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Ailleurs qu'à Sétif, Guelma et Kherrata : La face cachée des massacres
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Publié dans El Watan le 08 - 05 - 2015

Les crimes coloniaux contre les civils n'ont pas été perpétrés qu'à Sétif, Guelma et Kherrata. La région sétifoise et ses petits hameaux ont subi l'innommable, mais une partie de l'histoire de ces massacres reste méconnue 70 ans après.
Longtemps rattachée uniquement à Sétif, Guelma et Kherrata, l'horreur a aussi atteint son paroxysme à Amouchas, Bouandas, Aït Tizi, Ouricia, Beni Aziz, Aïn El Kebira, Yachir, Aïn Taghrout, Ras El Oued, El Eulma, Tachouda, Beni Foudda, Beni Bezez, Serdj El Ghoul, Babor, Bordj Bou Arréridj, Aïn Abassa, Aïn Roua, Bougaâ, Tiz'n Bechar, Guenzet, Aïn Sebt, Maaouiya, Maouane et beaucoup d'autres localités des Hauts-Plateaux sétifiens.
Ainsi, 70 ans après, l'horreur perpétrée dans beaucoup de localités du pays profond demeure méconnue du grand public. El Watan Week-end livre pour la première fois une partie de l'innommable subi par les populations d'Amoucha, Aïn Roua et Beni-Bezez, de la wilaya de Sétif où la tuerie n'a pas encore divulgué tous ses secrets. Occupant une position stratégique sur la RN9 reliant Sétif à Béjaïa, le centre rural d'Amoucha n'a pas connu de drame, le 8 Mai 1945.
Hormis l'attaque du bureau de poste et d'une maison n'ayant pas fait de perte humaine, aucun autre fait saillant n'a ébranlé, ce jour-là, le village qui connaîtra des moments tragiques les jours et les semaines d'après. L'implication d'Amoucha dans la vie politique sera fortement réprimée à l'éclatement des hostilités. Mutilé par d'impitoyables tortures, Amar Kerouani est «offert à un chien affamé» ; la bête féroce termine ainsi la besogne de ses maîtres, lesquels ne manquent pas d'idées sordides.
Pilonnage
Après son arrestation, Youcef Kerouani est transféré dans un sale état au camp de concentration de Sétif. N'ayant pu résister à une terrible flagellation, il rend l'âme le lendemain. Imprégnés des méthodes nazies, les tortionnaires qui achèvent Tichi Larbi dépassent leurs collègues allemands : ils vont jusqu'à crucifier leur victime, qu'ils clouent à un arbre ; le corps inanimé est ensuite criblé de balles.
Arrêtés sur dénonciation d'un collaborateur, Kabbour Embarek, Abacha Saïd et Bouyoucef Embarek sont fusillés dans une ferme (actuelle exploitation agricole Tandja), de même que Boutalbi Amor et Guergour Salah, liquidés dans l'exploitation agricole Hamdi. Afin de brouiller les pistes, les bourreaux changent à chaque exécution. Ainsi, Saoula Amar, Khantout Abdallah, Sayah Saïd, Mefouad Ahmed, Chetibi Abdallah, Gherib Saïd, Khalfa El Hachemi, Benallègue Rabie (frère de Abdelkader) sont fusillés à Malha (Ouled Djaber).
Dans les mêmes conditions, les mêmes balles ôtent la vie aux frères Akkouche Ahmed et Kaci, ainsi qu'à Kharfallah Fatima. Ennemis jurés du système colonial qu'ils combattent pacifiquement, les responsables locaux du mouvement national, en l'occurrence Abdelkader Benallègue et Seghir Belounis ont droit à un «régime spécial». Ils sont conduits à la caserne de Sétif où ils subissent les pires sévices.
Les deux activistes sont torturés trois jours durant. Jugés et condamnés par les «forces de l'ombre», Benallègue et Belounis n'échappent pas au peloton d'exécution. Ils sont fusillés à Aïn Abassa, une localité située à plus de 20 km au sud de Amoucha. Le massacre ne s'arrête pas là. Laouchar Saïd, Kerouani Khoutir, Kerouani Belkacem et son frère Lakhdar, Issaoun Ali, Bouamama Amar, Laouchar Messaoud, Guenani Saïd quittent ce bas monde dans les prisons d'El Harrach, de Constantine et de Lambèse (Batna).
