Sixième jour du mois de Ramadhan. Les marées humaines et les véhicules grouillent à l'intérieur du marché de gros des fruits et légumes d'Attatba (Tipasa), qui s'étend sur une superficie de 04 hectares. Les cris des commerçants et les klaxons des camions et des camionnettes fusent, en ces moments de chaleur. Le marché a été conçu pour accueillir 1000 (mille) véhicules. Aujourd'hui, la barre de 4300 véhicules est dépassée, selon les statistiques du bureau des entrées. A l'extérieur, une double chaîne de véhicules chargés des légumes surtout et des fruits ne cesse de s'allonger devant l'entrée. A l'opposé, le nombre des véhicules stationnés est impressionnant. Quelques commerçants et notamment des citoyens préfèrent pénétrer au marché de gros en abandonnant leurs véhicules dans ces parkings de fortune. La circulation des véhicules et des personnes est dense à l'intérieur du marché. La perte de temps est inévitable. Le marché de gros de Attatba compte un effectif de 100 employés, dont 50 s'occupent de la sécurité et 25 sont affectés au nettoyage. Les clients se dispersent vers les 175 carreaux pour s'approvisionner en légumes et en fruits. Chaque carreau emploie en moyenne 03 ouvriers. La mobilité des 600 charrettes louées par l'EMAGFEL, l'entreprise chargée de la gestion de ce marché de gros, crée une ambiance particulière. Au total, 1800 personnes se relayent pour diriger ces petits véhicules numérotés à 02 roues d'une manière continue. Les commerçants et les familles les utilisent pour transporter leurs achats jusqu'à leurs véhicules. En ce mois de Ramadhan, un volume de 1350 tonnes de légumes et de fruits arrive dans les carreaux du marché de gros de Attatba. Au début du mois de Ramadhan 2015, le volume réceptionné s'élevait à 2800 tonnes. La sècheresse est à l'origine de la chute de la production agricole de certaines cultures. Une difficulté qui s'est ajoutée au déficit en main- d'œuvre et à la réticence de certains agriculteurs qui avaient enregistré des pertes considérables lors de la saison écoulée. La mercuriale La pomme de terre n'a pas changé de prix depuis le début du mois de Ramadhan (20,00 dA/Kg). La carotte a vu son prix diminué, de 60,00 DA le 1er jour à 60,00 DA le 6ème jour. Le prix du navet est passé de 65 DA le 1er jour à 25,00 DA le 6ème jour. Le prix de la courgette affiché à 100, 00 DA le 1er jour a chuté jusqu' ‘à 30,00 DA le 6ème jour. Le prix de la tomate en revanche est passé de 50,00 DA le 1er jour à 60,00 DA. Les prix des haricots blancs (200 DA) et rouges (200 DA) à écosser n'ont pas varié depuis le début du mois de jeûne. Le prix de l'abricot est fixé à 30,00 DA., celui de la pêche est affiché à 100,00 DA. L'artichaut n'a pas changé de prix depuis le début de Ramadhan (80,00 DA), comme la salade verte d'ailleurs (35,00 DA).Les autres fruits, pastèque, melon, cantaloup sont écoulés à 90,00 DA. L'orange importée se vend à 160,00 DA et la pomme importée se commercialise en ce 6ème jour de Ramadhan à 320,00 DA. La mercuriale au marché de gros d'Attatba fonctionne toujours. La production de certaines cultures fluviales est inférieure à celle de l'année passée. « Dans une semaine, les prix vont encore enregistrer une baisse », nous affirme le DG de l'EMAGFEL d'Attatba. Les nouveaux gestionnaires ont trouvé des solutions pour les 10 chambres froides qui n'avaient pas fonctionné depuis plusieurs années pour une raison particulière en dépit des visites officielles sur les lieux. En effet, 5 chambres froides avaient été transformées en carreaux et les 5 autres sont en cours de réparation. Les 10 locaux sont déjà loués selon le responsable de l'EMAGFEL. En cette année 2016, nombreux clients ont préféré se rendre dans d'autres marchés de gros environnants, car la perte de temps pour entrer au marché d'Attatba est devenue monstrueuse, à cause de l'encombrement. En « voyageant » à l'intérieur du marché de gros d'Attatba, nous avons pu relever la présence des véhicules immatriculés dans les wilayas de l'Est, de l'Ouest, du Sud, et du centre du pays. Touami Farid, un commissionnaire qui exerce dans ce marché depuis sa création, estime que « la mercuriale est bonne, exceptionnellement pour la tomate dont le prix