Une guerre, on le sait, est décidée par des hommes politiques, et les soldats exécutent les ordres ? Personne n'ose les discuter, surtout quand est brandie la loi martiale. Ce qui n'a pas empêché des contestations, et l'ultime recours qui est le suicide ou l'automutilation pour ne pas aller au combat. Mais entre les deux, il y a la désertion. Et à ce sujet, l'armée britannique en sait beaucoup. Autant que puissent révéler les chiffres dont elle dispose. C'est ce que vient de révéler la chaîne publique BBC. Selon elle, plus de 1000 militaires ont déserté l'armée britannique depuis le début de la guerre en Irak en mars 2003. « Ce n'est pas vrai », a déclaré une porte-parole du ministère britannique de la Défense. « Il y a eu une poignée de déserteurs depuis 1989 », a-t-elle ajouté, en précisant que le nombre de soldats absents sans permission est constant depuis 2001. De plus, a insisté la responsable, rien ne prouve que ces désertions soient dues à un refus de servir en Irak. « Rien ne prouve que les engagements opérationnels (de l'armée) aient quoi que ce soit à voir » avec ces chiffres, a-t-elle déclaré. La BBC ne précise pas comment elle parvient au chiffre de 1000 déserteurs depuis 2003. La radiotélévision publique britannique assure sur son site internet que 377 personnes ont déserté au cours de la seule année 2005 et sont toujours portées absentes, tandis que ce chiffre est de 189 depuis le début de l'année 2006. Un député travailliste, John McDonnell, président du Campaign Group, un groupe de députés appartenant à la gauche du Labour, a affirmé lundi dernier lors d'un débat aux Communes que le nombre des déserteurs avait « triplé depuis le début de l'invasion de l'Irak ». La BBC cite également l'avocat du lieutenant Malcolm Kendall-Smith, un médecin dans la Royal Air Force (RAF) qui a été le premier militaire britannique condamné pour désertion en Irak, le 13 avril dernier. Une cour martiale lui a infligé une peine de huit mois de prison dont quatre avec sursis. « Dans mon travail quotidien, je suis régulièrement approché par des gens qui cherchent à s'absenter du service » actif, a déclaré cet avocat, Me Justin Hugheston-Roberts. « Il y a eu une augmentation, une progression certaine », a-t-il ajouté. Un autre soldat britannique, Ben Griffin, 28 ans, a quitté l'armée en mars en affirmant ne pas vouloir « servir la politique étrangère américaine en Irak ». Membre d'un commando antiterroriste au sein des SAS, une unité d'élite de l'armée britannique, il n'a pas été poursuivi pour désertion car il a quitté les rangs avant d'avoir reçu l'ordre de repartir en Irak. « Je ne peux m'exprimer au nom des autres, mais il y a beaucoup de désaccords dans l'armée sur la légalité de la guerre et de préoccupations sur le fait qu'ils passent trop de temps là-bas », a déclaré Ben Griffin à la BBC. Lundi dernier, les députés britanniques ont adopté par 442 voix contre 19 un projet de loi gouvernemental prévoyant la prison à vie pour les déserteurs. Le texte doit à présent être voté dans les mêmes termes par la Chambre des Lords pour être définitivement adopté. L'armée britannique dispose aujourd'hui de 7200 soldats déployés en Irak. Elle a perdu 111 hommes depuis l'intervention militaire en mars 2003. Quant aux pertes irakiennes, elles sont chaque jour plus nombreuses. Trente et une personnes ont été tuées hier, dont sept dans un attentat dans un quartier chiite à Baghdad, commis après un attentat sanglant au nord de la capitale, selon des sources de sécurité. « Sept personnes ont été tuées et neuf blessées dans un attentat dans le quartier (chiite) d'Azamiyah dans lequel une bombe placée sous un minibus a explosé », a indiqué une source du ministère de l'Intérieur. Plus tôt, 24 personnes ont été tuées, dont 11 dans un attentat contre un bus d'ouvriers hier matin dans la ville de Khalhs, au nord de Baghdad. Le bus de quarante places a sauté sur une bombe artisanale placée sur la route après avoir quitté la gare routière de Khalhs, située à 80 km au nord de Baghdad, avait indiqué une source de la police locale. « Les occupants du bus sont des journaliers qui se rendaient pour la plupart dans le camp Ashraf où ils sont employés », selon cette source. Une bien effroyable logique qui ne fait aucune distinction entre les victimes. Pendant ce temps, le gouvernement irakien, toujours incomplet, se heurte à de très nombreuses considérations qui atténuent fortement l'idée de consensus, ou de simple coalition. Les enjeux de pouvoir, loin de ressembler à ce qui se passe sous d'autres cieux, sont là, porteurs de risques pour l'existence même de l'Irak.