Ne se contentant pas de multiplier les massacres pour faire taire les voix osant réclamer le droit à une vie décente, la France des lumières fait pilonner et raser leurs taudis. Ainsi, 30 gîtes ont été incendiés à Ouled Fayed et 10 autres à Ouled Djaber. A Serfada, le pilonnage a soufflé 8 demeures. Le feu a calciné 15 maisons à Sidi Moussa et à Amoucha-Centre. De nombreuses familles doivent dès lors vivoter sans toit au-dessus de leurs têtes.
Nourrissons
Implanté entre les deux majestueuses montagnes de Babor et Tababort, le paisible hameau de Beni Bezez (daïra de Babor) situé plus de 50 km au nord de l'épicentre du massacre, n'échappe pas à une répression épouvantable, effectuée en «cachette». Smara Hocine, qui avait à l'époque 11 ans, survivant d'une tuerie qui a coûté la vie à toute sa famille, n'a rien oublié. Privé de l'amour d'une mère et de la douceur d'une sœur mutilées, il a transmis son témoignage à son fils, Amar, qui nous rapporte les paroles de cheikh Hocine : «Le 12 mai 1945, vers midi, deux convois militaires investissent Babor, le chef-lieu de commune.
Le premier s'installe au lieudit Bouaf. Sans perdre de temps, les blindés commencent à pilonner le village. Arrivant de Oued El Bared, le deuxième assiège notre hameau qui n'a fait de mal à personne. Accompagnés de trois collaborateurs, les militaires sont venus pour une mission bien précise, car avant d'envahir notre bourg, ils s'arrêtent à Lajouada (une mechta située à 5 km de Beni Bezez) où ils parquent tous ses habitants.
N'étant pas les cibles recherchées, les personnes appréhendées sont relâchées peu après. Venus pour terminer la besogne entamée à Aïn El Kebira où ils ont liquidé des membres de notre grande famille, les militaires, très bien informés, se dirigent directement chez Kaci Smara, qu'ils brûlent vif à l'intérieur de son taudis ; très malade, il n'avait pu suivre sa famille qui s'était réfugiée dans la montagne. La même sentence est appliquée à Smara Ahmed, mon oncle paternel, marié sans enfant.
Ayant vraisemblablement reçu des consignes strictes pour en finir définitivement avec les Smara, les militaires et leurs accompagnateurs, collaborateurs et miliciens, châtient atrocement Smara Lakhdar (frère d'Ahmed), son épouse Harad Rabia, leur fils Brahim et leur deuxième enfant, un nourrisson d'un jour qui n'a même pas été inscrit à l'état civil. Après avoir éliminé les deux enfants, les bourreaux se mettent aux trousses des parents. Déçus de n'avoir pas pu mettre la main sur mon père Smara Tahar qui s'est enfui vers la forêt, les tueurs brûlent vivante ma mère Bensayd Yamina et ma sœur Khadidja.
Profitant de l'épaisse fumée se dégageant du gourbi en flammes, mon petit frère Ahmed, qui avait à peine 5 ans, arrive à s'échapper. Choqué par le décès tragique et épouvantable de ma mère et de Khadidja, mon jeune frère, traumatisé, meurt une année après. Moi, qui avait à peine 11 ans, j'ai été touché d'une balle au bras gauche. Me croyant mort, nos bourreaux me laissent gisant dans une mare de sang. Avant de rejoindre mon père et les autres villageois, j'ai dû attendre une éternité dans un funeste décor.
L'odeur de la mort se répandait à travers les coins et recoins de la forêt et des montagnes de Babor. Se trouvant au mauvais endroit et au mauvais moment, deux enfants du bled, des Bouyahioui, ont subi le même sort. Par crainte de représailles, les gens du douar chargés de l'enterrement des victimes ont été contraints de le faire de nuit. La barbarie ne s'est pas arrêtée là, elle s'est étendue à notre poulailler, complètement décimé.»
Charniers
Les nouvelles se rapportant à la tragique émeute se répandent vite, mais la paisible bourgade d'Aïn Roua située entre Bougaâ et Sétif garde son calme et n'enregistre aucune action de sabotage ou d'homicide volontaire. La folie meurtrière s'empare pourtant des colons, qui infligent aux Algériens de nombreuses souffrances. Des faits gravissimes qui marquèrent profondément les consciences n'ont, hélas, jamais été portés à la connaissance du grand public.
