Alors que tout portait à croire que l'affaire de la saisie de l'avion d'Air Algérie à l'aéroport de Bruxelles tirait à sa fin, voilà qu'une décision vient remettre le contentieux au point zéro. N'ayant pas empoché les 2 millions de dollars, l'huissier de justice belge a refusé que la compagnie reprenne possession de l'appareil, mettant les dirigeants d'Air Algérie dans une situation des plus inconfortables. Jusqu'à hier en fin de journée, l'avion était toujours cloué au sol, à l'aéroport de Bruxelles, en Belgique. Que s'est-il donc passé durant les dernières heures de la journée de lundi ? Contacté, le PDG de K'Air, Abdelhamid Kerboua, explique que la raison de la non-réception de l'avion par Air Algérie lui incombe totalement : «Il est vrai que tout était prêt pour que l'appareil soit récupéré par la compagnie. J'ai reçu un appel téléphonique des responsables, m'informant que le montant réclamé avait été viré sur le compte de l'huissier de justice à Bruxelles, à partir d'un compte de l'entreprise domicilié à Paris. Les deux ambassadeurs d'Algérie en Hollande et en Belgique m'ont même garanti le transfert de ce montant. Mais en début de soirée, j'ai appris par les avocats de la compagnie que ce virement avait été effectué sur un compte bloqué, dont je ne pourrai disposer qu'une fois que le tribunal d'Alger aura statué sur cette affaire. Depuis quand un tribunal algérien peut-il contester une décision rendue par la Cour d'arbitrage internationale ?» Concernant l'audience prévue aujourd'hui au tribunal d'Alger, M. Kerboua est formel : «Aucune information ne m'a été donnée et, à ce jour, je n'ai reçu aucune convocation au procès. Je ne reviens pas sur ma décision. L'avion ne sera remis à Air Algérie qu'une fois le montant de 2 millions de dollars viré sur le compte de l'huissier de justice belge. Pour moi, le procès d'aujourd'hui à Alger est nul et non avenu et les conditions imposées par la compagnie sont inacceptables.» Interrogé sur le choix du tribunal bruxellois pour faire exécuter la décision de la Cour d'arbitrage internationale, le PDG de K'Air déclare : «En Hollande où je réside, il n'y a malheureusement pas de bureau de la compagnie. La Belgique est le pays le plus proche où Air Algérie est représentée. Elle a un immeuble en location mais les biens mobiliers qu'elle possède n'ont pas une grande valeur financière. Sur conseil de mes avocats et de l'huissier, nous avons opté pour la saisie d'un avion, dont la valeur est très importante.» M. Kerboua «ne veut pas» lâcher prise, il veut à tout prix récupérer ce qu'il estime être une avance sur un marché d'achat d'une vieille flottille, d'un montant de 13 millions de dollars, résilié une année après par Air Algérie pour «non-respect des clauses», ayant engendré «l'application de pénalités de retard évaluées à 2 millions de dollars» que K'Air conteste. Hier, la compagnie s'est refusée à tout commentaire, alors que la veille, ses responsables avaient confirmé la levée de la saisie et le retour «imminent» de l'appareil à Alger, puisqu'un équipage a même été dépêché à Bruxelles. Décidemment, le feuilleton de cette saisie ne semble près de connaître son épilogue, malgré les assurances des autorités et la montée en puissance des réactions de la diplomatie algérienne.