Les bâtisses ont été réceptionnées mais demeurent non fonctionnelles en l'absence d'équipements, d'encadrement et de livres. La promotion de la lecture n'est qu'un vain mot dans la wilaya de Boumerdès. La preuve en est l'état dans lequel se trouvent les bibliothèques réalisées ces dernières années à travers les 26 communes de la wilaya. Ces infrastructures, qui ont coûté plus de 350 millions de dinars au Trésor public, n'accomplissent pas la mission qui leur est dévolue. Aujourd'hui, rares les communes de la région qui disposent de bibliothèques fonctionnelles. Que ce soit à Ammal, Issers ou Thénia, en passant par Sidi Daoud et Naciria, le problème est toujours le même : les bibliothèques construites dans le cadre du Fonds commun des collectivités locales (FCCL) ne sont toujours pas ouvertes au public et aux férus de la lecture. «Cela fait six mois qu'on a formulé une demande à la direction de la culture pour nous octroyer des livres et une subvention pour l'acquisition du matériel de bureau, mais nous n'avons rien obtenu», a déclaré un élu à l'APC de Naciria. Le projet de bibliothèque de la localité est achevé depuis avril dernier après moult blocages liés à l'insuffisance des enveloppes affectées pour sa réalisation. Même problème pour celle des Issers, dont l'ouverture se fait attendre avec impatience par les amoureux des livres, qui souffrent énormément du manque de structures de ce genre au niveau local. «Cela fait plus d'un an qu'on nous promet de mettre en service cette bibliothèque. On nous a même assuré qu'une somme a été dégagée pour sa dotation en équipements de bureau et en matériel informatique, mais nous n'avons rien vu venir», se désole un jeune lycéen de la localité. Ce problème de taille ne semble inquiéter aucune autorité, surtout lorsque l'on sait que même le chef-lieu de wilaya, baptisé «ville du savoir et de l'innovation», n'est pas doté de bibliothèque ni même de salle de cinéma digne de ce nom. Une carence qui révèle le degré de désintérêt des responsables locaux pour tout ce qui symbolise la culture. Certains élus locaux justifient cet état de fait par le manque de moyens financiers pour l'acquisition d'équipements ou le recrutement du personnel d'encadrement. C'est le cas à Ammal, Sidi Daoud où l'on pense d'ores et déjà à détourner ces infrastructures de leur vocation initiale en les transformant en salles des fêtes ou autre. Un argument qui ne convainc pas grand monde. «Ce n'est plus l'argent qui manque. La wilaya réserve annuellement une moyenne de 100 millions de dinars pour l'équipement et l'aménagement de certains services administratifs de la wilaya, alors qu'elle pourrait en utiliser une partie pour les bibliothèques communales», s'indigne un enseignant d'anglais au lycée Fantz Fanon de Boumerdès. Le comble est que même les bibliothèques qui sont ouvertes, comme celles de Si Mustapha, Afir, Legata et Ouled Aïssa n'attirent pas grand monde à cause du manque de livres. «La direction de la culture nous a octroyé une dizaine d'ordinateurs et un maigre quota de livres, dont la plupart en langue arabe et traitant des questions de la région et de l'histoire. On y trouve peu de romans et d'ouvrages de philosophie et de sociologie», fait remarquer un licencié en droit. Pour lui, la fermeture des bibliothèques de la région n'est qu'un résultat du phénomène de «déculturation» qui touche de larges pans de la société. «Un phénomène sciemment entretenu par les tenants du pouvoir en place pour embrigader la société et empêcher toute velléité de changement», conclut-il.