L'agression d'un Italien à l'arme blanche est sévèrement réprimée, et à cause de cet acte isolé s'apparentant à un banal fait divers 33 personnes innocentes sont tuées, puis enterrées dans des fosses communes : «Avant d'entamer son épouvantable besogne, l'armée coloniale a rassemblé toute la population à Aïn Roua, le jeudi 10 mai. Les habitants qui n'avaient jamais vu de troupes sénégalaises étaient terrifiés. Les villageois qui allaient être exécutés n'envisageaient pas du tout un tel scénario, raconte cheikh Smaïl Ratteb. Des légionnaires avaient fait irruption dans notre taudis, fusils à la main, balle au canon. Ils nous ont poussés dehors, ma petite famille et moi, sans ménagement. Au bout d'une petite heure, la placette du village était bondée de monde. Ils ont arrêté tous les habitants, grands et petits, jeunes et vieux.
La rafle n'a épargné ni les malades, ni les femmes, elle s'est étendue jusqu'aux habitants des maisons isolées situées à quelques encablures du village. La perquisition des gourbis s'était avérée infructueuse. Aucune arme à feu n'est trouvée dans un douar où aucun crime n'a d'ailleurs été commis. Ils n'ont d'ailleurs mis la main sur aucun papier attestant que les suppliciés étaient des sympathisants ou militants du PPA ou des AML. Déçus, les légionnaires se livrèrent alors au pillage, emportant nos maigres vivres, des céréales et des bijoux en argent.
L'interrogatoire musclé d'hommes qui n'avaient rien fait durait des heures. Vexées et touchées dans leur dignité, nos femmes n'ont pas été épargnées par les tirailleurs sénégalais qui ont semé l'horreur dans un village paisible.» Cheikh Smaïl Ratteb poursuit : «Dans le but de terroriser davantage la population et la dissuader de tout acte de révolte, les détonations se mettaient à résonner.
Tebib et son épouse furent massacrés chez eux. Le même sort a été réservé à Ahmed Tayaâ et quatre autres personnes exécutés en cours de route : leurs bourreaux qui les conduisaient pour un prétendu jugement à Sétif les ont massacrés à Takouka, en contrebas du mont Megres. Les cinq fusillés reposent dans une autre fosse jouxtant la mosquée du hameau.
Mohamed Benimer et quatre autres citoyens de la localité ont été, quant à eux, liquidés à quelques encablures de notre village. L'horreur fut telle que j'ai été longtemps troublé. Je frissonne à la simple évocation de ce douloureux et sombre épisode. Je ne peux oublier le sacrifice de Cherif Guessoum, de Tebib Ali et Rabah, de Touati Derradji et Amar et bien d'autres victimes de l'injustice et de la cruauté.»
Mutilation
De son côté, Abdelkader Bourahla témoigne : «Saci Boughaba a été tué à l'intérieur de son magasin vers 14 heures, huit jours après le début de la répression. Il a été enterré au cimetière Sidi H'cen, à 8 km de Aïn Roua où les crimes avaient été accomplis par des colons encagoulés. Les frères Khebaba, Rabah et Embarek, qui allaient être exécutés, ont été sauvés par leur patron, un colon qui ne s'est pas joint à la milice. Mon oncle Rabah, dit Kouider, n'a pas eu cette chance, il a été affreusement mutilé. Les tortionnaires n'ont rien trouvé de mieux pour exprimer leur haine et leur mépris que d'enterrer un renard avec leurs victimes.
Un groupe de nos martyrs repose à huit mètres de profondeur, dans la fosse commune du douar Lahmar, à l'entrée est de Aïn Roua, qui a enregistré les pires exactions.» Saâd Benali-Lasladj prend le relais : «J'ai failli mourir à cause de mon déplacement au souk hebdomadaire. Pour le pouvoir colonial, les fellahs qui étaient présents ce jour-là à Sétif n'étaient ni plus ni moins que des sympathisants et des militants du PPA et des AML et il fallait à tout prix éliminer ces nationalistes, ces témoins encombrants.
La chasse était dès lors lancée. Je suis un miraculé. Je l'ai échappé belle face au plan des miliciens conduits par Fages, Arnold, Bunoz, Fiatta-Guimet et André Chaplon, les bourreaux de 28 Algériens exécutés à Kef Erand. Sans l'intervention de Dillot, le directeur de la mine, ces tortionnaires auraient commis un carnage. Le colon qui a sauvé la vie à deux gardiens de la mine, Saâd et Benzaoui Salah, un handicapé, a eu le courage de leur tenir tête, leur disant que ce n'était pas parce qu'ils étaient ‘‘indigènes'' qu'il fallait les exécuter froidement.»


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