il représente notre seule compagnie, notre seule culture, car nos enfants ont grandi, ont fondé des foyers et ils sont partis et nous avons décidé, depuis fort longtemps de jeter notre télévision et notre radio et de plus ne sont plus vendus chez nous.» Notre jeune insista, et maladroitement bafouilla d'autres propositions plus grandes et plus fabuleuses. Rien n'y fit. Nos deux vieux restèrent sur leur position avec fermeté. Notre vagabond, observa et écouta encore un instant, et l'oiseau le marqua encore plus. Il dit au revoir et reprit son chemin. Bien sûr, dans la vie, les hasards et aussi les miracles sourient souvent aux gens naïfs et simples, aux gens qui aiment le beau. A l'entrée du village voisin, notre ami se retrouva devant la boutique d'un oiseleur et c'est là qu'un miracle se présenta à ses yeux : le même oiseau, aussi beau, de même taille, de même couleur, une copie conforme en sorte était là, seul dans une cage. Il fouilla dans ses poches, rassembla ses pièces et demanda au marchand de le lui vendre. Il tremblait de peur, tant il pensait que le prix allait être exorbitant. Notre marchand honnête et sérieux, lui répliqua de vive voix et lui dit : «Comment veux-tu acheter cet imbécile ? Il est là pour rien, il m'occupe une cage pour rien, il ne chante jamais.». Notre ami insista, car son plan était déjà fait et avait besoin de cet oiseau. «Alors je te le donne pour un kopeck, encore moins, pour un dinar, et je te remercie de m'en débarrasser». Bien sûr, dès la fin du jour et avec la complicité de la nuit, alors que les vieux dormaient, notre vagabond accomplit sa besogne et procéda à la substitution. Le voilà parti, heureux comme Ulysse, son oiseau sur l'épaule, arpentant des routes plus longues pour l'écouter et savourer son chant, de plus en plus. Les jours passèrent, et un petit remord pointa dans sa tête. D'autres jours passèrent encore, et ce remords, de plus en plus grand l'envahit complètement. Il n'en pouvait plus et il ne le supportait plus. Il prit la décision de sa vie, car il savait ce qu'il fallait faire. Il savait qu'il fallait restituer cet oiseau, l'enchanteur aux vieux. Il comprit qu'il les avait privés de longs moments de bonheur. De retour devant cette maison, il ne trouva que l'homme, toujours assis à la même place, une chaise vide à côté de lui, la cage et l'oiseau muet au-dessus de sa tête. Il eut un pressentiment, et après un instant d'hésitation, osa interpeller le vieux : «Me reconnaissez-vous ?». Le vieux, sûr de lui, lui répliqua : «Comment vous oublierai-je, vous qui avez fait tant plaisir à ma femme et à moi-même, en disant des louanges sur notre oiseau, mais malheureusement pour vous et moi, la nuit du jour où vous êtes passé, ma femme est morte et notre oiseau ne chante plus.»