avait atteint celui de la hors saiso, autrement les prix sont abordables, néanmoins le problème de la distribution perdure malheureusement, selon mon expérience seule la création des marchés de proximité règlera cette difficulté et fera disparaître ces hausses soudaines des prix. Il faut s'inspirer des marchés de proximité des autres pays enchaine-t-il, et puis en ce moment de Ramadhan, la vente a diminué à cause de la fermeture des centres universitaires, des établissements scolaires et autres établissements publiques. Il y a l'impact des produits agricoles extensifs, c'est-à-dire ceux cultivés en plein champ et les produits agricoles intensifs produits sous les serres. La vocation du marché d'Attatba est la vente des légumes. Les clients partent au marché de Biskra pour s'approvisionner en légumes durant la période allant de novembre jusqu'à février. Le marché de gros d'Attatba est très actif mais ne peut plus faire mieux, regardez dans quelles conditions nous travaillons ». Les démarches des responsables de l'EMAGFEL sont demeurées vaines. Un espace commerciale stratégique où on brasse des dizaines de milliards de centimes d'une part et d'autre part qui permet à des milliers de personnes de travailler, ne figure pas à ce jour dans la liste des préoccupationsdes décideurs. Le marché de gros d'Attatba est gravé dans le secteur du second collège. Aucune volonté de créer une agence bancaire à Attatba en dépit des démarches entreprises par la Direction Générale de la BADR, aucune réponse aux sollicitations inhérentes à l'extension du marché de gros des fruits et légumes d'Attatba. Une superficie de sept (07) hectares est mitoyenne à cette infrastructure qui étouffe. Il ne reste que l'accord des décideurs qui évitent d'affronter la réalité afin de trouver des perspectives qui projettent le marché de gros vers des horizons plus prometteurs compte tenu des nouveaux défis de l'économie nationale. La construction d'une unité de compostage pour permettre la mise en valeur des déchets, la construction d'une unité de transformation des légumes et des fruits et enfin l'aménagement d'autres carreaux de vente, tel est l'objectif de cette unité publique qui espère bénéficier de cette surface agricole qui ne demande qu'à être exploiter utilement et intelligemment au profit de l'intérêt général. Des mains invisibles Un autre mandataire du marché de gros, malgré son air sympathique et son sourire, nous confie : « je souffre des produits qui n'arrivent pas à trouver les acheteurs, regardez tout ce stock de courgettes (30,00 DA) et des haricots verts (80,00 DA) qui ne trouve pas d'acheteurs. Hier, j'avais vendu 100 caisses de choux fleurs à 1000 DA, oui, je l'ai vendu à 100 DA la caisse de 16 kgs à un éleveur de bovins, il n'y a pas d'acheteurs, alors que sur les étals, le prix de ce légume flambe. C'est vrai que la désorganisation dans la commercialisation des fruits et légumes, le manque de transparence dans les transactions commerciales qui fonctionnent au gré des mains invisibles qui décident des cours des produits agricoles ». A l'intérieur de son carreau, 03 femmes « cueillent » des légumes à partir des caisses. « Tous les jours nous recevons des hommes et des femmes qui déposent leurs ordres de mission à la direction du marché. Ils viennent s'approvisionner ici au marché pour distribuer les quantités de légumes dans le cadre des actions de solidarité au profit des familles nécessiteuses. Ces petits groupes de personnes viennent de partout, nous participons à notre manière à la solidarité. D'ailleurs, il y a des sections du croissant rouge des localités des différentes wilayas qui nous rendent visite en ce mois de Ramadhan », explique notre interlocuteur. Le mouvement des véhicules et des charretiers n'a pas cessé. En quittant le marché de gros d'Attatba, 02 gamins portaient difficilement une caisse pleine de poivrons verts. Ils viennent de faire le tour et avaient réussi à obtenir gracieusement ces kilos de légumes. « Nous allons le vendre en ville pour aider nos parents », disent-ils. Le rôle social du marché de gros des fruits et légumes d'Attatba est reconnu par tout le monde, car ce rôle social rayonne jusqu'aux villes environnantes.